Bataille rangée entre « Kényans » et Somalis dans un quartier de Nairobi

Bataille rangée entre « Kényans » et Somalis dans un quartier de Nairobi

 

Bataille rangée

Des jeunes d’ethnie somalie armée de machettes lors de heurts inter-ethniques, le 19 novembre 2012 dans un quartier de Nairobi © AFP Tony Karumba

En vagues successives qui chacune leur tour avancent puis refluent sous une pluie de pierres, jeunes d’ethnie somalie d’un côté et Kényans d’autres communautés de l’autre, s’affrontent dans les rues d’Eastleigh, un quartier de Nairobi théâtre la veille d’un attentat meurtrier.

« Ces Somaliens sont des terroristes », affirment les uns, désignant sous le même terme réfugiés somaliens et Kényans d’ethnie somalie originaires du nord du pays, qui constituent la majorité des habitants du quartier.

« Ils ont de l’argent et ils financent les (islamistes somaliens) shebab », expliquent plusieurs membres du camp se revendiquant « kényan », accusant ceux d’en face d’être responsables de l’explosion la veille dans le quartier d’une bombe placée dans un bus, qui a tué au moins 9 personnes.

Pour de nombreux Somalis d’Eastleigh, l’attentat n’est qu’un prétexte dont se sont saisis les jeunes d’en face, des « voleurs » venus selon eux des bidonvilles de l’autre côté de Juja Road, qui sépare le quartier entre sa partie haute, à majorité somalie, et sa partie basse.

« Depuis l’explosion, ils en profitent pour piller, ce ne sont pas des gamins du quartier. Ils ne viennent que pour nous voler », explique Mohamed Noor Ismail, 36 ans, commerçant et président du comité d’îlotage du quartier, qui, un fouet à la main, surveille les alentours dans une autre rue d’Eastleigh.

Sur la Première Avenue d’Eastleigh, les pierres continuent de voler et la bataille fait rage, charges et replis se succèdent. Dans les rangs, quelques gamins d’une dizaine d’années à peine. Une jeune femme, jean moulant et haut rose au large décolleté, court une pierre dans une main, ses chaussures dans l’autre.

Entre les belligérants, un bus a fait les frais de la colère. Ses vitres sont brisées, des manifestants tentent en vain de le renverser.

Bataille rangée

Un jeune homme tenant une pierre lors de heurts inter-ethniques, le 19 novembre 2012 dans un quartier de Nairobi © AFP Tony Karumba

Il faut près d’une demi-heure aux membres de la GSU, unité paramilitaire de la police qui pourtant quadrille le quartier, pour intervenir. Quelques grenades lacrymogènes suffisent à séparer les belligérants et ramener un semblant de calme.

Outre les GSU, dont la seule vue parvient à faire s’enfuir en courant le moindre groupe de jeunes rassemblés dans la rue, des Somalis patrouillent dans leur quartier, armés de machettes, de massues ou de barres de fer.

Dans une rue défoncée, un jeune d’une vingtaine d’années est une de leurs victimes. Agenouillé sous le soleil, il perd son sang abondamment, en gémissant « à l’aide », l’arrière du crâne ouvert par un coup de machette qui a laissé une profonde et large coupure.

« C’est un gamin des rues, il a été surpris en train de voler », affirme quelqu’un dans la foule des badauds qui le regardent, pour certains sans trop savoir que faire, pour d’autres sans cacher une certaine satisfaction revancharde.

Dans la matinée, les pilleurs semblent s’en être donnés à coeur joie. La bataille des pierres terminée, Gain Wamuyu ne peut que constater amèrement les dégâts: « ils ont tout pris », soupire-t-elle, fataliste, devant le petit kiosque où elle vendait cigarettes, bonbons, stylos ou cartes de recharges téléphoniques et dont ne reste qu’une vitre brisée et des étagères vides.

Le calme revient peu à peu dans le quartier. Des parents affolés marchent d’un pas pressé, tenant fermement par la main les enfants qu’ils se sont empressés d’aller chercher à l’école.

Les violences à Eastleigh ont fait six blessés graves, selon la Croix-Rouge kényane, qui a également recensé de « très nombreuses » blessures plus légères.
La police restera sur place « jusqu’à ce que la situation redevienne normale », a assuré à Eastleigh le chef de la police de Nairobi, Moses Nyakwama Ombati.
En milieu d’après-midi, le calme est revenu. Quelques voitures et minibus de transport collectif s’aventurent à nouveau dans le quartier, et les commerçants relèvent les rideaux de fer, malgré l’air toujours chargé des effluves irritantes des gaz lacrymogènes.

Mais certains manifestants sont frustrés. Côté « kényan », on accuse la police d’avoir pris parti pour les Somalis en les empêchant d’en découdre. Et les esprits restent chauds.

« Enlève ton voile! », crie en swahili un groupe de manifestants « kényans » à une musulmane qui se dirige vers la partie haute du quartier. « Ici c’est le Kenya », clament-ils au passage d’un autre groupe de femme somalies.

Avec AFP

 


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