Africain, trentenaire et célibataire : Entre rêves et désillusions

Image d'archives. @DR

Image d’archives. @DR

Si le divorce ne cesse de croître à travers la planète et le nombre de mariages de diminuer, la question du célibat des trentenaires reste encore taboue dans les sociétés africaines. À trente ans, on est censé mener une vie épanouie, tant professionnellement que d’un point de vue personnel, avoir un bon travail, un bon mari ou une bonne femme et, cerise sur le gâteau, de beaux enfants, histoire de compléter le tableau de la vie parfaite d’un trentenaire. Pourtant, bon nombre d’africains, vivant en Afrique ou ailleurs dans le monde sont encore célibataires à cet âge et tentent de se construire un autre idéal de vie au sein d’une société qui se transforme tout en restant attachée aux schémas traditionnels. Typologie du célibataire africain de 30 ans.

Quand « Mieux vaut vivre seul que d’être mal accompagné » se heurte à « La beauté d’une femme, c’est le mariage », ou encore « À ton âge, il te faut un foyer », les trentenaires célibataires ne savent plus à quel saint se vouer. En Afrique, le schéma traditionnel de la vie d’un adulte, dont le mariage est un point central, a de beaux jours devant lui. Célibataires ou à peine sortis d’une rupture ou d’un divorce, les jeunes africains font face à un dilemme parfois difficile à gérer : perdurer dans le célibat en attendant de trouver la perle rare ou plonger dans une nouvelle relation par dépit et céder à la pression de la société. En effet, ils sont nombreux à subir les charges de leur entourage qui, croyant bien faire, les pousse à se « caser » pour accéder à une certaine reconnaissance sociale. Une démarche parsemée de paroles malencontreuses qui assaillent le célibataire dans tous les aspects de son identité. « Quel est mon pouvoir de séduction ? » « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » sont autant de remises en question perpétuelles, souvent dévastatrices pour son équilibre.

« On ne se marie plus par amour »

Jean-Charles, un jeune cadre de banque ivoirien de 32 ans, est toujours atterré par son récent divorce qu’il n’a pas vu venir. Il le dit, toute sa pensée est plongée depuis le départ d’Anna, son ex-femme, dans une revue de souvenirs qui souvent débouche sur des regrets. « Je lui donnais tout mais je ne sais pas pourquoi elle partie ».  Si le jeune homme reste sur le sort d’une vie à deux perdue, d’autres, dans la même tranche d’âge n’hésitent pas à se dire oui devant le Maire. Selon le service de mariage de la mairie de Cocody à Abidjan les moins de quarante ans représentent 60% des dossiers de mariage enregistrés chaque année contre 40% pour les plus de quarante ans.  Notre enquête a révélé que de plus en plus de jeunes de la trentaine se marient pour des raisons diverses qui souvent ne sont pas guidés par l’amour.  Pour Raymonde W. une jeune divorcée d’à peine 29 ans, le mariage aujourd’hui est « guidé plus par la pauvreté et la religion que par l’amour ». Beaucoup de jeunes filles chercheraient donc à se mettre en ménage ou vivre en concubinage dans le seul but de se voir prendre en charge par un homme. D’un autre côté, les unions par convictions religieuses sont de plus en plus ancrées dans nos sociétés. « J’ai épousé un jeune de mon église sous l’influence du pasteur qui a reçu  une révélation sur notre destinée commune », confie Raymonde. Le mariage arrangé de la jeune femme a fini par une séparation au bout de 3 ans.

En milieu rural, le célibat définitif ou très prolongé est tout simplement pas envisageable. Et le divorce, qui l’est encore moins, est considéré comme une honte pour la famille ou pour l’un des conjoints (souvent la femme), accusé d’être à  l’origine de la séparation. Pour Lisette, une trentenaire togolaise, qui s’est séparée après presque dix ans de mariage avec Jean-Marie, la vie post divorce n’est pas vraiment ce qu’elle espérait. Lisette voulant plus de liberté pour exercer son métier de communicatrice, il lui était inconcevable de mener une vie de femme au foyer. Redevenue célibataire avec trois enfants, elle a beaucoup de mal à supporter le regard accusateur de sa famille et de ses amis,  lui donnant sans cesse le sentiment amer d’avoir raté son mariage. Tout comme Jean-Marie et Lisette, d’autres jeunes africains tentent de se reconstruire après une séparation. La plupart n’hésitent pas à s’engager sur la voie du remariage comme pour corriger l’image que la société se fait d’eux.

Au Sénégal, 1 couple sur 3 se sépare avant la cinquième année

Le cas du Sénégal serait-il symptomatique du modèle matrimonial moderne en Afrique ? Faussée par un manque d’amour sincère, la solidité du couple ne résisterait pas au poids de la vie quotidienne à deux. Il semble toutefois que la racine du problème soit plus complexe. Dans son ouvrage « Mariage et divorce au Sénégal : itinéraire féminin », (Paris, Khartala-Crepos, 2008), la sociologue Fatou Bintou Dial indique qu’un couple sur trois au Sénégal se sépare avant même la cinquième année de vie conjugale. L’enquête menée par la sociologue avance des explications diverses qui provoquent le divorce des conjoints. Parmi les raisons invoquées, il y a le défaut d’entretien de la femme ou encore l’immixtion de la belle famille dans la vie du couple.

