Burundi: la police réprime les manifestations interdites, deux morts

Burundi: la police réprime les manifestations interdites, deux morts
Un manifestant opposé à la candidature de Pierre Nkurunziza arrêté à Bujumbura, ce dimanche 26 avril 2015.  REUTERS/Thomas Mukoya

Un manifestant opposé à la candidature de Pierre Nkurunziza arrêté à Bujumbura, ce dimanche 26 avril 2015. REUTERS/Thomas Mukoya

Deux manifestants ont été tués par balle dimanche à Bujumbura dans des heurts entre la police et des milliers d’opposants à la candidature pour un troisième mandat du président sortant Pierre Nkurunziza.

Dans plusieurs quartiers de la capitale burundaise, où les forces de sécurité avaient été déployées en masse, des milliers de manifestants se sont rassemblés, bravant une interdiction du gouvernement qui a récemment multiplié les mises en garde contre toute tentative de « soulèvement ».

Des témoins ont rapporté à l’AFP qu’un manifestant avait été tué par balle dans le quartier de Ngagara et un autre dans celui de Musaga, après que la police a tiré à balles réelles pour disperser la foule. L’un des corps avait été abandonné sur la chaussée et le second transporté par la Croix-Rouge, selon ces témoins.

L’opposition et de nombreux pans de la société civile jugent qu’un troisième mandat du président Nkurunziza serait inconstitutionnel et contraire aux accords d’Arusha, qui ont ouvert la voie à la fin de la longue guerre civile burundaise (1993-2006). La candidature de M. Nkurunziza à la présidentielle du 26 juin « risque de plonger le Burundi dans le chaos », a même lancé samedi l’un des principaux opposants du pays, Agathon Rwasa.

Dimanche, les heurts ont éclaté en plusieurs points de la capitale, les forces de l’ordre faisant également usage de canons à eau et de gaz lacrymogènes.

« Nous avions appelé à des manifestations pacifiques et c’est ce qui s’est passé mais la police et la milice du parti au pouvoir ont tiré à balles réelles sur les manifestants », a dénoncé le président du parti d’opposition Frodebu Leonce Ngendakumana.

Les médias locaux ont rapporté que plusieurs manifestants avaient été blessés ainsi que des policiers anti-émeutes, touchés par des jets de pierre alors qu’ils tentaient d’empêcher des milliers de protestataires, venus notamment du quartier nord de Cibitoke, de converger vers le centre-ville.

La police a procédé à une dizaine d’arrestations tandis que le ministre de l’Intérieur Edouard Nduwimana dénonçait des « soulèvements organisés à l’appel de certains politiciens et de la société civile ».

Outre la répression des manifestants, le gouvernement a menacé la très populaire et influente radio privée RPA (Radio publique africaine) de fermeture, à moins qu’elle ne cesse la couverture en direct des événements de dimanche.

Plus tôt dans la journée, un des manifestants avait expliqué à l’AFP que les premiers heurts avec la police avaient été provoqués par l’arrestation d’un des leurs.

« Nous avons tenté de libérer notre ami, c’est une manifestation pacifique, nous ne faisions que chanter nos slogans quand la police nous a chargés », avait-il dit, sans vouloir être identifié.

– ‘Nous ne céderons pas‘ –

« Nous ne renoncerons pas, nous ne céderons pas! », avait alors lancé un autre protestataire.

Samedi, sans surprise, le président Nkurunziza avait été désigné par son parti, le Cndd-FDD, candidat à la présidentielle. Ex-chef rebelle, grand sportif et protestant « born again », Pierre Nkurunziza, 51 ans, est à la tête de l’État depuis 2005 et avait été réélu en 2010.

Les États-Unis ont regretté « une importante occasion manquée » pour la démocratie et ont menacé les autorités burundaises de prendre des sanctions si le processus électoral n’était pas régulier.

Pour assurer son investiture à Pierre Nkurunziza, le camp du chef de l’État était allé jusqu’à faire le ménage au sein du parti présidentiel, divisé.

Quelque 130 hauts cadres « frondeurs », ouvertement opposés à ce troisième mandat, ont été évincés ces dernières semaines. Certains ont été emprisonnés, d’autres ont choisi la clandestinité, disant craindre « pour leur vie ».

Le Burundi, un des pays les plus pauvres de la planète, qui vit sous perfusion de l’aide internationale, se remet à peine de sa guerre civile.

A travers le pays, la population craint désormais une répétition des violences. D’autant que les jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure, accusés par l’ONU d’être une « milice » et de multiplier les intimidations et exactions à l’approche des élections, n’ont pas caché leur intention d’en découdre si l’on empêchait leur champion, Pierre Nkurunziza, de se représenter.

Plusieurs milliers de Burundais ont d’ailleurs déjà fui au Rwanda voisin, terrorisés par les menaces des jeunes du Cndd-FDD qui, disent-ils, traquent les opposants au président sortant.

AFP

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