2013, année du Bassin du Congo ?

2013, année du Bassin du Congo ?

Les apparences donnent à penser que l’Afrique centrale s’enfonce dans une crise de longue durée

avec la guerre larvée qui se déroule dans les deux Kivu, la déstabilisation rapide qui frappe la Centrafrique, l’ag­gravation du différend qui oppose le Rwanda et la République Démocratique du Congo, la montée en puissance des convoitises extérieures qui se manifeste dans la Région des Grands lacs, la pira­terie qui s’étend dans le Golfe de Gui­née. Et pourtant 2013 pourrait bien être l’année durant laquelle cette partie de l’Afrique s’engagera enfin dans un pro­cessus de paix et d’intégration qui en fera l’une des plus dynamiques du monde.

Expliquons-nous.

Dès lors que l’on s’en tient aux appa­rences, l’évolution réelle du Bassin du Congo s’efface derrière une accumula­tion de tensions et de troubles que les médias internationaux ont longtemps ignorés, mais qu’ils détaillent mainte­nant avec complaisance et auxquels ils donnent une publicité planétaire. Or les lignes bougent vite, très vite même, dans l’immense espace géographique que constituent le fleuve Congo et ses nombreux affluents.

Premier facteur d’évolution : la crise qui frappe la partie orientale de la RDC sert de révélateur à la mise en coupe réglée des régions les plus riches de l’Afrique centrale par des intérêts étrangers. Sys­tématiquement niée durant les deux dernières décennies cette exploitation de type colonial est placée désormais sous le feu des projecteurs, ce qui contraint les institutions internatio­nales et les grandes puissances à se préoccuper d’y mettre bon ordre. Elle ouvre aussi les yeux des dirigeants de la région sur le formidable outil de déve­loppement que constituerait une ex­ploitation raisonnable et raisonnée de ces richesses naturelles par les pays qui en sont détenteurs. De là, à penser que le temps est proche où la communauté internationale se mobilisera pour chas­ser les marchands du temple il n’y a qu’un pas que nous franchissons allè­grement.

Deuxième facteur d’évolution : les pays du Bassin du Congo prennent peu à peu conscience que ce n’est pas en se tour­nant le dos qu’ils apporteront à leurs peuples le bien-être auquel ceux-ci as­pirent. Jusqu’à présent prisonniers des barrières artificielles que la colonisation éleva entre eux, ils découvrent que dans le monde très ouvert où nous vivons, le progrès économique nait de l’échange, non du repli sur soi. Toutes proportions gardées, leurs dirigeants se trouvent au­jourd’hui dans la même situation que les di­rigeants européens au sortir de la seconde guerre mondiale : ou bien ils s’engagent ré­solument sur la voie de l’intégration régio­nale et la voie du progrès leur sera alors lar­gement ouverte ; ou bien ils continuent de pratiquer la politique du « chacun pour soi » et leur marginalisation au plan mon­dial sera certaine.

Troisième facteur d’évolution : l’art et la culture tendent à s’imposer comme le ressort le plus puissant de la marche des peuples du Bassin du Congo vers une communauté organisée, capable de faire entendre sa voix dans le concert des nations. Alors, en effet, que les politiques franchissent difficilement le pas qui leur permettrait d’abolir les fron­tières, les intellectuels et les créateurs de tous bords sont déjà plongés dans un tel univers. Enclins naturellement à dia­loguer, ils disposent aujourd’hui de puissants moyens de communication, Internet en particulier, qui leur permet­tent d’échanger sans pour autant se trouver obligatoirement confinés dans le même lieu. Ils jettent ainsi les bases d’un ensemble culturel dont le commun dénominateur reste la langue française et qui, tôt ou tard, sera lui aussi un puis­sant instrument d’intégration.

Ajoutons à ce qui précède, le fait que le Bassin du Congo, grâce notamment aux actions entreprises par le Congo, est désormais perçu comme un ensemble naturel dont il convient de préserver la richesse aussi bien que la diversité et l’on admettra avec nous que, contraire­ment aux apparences, toutes les condi­tions sont réunies pour que 2013 soit ef­fectivement l’année où cette région du monde enregistrera des avancées déci­sives sur la voie de son unité.

Jean-Paul Pigasse


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