Centrafrique: épuisée par la violence, la population veut la sécurité

Centrafrique: épuisée par la violence, la population veut la sécurité
Des anciens rebelles Séléka

Des anciens rebelles Séléka en patrouille à Bangassou, le 8 octobre 2013 en Centrafrique

« Fabius, on veut la paix ». La banderole était placée bien en évidence au passage du cortège du chef de la diplomatie française, en visite dimanche à Bangui, illustrant la lassitude des Centrafricains épuisés par des mois de violences et de razzias.

Ils ne peuvent parler que de ça, cette violence sans précédent dans l’histoire de la Centrafrique, pays « qui en a pourtant connu, des coups d’Etat », soupire Stève, un jeune journaliste.

« C’est comme une espèce de cancer, qui se déplace de quartier en quartier, de province en province », résume le docteur Alfred Gaudeuille, chef du service de chirurgie de l’hôpital pédiatrique de Bangui, le seul établissement de ce type dans un pays où la mortalité infantile est de 10%.

Depuis plusieurs mois, en plus des enfants malnutris ou tuberculeux, il voit arriver des victimes souffrant de blessures de guerre, balles dans la tête ou l’abdomen.

« C’est vrai que les choses se sont calmées à Bangui, mais les gens qui arrivent de province ne nous racontent que la guerre, les exactions », poursuit le médecin, pour qui « le degré de souffrance de ce pays atteint des niveaux intolérables ».

La capitale centrafricaine, prise en mars par une coalition hétéroclite de rebelles qui l’ont ensuite pillée de fond en comble, est désormais relativement sécurisée, en partie grâce à la montée en puissance de la force africaine de sécurisation (Misca), qui compte 2.100 soldats sur un total prévu de 3.600 lorsque son déploiement sera achevé.

« on ne sait pas ce qui se passe dans l’arrière-pays »

Mais ces hommes sont essentiellement basés à Bangui et assurent la sécurité de l’axe entre la capitale centrafricaine et le Cameroun, au nord-ouest, par où transitent les marchandises.

Le reste du pays est un trou noir, où personne ne sait réellement ce qui se passe, sinon que les violences, notamment entre ex-rebelles et groupes d’autodéfense créés en représailles, font des morts quasi quotidiennement.

« Bangui est sécurisée, mais je ne sais pas ce qui se passe dans l’arrière-pays », reconnaît une source militaire centrafricaine, selon qui le nord-est constitue la partie la plus dangereuse du pays.

« Et nous n’avons pas moyens d’aller voir », ajoute cette source, rappelant le manque criant de moyens des forces de sécurité centrafricaines (cinq véhicules pour 2.000 gendarmes, cite-il en exemple).

Sans compter que la force africaine suscite parfois la méfiance des Centrafricains, en raison du fort contingent du Tchad (900 hommes), un pays qui a souvent joué une forte influence sur l’histoire tourmentée de la RCA.

Du coup, nombre de Centrafricains, des autorités de transition aux forces de sécurité, en passant par les civils, réclament une plus forte implication française.

Paris compte 410 hommes, dont la mission est uniquement de sécuriser l’aéroport de Bangui et les intérêts français dans la capitale centrafricaine ainsi que d’évacuer les ressortissants européens si besoin.

La France, qui avait jusque-là refusé de s’impliquer davantage, va augmenter sa présence militaire d’ici la fin de l’année, a annoncé dimanche M. Fabius, dans le cadre d’une prochaine résolution de l’ONU, attendue en décembre, qui devrait renforcer la mission de la force africaine.

Le ministre, venu à Bangui sonner la mobilisation internationale et rappeler leurs obligations politiques aux autorités en place depuis le coup d’Etat en mars, a reconnu l’absolue nécessité de sécuriser un pays « dans une situation effrayante » et « en proie à des seigneurs de guerre qui se payent sur la bête ».

Le nombre total de militaires français, 750 ou 1.200, n’a pas été tranché mais « l’idée est qu’ils pourront éventuellement aller faire le coup de feu en appui de la Misca », selon une source diplomatique française.

Avec l’AFP


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