Climat : L’Occident pollue, l’Afrique se dessèche

Cop21

À moins de 100 jours de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Paris (COP 21), les conséquences environnementales des émissions de gaz à effet de serre inquiètent plus que jamais. L’une des premières victimes reste le continent africain qui, paradoxalement, est la région qui pollue le moins au monde.

La COP 21 se déroulera du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris. Selon le comité organisateur, l’objectif de cette conférence est « d’aboutir, pour la première fois, à un accord universel et contraignant permettant de lutter efficacement contre le dérèglement climatique et d’accélérer la transition vers des sociétés et des économies résilientes et sobres en carbone ». À l’issue de ce sommet international, tous les pays devront consentir à faire des efforts pour contenir le réchauffement global de la planète. La répartition de ces efforts sera sans nul doute le point sensible de la conférence. Plusieurs acteurs appellent d’ailleurs les pays du nord, principaux pollueurs, à prendre leurs responsabilités face aux pays du sud.

En effet, pour Aïssatou Diouf de l’association sénégalaise ENDA, « l’Afrique est le continent qui pollue le moins est qui est le plus impacté par le changement climatique ». L’organisation Greenpeace estime à plus de 180 millions le nombre de personnes en Afrique sub-saharienne qui pourraient mourir à cause du changement climatique d’ici à la fin du siècle. « L’impossibilité de prédire les modèles pluviométriques, la baisse des récoltes, l’augmentation des prix alimentaires et la diminution des ressources naturelles entraînent déjà une intensification des migrations humaines, des tensions et des conflits, peut-on lire sur leur site. Les catastrophes naturelles liées au climat, comme les inondations, les ouragans et la sécheresse risquent de s’intensifier, fragilisant encore plus les populations devant y faire face. Ceci pourrait constituer un frein au développement de nombreux pays africains.

La tchadienne Hindou Oumarou Ibrahim, porte-voix des peuples sahéliens à la COP 21, se bat aux côtés de Nicolas Hulot pour faire prendre conscience des conséquences du réchauffement climatique sur les populations africaines. « Le cycle des pluies qui permettait d’avoir plusieurs rendements agricoles ne s’opère plus. Il pleut moins souvent et quand il pleut, il pleut trop », s’inquiète t-elle.

« Le continent africain est peu pris en compte »

En préparation à la Conférence sur le climat qu’accueillera la France fin 2015, la ministre française de l’écologie Ségolène Royal n’a pas manqué de redéfinir le rôle de l’Afrique dans la bonne marche de la transition énergétique mondiale. « Lors de la conférence sur le climat de Copenhague et celle de Lima, j’ai été frappée par le peu de prise en compte du continent africain », expliquait-elle au journal Le Monde. Selon la ministre, « lEurope est trop tournée sur elle-même, elle ne regarde pas assez les pays en développement alors qu’ils subissent l’impact du réchauffement et qu’ils ont des solutions à proposer ». Et une solution, le président de la République Démocratique du Congo en a proposé, le 18 août dernier. Kabila s’engage en effet à contribuer à la lutte contre les effets du changement climatique en contrepartie d’une compensation de plus de 21 milliards de dollars auprès des pays pollueurs. L’important massif forestier rd congolais, deuxième plus grande forêt tropicale après l’Amazonie, peut jouer un rôle important dans le combat écologique qui préoccupe la planète. Les 21 milliards de dollars réclamés serviront, entre autres, à « renforcer le stock carbone, en réduisant la déforestation et la dégradation des forêts », selon le gouvernement congolais. La prochaine conférence internationale sur le climat de Paris représente donc une opportunité pour les pays africains de s’imposer dans le débat écologique et enfin se faire entendre.  Pour Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique, « parce que nous subissons le plus les effets des changements climatiques, nous devons être le plus ingénieux possible. Dans le cadre des négociations pour la conférence sur le climat de Paris, l’Afrique doit imposer un ordre du jour et non en subir un ». Constater, anticiper, proposer. Le continent africain doit mener la danse et refuser de payer un lourd tribut pour le réchauffement provoqué par les autres.

Marie-Hélène Sylva
© OEIL D’AFRIQUE

Marie Hélène Sylva

Marie Hélène Sylva

Journaliste à oeil d'Afrique, basée à Paris (France)


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