Augmentation de la prostitution des mineurs à Madagascar

Augmentation de la prostitution des mineurs à Madagascar
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Photo d’archives pour illustration.

Des organisations de défense des enfants, dont l’Unicef, dénoncent l’augmentation de la prostitution des mineurs à Madagascar, où une foule déchaînée a lynché à Nosy Be (nord) trois hommes qu’elle accusait de pédophilie et de meurtre.

Une enquête a été ouverte sur ce triple lynchage qui a choqué l’opinion mondiale. Aucun élément ne permet pour l’heure d’accréditer les soupçons de pédophilie et de meurtre d’un enfant de huit ans par les victimes, mais le sujet est sensible dans le pays.

« A Madagascar, la prostitution infantile et la pédophilie ont une ampleur inquiétante et je dirais même qu’elles sont en augmentation », explique Marie Darmayan, directrice locale de l’ECPAT, une ONG présente dans la Grande Ile depuis 2012.

« Une recrudescence des cas d’abus perpétrés sur les enfants est notée ces cinq dernières années, sans que nous puissions avancer des chiffres pour l’étayer », confirme l’Unicef.

A Nosy Be, l’île touristique où les lynchages ont eu lieu la semaine dernière, les bars sont clairement des lieux de prostitution en soirée. On y voit de très jeunes femmes, courtement vêtues, en talon aiguilles, au bras d’hommes européens beaucoup plus âgés. Impossible de savoir si elles sont majeures ou non.

« En général, la fille tu lui laisses 40.000 ariary (environ 13 euros) le matin », explique un Français résident ayant requis l’anonymat. « Mais ce n’est pas comme en Europe où les filles te racolent et t’imposent le prix. Là on discute, on boit un petit verre, et ça se fait naturellement. »

Les autorités reconnaissent ce phénomène décrit dans les guides touristiques, mais accusent les familles. « Il y a pas mal de parents, à cause de la pauvreté, qui mettent leurs enfants dans cette situation » de prostitution, se désole le secrétaire général du ministère du Tourisme malgache, Jeannot (il n’a pas de nom de famille).

« En vérité, souvent, ce sont les parents qui envoient leurs enfants se prostituer pour obtenir de quoi manger », confirme le commissaire Maurice Zandry, chef du service central de la police des moeurs et de la protection des mineurs.

L’Unicef et l’ECPAT partagent cette analyse. « Les gens ont du mal à trouver du travail. (…) Sur le terrain, nos éducateurs qui sont dans la rue découvrent au quotidien qu’il y a des nouvelles filles » mineures qui se prostituent, témoigne Marie Darmayan, de l’ECPAT.

Selon elle, la pédophilie n’est pas le mode de prostitution le plus répandu: « Dans la majorité des cas, dans les études que l’on a faites, ce sont des jeunes filles qui ont 15, 16 ou 17 ans, voire plus ».

« Les filles, évidemment, elles ont besoin d’argent pour vivre », témoigne un autre Français rencontré à Madagascar: « Si un vazaha (Blanc) est sympathique, gentil, la fille y voit son intérêt. Elles voient les magazines, les parfums, elles voient notre culture, ça les attire… »

La législation malgache protège pourtant les mineurs et punit tous les abus sexuels. Un numéro vert permet de dénoncer les cas de maltraitance et de prostitution infantile. Des réseaux de protection des enfants, appuyés par l’Unicef, sont déployés un peu partout sur l’île.

Lors de son passage à Madagascar, en juillet, la rapporteuse spéciale des Nations Unies Najat Maalla M’jid s?était elle aussi indignée de la banalisation de l’exploitation sexuelle des enfants malgaches.


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