Burundi: le pouvoir met en garde contre toute tentative de soulèvement après une grande manifestation

Burundi: le pouvoir met en garde contre toute tentative de soulèvement après une grande manifestation
La foule massée devant le siège de la Radio publique africaine attend le retour de son directeur Bob Rugurika, remis en liberté provisoire après un mois de détention, Bujumbura, Burundi, le 18 février 2015.|AFP

La foule massée devant le siège de la Radio publique africaine attend le retour de son directeur Bob Rugurika, remis en liberté provisoire après un mois de détention, Bujumbura, Burundi, le 18 février 2015.|AFP

Le ministre burundais de l’Intérieur a mis en garde vendredi contre toute tentative de soulèvement dans le pays, au lendemain d’une grande manifestation de soutien à un journaliste, orchestrée, selon lui, par une opposition prête à tout pour saboter les prochaines élections.

Aucun décompte n’a été fourni, mais selon un journaliste de l’AFP sur place, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Bujumbura pour accueillir le directeur de la très populaire radio RPA, Bob Rugurika, tout juste libéré sous caution.

On suivait de près depuis un bon moment ceux qui appellent la population à se soulever, (…) ce qui s’est passé hier est en réalité un test, un test des uns et des autres pour voir s’ils pourront faire ce qu’ils projettent de faire, a affirmé le ministre, Edouard Nduwimana, à l’AFP.

Notre Constitution reconnaît que les gens peuvent manifester, mais ce qui s’est passé hier (…) ça a été plutôt un soulèvement très organisé, a-t-il ajouté.

M. Nduwimana estime que l’objectif des organisateurs de la manifestation — selon lui la RPA alliée à l’opposition — est de faire tomber les institutions, et d’empêcher qu’il y ait des élections dans notre pays.

Je crois que chacun doit apprendre les leçons de ce qui s’est passé hier, et prévoir l’avenir, a prévenu M. Nduwimana, laissant entendre que la prochaine fois, le pouvoir ne laisserait pas faire.

Le ministre avait interdit la manifestation de jeudi. Mais la population a bravé l’interdiction et la police n’est intervenue qu’en fin de rassemblement pour disperser à coup de canons à eau les derniers manifestants.

La tension ne cesse de monter au Burundi à l’approche des élections législatives et communales de mai, puis présidentielle de juin. Elle se cristallise de plus en plus autour de la décision très attendue du président Pierre Nkurunziza de briguer — ou non — un troisième mandat.

La société civile et l’opposition estiment qu’un tel troisième mandat serait inconstitutionnel. Pierre Nkurunziza, qui, s’il entretient encore le doute, n’a jamais fait mystère de sa volonté de se présenter, estime le contraire. Il est cependant de plus en plus contesté au sein de son propre parti, le Cndd-FDD.

Pour des observateurs et des membres de l’opposition, la manifestation de jeudi était clairement un message envoyé au président pour qu’il renonce à se représenter.

Les Burundais ont envoyé un signal fort au président Pierre Nkurunziza, celui-ci doit avoir le bon sens, l’humilité d’entendre ce que lui a dit la population, a estimé Agathon Rwasa, ex-rebelle devenu principal leader de l’opposition. C’est sa dernière chance de sortir honorablement.

Après le signal lancé hier, la communauté internationale est très inquiète car on se demande ce qui va se passer le jour d’après, lorsque Nkurunziza va annoncer qu’il se représente pour un troisième mandat, a confié un diplomate. Tout est entre les mains du président, qui peut entrer dans l’histoire en inscrivant le Burundi dans un cercle vertueux, ou alors plonger ce pays dans une grave crise.

La RPA est la radio la plus populaire au Burundi. L’arrestation en janvier de son directeur avait déclenché de vives protestations.

La justice reproche au journaliste, inculpé de complicité d’assassinat, la diffusion des aveux d’un homme qui se présente comme l’un des meurtriers de trois religieuses italiennes tuées en septembre dans le nord de Bujumbura. Cet homme met aussi en cause de hauts responsables des services secrets burundais, sans expliquer leurs éventuels mobiles.

Cette version prend le contre-pied de celle de la justice, qui a arrêté un jeune homme qui passe pour un déséquilibré.

AFP

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