Aylan, le petit syrien qui embarrasse l’Europe

migrant-child-dead-beach-turkey-bodrum

Le corps du petit Aylan retrouver sans vie.

 

Devenu symbole d’un drame humanitaire, Aylan, un petit syrien de 3 ans a trouvé la mort mercredi en tentant de rejoindre la Grèce par la mer. Les photos de son petit corps sans vie envahissent la toile et suscitent une vague d’indignation obligeant les dirigeants européens à revoir leur copie face au drame des migrants.

Après des semaines d’expressions toutes aussi alarmistes les unes que les autres (« crise migratoire », « afflux massif de migrants » et la célèbre « nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde » …), les autorités européennes ont été rappelées à l’ordre… par un petit garçon ! Il s’appelle Aylan, il a 3 ans. C’est un petit syrien qui tentait avec sa famille de rejoindre l’Europe par la Turquie, comme des milliers d’autres compatriotes qui fuient la guerre dans leur pays. Vêtu d’un t-shirt rouge et d’un short bleu, il a été retrouvé mercredi sur une des plages de la station balnéaire de Bodrum en Turquie, mort noyé. Aylan était l’un des passagers des deux embarcations qui ont coulé en tentant de rejoindre l’île grecque de Kos. La photo du petit corps sans vie d’Aylan Kurdi a tout de suite fait le tour des réseaux sociaux sous le hashtag #KiyiyaVuranInsanlik (« l’humanité échouée » en turc). S’en est suivi une vague d’indignation relayée par des journaux européens qui en ont fait leur Une ce jeudi comme The Independant.

photo petit Aylan Kurdi

Les photos de Nilüfer Demir ont fait la une de très nombreux quotidiens ce jeudi. © Maxppp

Le quotidien britannique a choisi de montrer la photo d’un soldat turc debout à côté du corps sans vie du petit garçon, le visage à moitié enfoui dans le sable. Avec comme titre : « somebody’s child » (« L’enfant de quelqu’un »), The Independant prend le parti de dénoncer le caractère inhumain de ce drame en montrant de manière crue ces photos, conséquences du drame humanitaire des migrants, afin de susciter un mouvement de solidarité en Europe. « Si ces images extraordinairement fortes d’un enfant syrien rejeté sur une plage ne modifient par l’attitude de l’Europe vis-à-vis des réfugiés, qu’est-ce qui le fera », s’interroge The Independent.  

La Une de The Independent, jeudi 3 septembre 2015. (Capture d'écran).

La Une de The Independent, jeudi 3 septembre 2015. (Capture d’écran).

Entre compassion et hypocrisie

Peter Bouckaert, Directeur des situations d’urgences de Human Rights Watch a été l’un des premiers à diffuser la photo du petit Aylan sur Twitter : «  s’arrêter un moment et s’imaginer qu’il s’agit de votre enfant, noyé alors qu’il fuyait la Syrie pour trouver la sécurité en Europe », a-t-il écrit. Le premier Ministre français Manuel Valls a lui aussi montré son indignation en postant la photo du petit garçon. « Il avait un nom : Aylan Kurdi », peut-on lire sur son compte Twitter.

De leur côté, François Hollande et Angela Merkel  promettent de prendre rapidement des mesures pour améliorer l’accueil des migrants. Le couple franco-allemand a transmis « dès aujourd’hui à l’UE des propositions communes pour organiser l’accueil des réfugiés », a annoncé ce jeudi l’Élysée. Parmi les mesures proposées, l’accueil de 120.000 réfugiés au lieu des 40.000 annoncés avant l’été. « Ces hommes et ces femmes fuient la guerre et les persécutions avec leurs familles. Ils ont besoin de la protection internationale. Elle leur est due », a insisté l’Élysée. François Hollande a d’ailleurs rendu hommage, jeudi après midi devant la presse, au petit Aylan ainsi qu’aux autres victimes « qui ne sont pas photographiées » et que « nous ne voyons pas ». Le frère du jeune syrien, Galip, page de 5 ans, a lui aussi péri pendant le naufrage.

L’émoi est donc resté vif tant dans le milieu politique que le milieu médiatique. Mais quelques voix se lèvent pour dénoncer une certaine forme d’hypocrisie de la part de ceux qui ont longtemps diabolisé les réfugiés et qui aujourd’hui réagissent avec une indignation dégoulinant d’hypocrisie. Kevin Maguire, rédacteur en chef adjoint du journal le Daily Mirror, a déclaré sur son compte Twitter qu’il était « désolé de ne pas applaudir les journaux qui, pendant des années, on diabolisé les réfugiés et les migrants mais qui utilisent maintenant la photo d’un enfant mort pour montrer qu’ils s’en soucient ».

Capture d’écran 2015-09-04 à 02.22.48

De plus, selon un sondage Elabe pour BFMTV publié mercredi, 56% des français sont opposés à l’accueil des migrants. De quoi se poser des questions sur la vague d’indignation suscitée par le petit syrien du haut de ses trois ans.

Marie-Hélène Sylva
© OEIL D’AFRIQUE

Marie Hélène Sylva

Marie Hélène Sylva

Journaliste à oeil d'Afrique, basée à Paris (France)


Tags assigned to this article:
AylaneuropeMigrant

[wp_ad_camp_4][wp_ad_camp_4][wp_ad_camp_4] [fbcomments]

Related Articles

RDC: les groupes armés doivent libérer sans condition tous les enfants soldats

essay writing services La Mission de l'ONU en République démocratique du Congo (Monusco) a appelé jeudi les groupes armés actifs

Le président Bachar al-Assad dément les accusations sur l’emploi d’armes chimiques

Les accusations émanant de l’Occident selon lesquelles les forces gouvernementales syriennes avaient utilisé des armes chimiques constituent « une insulte au

Un journaliste sud-soudanais abattu à Juba

Un journaliste sud-soudanais a été abattu par des inconnus, dans ce qui ressemble à un assassinat ciblé, ont annoncé jeudi

Aucun commentaire

Espace commentaire
Aucun commentaire Soyez le premier à répondre à ce commentaire

Espace commentaire

Votre e-mail ne sera pas publié
Required fields are marked*