En Afrique, en effet, le mariage n’est pas seulement l’union de deux êtres, c’est aussi et surtout le rapprochement de deux familles qui apportent soutien et réconfort aux jeunes mariés. Néanmoins, cette ingérence de la famille dans la vie du couple l’étouffe parfois au risque de briser l’amour entre les deux conjoints, conduisant au divorce ou à l’arrivée d’une nouvelle épouse. D’autres éléments peuvent expliquer le nombre de divorce chez les sénégalais, comme la non tenue des promesses faites lors des périodes de flirts, le maraboutage, les problèmes de castes, l’éloignement, la violence conjugale, etc. De plus, selon un juge du tribunal de Dakar, « la plupart  des cas de divorces notés à Dakar sont occasionnés par l’insatisfaction de l’époux ou de la femme au lit ».

L’adultère est également cité dans les causes de divorce selon le livre de F. B. Dial. « Je ne peux pas accepter que ma femme aille voir un autre homme », avertit un dakarois qui considère le mariage  comme étant une chose sacrée.

En Occident, la recherche d’un idéal pour ces célibataires africains

Au sein de la diaspora africaine en Occident, on serait tenté de croire que la question du célibat est, par définition, plus aisée à gérer qu’en Afrique. Les réalités du pays d’accueil n’étant pas les mêmes, les jeunes immigrés placent, pour la plupart, le mariage après la réussite professionnelle. Pourtant, la vie en couple reste un modèle standard qui prévaut. Selon une étude réalisée par eDarling.fr, un site de rencontres français, 45% des sondés estiment qu’il est inacceptable de ne pas avoir trouvé l’âme sœur lorsque l’on dépasse le cap de la trentaine. Une pression supplémentaire pour les immigrés africains auquel s’ajoute le poids des traditions héritées d’Afrique. En France, où deux célibataires sur trois sont des femmes, Nadège, une parisienne de 36 ans, se considère comme une célibataire endurcie.

« J’ai fait le choix d’être célibataire, je voulais privilégier ma carrière et aujourd’hui que je suis enfin prête à me mettre en couple… je paie le prix de mon choix. Les célibataires de ma génération sont généralement des hommes divorcés avec enfants et ne souhaitent plus avoir d’enfants ou même s’installer avec une femme ».

La jeune femme a donné la priorité à son ambition mais ne peut s’empêcher de se remettre en question.

« Je voulais devenir importante pour attirer mon homme idéal, en négligeant que cet homme idéal avait lui-même une femme idéale qui n’est certainement pas une femme de 36 ans, sûrement trop vieille pour féconder ».

Anooha, 37 ans, papa de six enfants, célibataire depuis un mois après la rupture avec la mère de ses enfants, il oscille entre la Belgique et l’Afrique et aborde la question plus sereinement. « Je m’efforce de ne plus me mettre dans une relation sans lendemain, je prends le temps de trouver la bonne personne ». Le jeune homme a une idée très précise de son idéal féminin.

« Je pense avoir le même rêve de tout homme, une femme qui me comprenne, me soutienne, me respecte et soit ma conseillère, ma femme, ma maîtresse. C’est une relation qui se construit dans la durée mais je ne rêve plus à avoir forcément une bombe sexuelle, les années auront raison de ses atouts, la vraie beauté vient de l’intérieur » concède t-il.

Aïssata, une lyonnaise de  34 ans, se dit déçue des hommes. Son célibat lui aurait « donné l’occasion d’observer que les hommes sont tous les mêmes ». Cette jeune maman de trois enfants, a finit par surmonter le sentiment d’échec qui s’était emparé d’elle après son divorce.

« Ce qui était pour moi une catastrophe et devenue agréable. Lorsque le père de mes enfants m’a quitté, j’ai eu tout de suite le sentiment d’avoir échoué ma vie. J’ai eu une histoire par la suite, rien d’important au final un homme comme les autres… Je ne me vois plus en couple, rencontrer des hommes oui mais je ne souhaite plus me mettre en ménage ».

Relativiser semble être le maître mot de ces africaines et africains trentenaires. Séparés, divorcés ou juste célibataires, les femmes et les hommes ne vivent pas leur célibat de la même manière. Là où les premières semblent s’être résignées, les hommes sont quant à eux toujours en quête de l’âme sœur.

© OEIL D’AFRIQUE

 Contacter nous: redaction@oeildafrique.com


Tags assigned to this article:
afriqueCelibatairedivorcemariage

[wp_ad_camp_4][wp_ad_camp_4][wp_ad_camp_4] [fbcomments]

Related Articles

RDC: l’armée intensifie les frappes contre les mutins ex-rebelles de l’est

L’armée de RDC a intensifié son offensive dans la province instable du Nord-Kivu (est) contre des mutins ex-rebelles qu’elle combat depuis

Le Congo et la Chine signent des accords pour un milliard d’euros

Le Congo et la Chine ont conclu mardi à Brazzaville sept accords d’un montant total de plus de 975 millions

Football: La CAN 2015 aura lieu en Guinée Equatoriale

 [GARD align= »center »] Ce sera donc la Guinée Equatoriale qui organisera la 30e édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN),

Aucun commentaire

Espace commentaire
Aucun commentaire Soyez le premier à répondre à ce commentaire

Espace commentaire

Votre e-mail ne sera pas publié
Required fields are marked*