Comprendre la Côte d’Ivoire – Partie II

Comprendre la Côte d’Ivoire – Partie II
Comprendre la côte d'ivoire - partie II

Une femme déplace un blessé le 22 juillet 2012 à Duékoué © AFP

Le second article de ce diptyque sur les problèmes dans l’ouest-ivoirien porte sur la question de savoir à qui incombe la responsabilité des tensions. La clé réside peut-être dans la question suivante : qui a le droit d’être ivoirien ?

Au cœur du problème dans l’ouest-ivoirien se trouve la propriété des terres. Durant l’administration française, les Guéré étaient censés partager leurs terres avec ceux qu’ils considèrent comme des colonisateurs, tout d’abord de Côte d’Ivoire même, ensuite de l’étranger, en particulier du Burkina Faso. Cette politique s’est poursuivie après l’indépendance en 1960. Dans le camp de Nahibly, les mots clés auxquels il fallait faire attention étaient les suivants : autochtones (c’est-à-dire les Guéré, les habitants d’origine), allochtones (ceux qui viennent d’autres régions de la Côte d’Ivoire) et allogènes (étrangers). Le principal grief était qu’eux, c’est-à-dire les Guéré, étaient forcés de vivre dans un camp alors que les autres occupaient leurs villages.

Ivoirité
A l’origine, cependant, les nouveaux venus étaient les bienvenus. Il y avait, certes, des conflits fonciers, mais ils étaient traditionnellement – et à l’amiable – réglés par les chefs. Ces chefs traditionnels, de toutes les communautés, sont toujours là. Je les ai rencontrés à Duékoué et tous plaidaient passionnément en faveur d’un retour à la paix. Mais leur autorité est menacée, en raison, partiellement, de l’introduction de l’ »ivoirité » dans les années 1990.Qui a le droit d’être ivoirien, de détenir un passeport ivoirien et – fait décisif – de voter lors d’élections ? La réponse : uniquement ceux qui peuvent prouver que leurs deux parents sont ivoiriens. C’est le deuxième thème fondamental : la citoyenneté. Quelque chose qui doit être accordé (ou dénié) à ces millions d’allogènes vivant et travaillant dans le pays.

C’est dans un tel climat que le chef d’opposition de longue date et socialiste déclaré Laurent Gbagbo devient président, après des élections profondément défectueuses. Une tentative de putsch, le 19 septembre 2002, plonge le pays dans une rébellion et le coupe en deux parties antagonistes : le sud contrôlé par le gouvernement et le nord par les rebelles. Laurent Gbabgo se met alors à envoyer de grandes quantités d’armes vers l’ouest, afin d’aider les autochtones à se défendre eux-mêmes contre le reste de la population. De son côté, Denis Maho lance ses opérations.

Pire massacre
Le chapitre final : fin 2010, lorsque Gbagbo refuse de reconnaître sa défaite face à l’actuel président Alassane Ouattara et qu’il suscite ainsi la violente crise postélectorale. Elle se termine lorsque l’armée rebelle du nord, aidée par les Français, s’empare d’Abidjan et arrête Laurent Gbagbo dans son bunker le 11 avril 2011. Ce sont ces forces qui constituent aujourd’hui l’armée nationale de la Côte d’Ivoire. Rendant les choses encore plus compliquées, ce sont les mêmes combattants qui sont largement tenus pour responsables du pire massacre durant la totalité du conflit. Au moins 800 personnes périssent lors de ce massacre.

Où a-t-il eu lieu ? A Duékoué. Les survivants se sont d’abord réfugiés auprès d’une mission catholique en ville, puis à Nahibly.

Pour la plupart des Guéré de Nahibly, Laurent Gbagbo était leur héros, qui allait les libérer des étrangers. Ils considèrent la nouvelle armée comme une force d’occupation pro-Ouattara, tout comme les Casques bleus des Nations unies, qui sont déployés ici. Et ils voient en les Sénoufo-Malinké ainsi que ceux qui vivent à Kokoma comme des sympathisants d’Alassane Ouattara, ce qui est ou qui n’est peut-être pas le cas. Les perceptions comptent plus.

Représailles
De leur côté, les Sénoufo-Malinké disent qu’ils vivent ici depuis des décennies, qu’ils ont travaillé dur et qu’ils ont tous les droits d’être ici. Ils font confiance en l’armée pour les débarrasser de criminels. Pour eux, la force de paix des Nations unies est hors de propos. Ils disent aussi que les Guéré doivent s’arrêter de geindre et aller travailler.

Des opinions polarisées et immuables. Aucune partie ne fait confiance à l’autre. C’est ainsi que se déroule la grande politique dans une ville de taille moyenne de l’ouest-ivoirien. Conflits fonciers, questions d’identité et de citoyenneté, une politique qui crée des dissensions, des armes et les gens qui les utilisent – tout est imbriqué.

Quand j’étais à Duékoué, on me disait que des gens étaient tués pratiquement tous les jours. Chaque meurtre est maintenant une revanche et un acte politique. La destruction de Nahibly a eu lieu en représailles au braquage à Kokoma. La réponse est actuellement préparée alors que vous lisez cet article.

Second volet d’un diptyque sur la situation dans l’ouest ivoirien. ( Comprendre la Côte d’Ivoire – Partie I )

 

Par Bram Posthumus

 

Bona

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L'actualité africaine n'a pas de secret pour moi. Toujours à l'afflux, je ne loupe rien.



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