Au Zimbabwe, le hip-hop comme un défi à la morosité

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Des membres de la troupe Elysium à Harare au Zimbabwe le 29 octobre 2015 afp.com - JEKESAI NJIKIZANA

Des membres de la troupe Elysium à Harare au Zimbabwe le 29 octobre 2015 – JEKESAI NJIKIZANA

Casquette à l’envers, chaînes autour du cou et t-shirts amples, les danseurs enchaînent les chorégraphies sur des rythmes hip-hop. La scène ne se déroule pas à New York mais dans un parc de Harare, la capitale du Zimbabwe.

A l’heure de la pause déjeuner, la troupe de danse Elysium investit le parc municipal pour ses répétitions quotidiennes. Une explosion d’énergie qui contraste avec le délabrement de la capitale zimbabwéenne, marquée par des années de déclin économique, de régime autoritaire et d’émigration massive.

La plupart des données officielles sur le Zimbabwe sont peu fiables, mais on estime qu’il n’y a jamais eu aussi peu d’emplois formels dans le pays depuis 1968. Selon certains économistes, le chômage toucherait 80% de la population.

Des millions de jeunes ont quitté le pays depuis la mise en place de la réforme agraire au début des années 2000. La confiscation par le gouvernement de Robert Mugabe des fermes détenues par les Blancs a provoqué un effondrement du secteur agricole et une hyperinflation qui ont dévasté l’économie.

Malgré la morosité ambiante, la vingtaine de jeunes d’Elysium se réunit tous les jours dans le parc de Harare pour une épuisante session de danse.

Heather Gupo, 21 ans, a rejoint la troupe il y a quatre mois après avoir perdu son job dans une chaîne de fast-food. La danse lui permet de nourrir des espoirs pour l’avenir, même si sa famille voit d’un très mauvais œil cette nouvelle activité.

« J’ai été battue et enfermée chez moi. Ma famille voulait m’empêcher d’aller aux répétitions », raconte Heather à l’AFP. « On m’a traitée de tous les noms. Mais je suis bonne en danse, donc j’ai décidé de continuer malgré tout ».

Heather vit avec sa mère et ses quatre frères et sœurs. La jeune femme espérait faire des études de droit à l’université, mais la minceur des revenus de sa famille l’a obligée à laisser tomber. Aujourd’hui, elle enchaîne les petits boulots comme serveuse ou maquilleuse.

La troupe touche parfois des cachets lorsqu’elle se produit dans des fêtes d’entreprises ou des évènements, mais pas assez pour fournir un revenu régulier aux danseurs.

En revanche, la danse offre un bol d’air quasi-vital à cette jeunesse qui n’a connu que le régime du président Robert Mugabé, 91 ans, à la tête du pays depuis son indépendance en 1980.

– Canaliser les frustrations –

« Danser leur permet de s’exprimer », explique la prof de la troupe, Hillary Tandi Chin’ono, qui aboie ses ordres sur un ton martial, qui lui vaut auprès de ses élèves le surnom de « commandante en chef ».

« Certains ont vécu beaucoup de déceptions dans leur vie. La danse leur permet de canaliser leur énergie et d’exprimer leur colère », explique-t-elle. « Quand ils quittent les répétitions, ils sont trop fatigués pour penser à autre chose. Ils rentrent chez eux pour se reposer au lieu de traîner sous les ponts et de se droguer ».

La danse a aidé Marlon Magondo, 23 ans: « Elysium m’a ouvert des portes. J’avais des problèmes financiers en 2013. C’est à ce moment que j’ai commencé à prendre la danse au sérieux », raconte ce jeune homme qui travaille aussi comme chanteur et prof de gym. « Le seul moyen de survivre, c’est de combiner un maximum d’activités », assure-t-il.

L’économie en berne du Zimbabwe a engendré ce que les économistes ont appelé « une génération perdue », en référence à ces jeunes dont le seul horizon est d’attendre et d’espérer un changement, lorsque Mugabe décédera ou perdra le pouvoir.

« De nombreux jeunes sont sans boulot, qu’ils aient fait des études ou pas », explique Plot Mhako, directeur du Jibilika Dance Festival, le plus grand festival de danse contemporaine du pays. « Certains trouvent dans la danse ce qu’ils recherchent, une échappatoire. »

Daves Guzha, le metteur en scène le plus célèbre du Zimbabwe, compare cette émergence de nouvelles troupes de danse à la manière dont le mouvement hip-hop s’est affirmé comme un mode d’expression pour la jeunesse black désenchantée des Etats-Unis.

« Avec la situation actuelle et l’absence de travail, on va forcément voir de plus en plus de groupes de danse tenter de devenir professionnels. Peut-être que cette effusion va permettre de révéler des talents », dit-il.

AFP

AFP

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