Congo: A propos du chômage retour sur le chiffre présidentiel qui fait jaser

Congo: A propos du chômage retour sur le chiffre présidentiel qui fait jaser
Denis Sassou Nguesso

Le président congolais Denis Sassou Nguesso

Les internautes y vont de leurs commentaires souvent libertins. Il faut dire que le fait ne laisse pas indifférent. Dans son message sur l’état de la nation, le président Denis Sassou Nguesso manifeste un optimisme d’enfer sur la situation socio-économique du pays.

Au point que, parlant du chômage au Congo, il indique qu’il est tombé de 19,4%, en 2005, à 6,9%, en 2011, selon les résultats des enquêtes de consommation auprès des ménages (Ecom) réalisée durant les années citées, rapporte la semaine africaine.

Nombreux sont les Congolais qui n’ont pas cru leurs oreilles d’entendre le président de la République affirmer, dans un message solennel, préparé par les différents départements ministériels et autres services gouvernementaux, que le chômage est à 6,9%, aujourd’hui, dans notre pays.

Un chiffre qui ferait pâlir d’envie même les pays développés actuellement en crise, comme l’Espagne (26,9% du taux de chômage), la Grèce (26,8%) ou même l’Italie (12,2%) (chiffres de mai 2013). Qu’en est-il, en réalité? Il apparaît, clairement, que les rédacteurs du message ont fait faire une fausse route au chef de l’Etat. Car, même s’il y a des efforts appréciables et encourageants, le chômage est encore à un niveau fort préoccupant au Congo.

Il y a lieu de se demander pourquoi, pour parler d’un problème grave, le chômage, qui préoccupe les pouvoirs publics et constitue une grande source de tracasseries dans les familles, les rédacteurs du message présidentiel se sont-ils contentés d’une seule source: l’enquête sur la consommation. Pourquoi le Ministère du travail et de la sécurité sociale n’a-t-il pas été interrogé sur cet aspect du problème?

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Pourtant, en janvier 2012, l’Onemo (Office national de l’emploi et de la main d’œuvre), publiant les statistiques sur le chômage, indiquait que le Congo a enregistré un taux de chômage de l’ordre de 34,2%, en 2011, touchant la tranche des jeunes de 25 à 35 ans. Ce qui sous-entend que si l’on prend en compte les jeunes à partir de 21 ans, et les adultes de 35 à 50 ans, le pourcentage serait encore plus élevé. A l’époque, les chiffres publiés par l’Onemo n’ont pas été critiqués, car étant proches de la réalité. Les familles congolaises peinent, en effet, sous le poids des enfants qui ont du mal à trouver du travail. D’où la forte tendance, en milieu jeune, à quitter le pays et tenter de gagner sa vie à l’étranger.
En juin 2013, ouvrant la campagne d’information, d’éducation et de communication (I.e.c) pour le changement de comportement sur les activités génératrices de revenus des femmes, Mme Cathérine Embondza-Lipti, ministre de la promotion et de l’intégration de la femme au développement, avançait que 28,7% des femmes âgées de 15 à 29 ans sur 758.885 femmes que compte Brazzaville, la capitale congolaise, sur une population estimée à 1.503.803 habitants, sont touchées par le chômage. Elle citait ainsi les données du C.N.S.E.E (Centre national de la statistique et des études économiques).
Dans son édition numéro 19, parue en avril 2012 et consacrée au Congo-Brazzaville, la revue «News Letter» de l’O.n.g Triangle G.h (Génération humanitaire) présente la situation socio-économique de notre pays de la manière suivante:

«Caractérisée par une forte dépendance à la rente pétrolière, qui représente 64% du P.I.B congolais, l’économie du pays n’offre que peu d’opportunités d’emplois, livrant près de 30% de la population au chômage et 80% des actifs au secteur informel. Le taux de chômage est particulièrement élevé en zone urbaine où résident 66% des Congolais qui cherchent à pallier l’absence d’opportunités d’insertion en milieu rural, et, en particulier, les jeunes qui représentent plus de 78% des chômeurs. Une conséquence directe du dépeuplement des campagnes est la sous-exploitation du potentiel agricole du pays -seuls 2% des terres arables sont utilisés- et le recours à des produits importés plus coûteux, qui aggrave les difficultés des personnes à subvenir à leurs besoins».

Ce tableau analytique paraît bien proche de notre réalité socio-économique, quand on sait qu’il y a très peu d’industrie de transformation au Congo et que les Congolais, très portés par le goût du luxe, à commencer par leurs acteurs politiques, préfèrent importer ce qu’ils consomment. Plus de cent milliards de francs Cfa sont consacrés, chaque année, à l’importation de produits alimentaires. Un montant qui, au fil des années, aurait pu faire fleurir, dans le pays, une industrie agro-alimentaire employant de nombreux Congolais.

Selon ses perspectives économiques, la Banque africaine de développement présente la situation socio-économique du Congo, en 2013, comme suit:

«Malgré une croissance plutôt satisfaisante, un bon potentiel en ressources pétrolières, forestières, minières et agricoles, et un revenu par tête de 2.300 dollars américains le plaçant dans le groupe des pays à revenu intermédiaire, tranche inférieure, la pauvreté reste élevée et la réalisation des O.M.D (Objectifs du millénaire pour le développement) s’impose comme un enjeu de taille. Sévit ainsi un taux de chômage élevé, en particulier chez les jeunes de 15 à 29 ans. De fait, la structure économique du pays a peu évolué et l’économie reste très dépendante du pétrole, qui représente près de 70% du P.I.B nominal et 90% des exportations».

Par ailleurs, les rédacteurs du message du président de la République auraient pu jeter un coup d’œil au rapport 2013 du P.N.U.D (Programme des Nations unies pour le développement) sur le développement humain. Les pays du monde sont classés en quatre catégories, suivant leurs indices de développement humain:
1- développement humain très élevé;
2- développement humain élevé;
3- développement humain moyen;
4- développement humain faible.

Comme cela ne peut surprendre, le Congo-Brazzaville est dans la dernière catégorie (développement humain faible) au 142ème rang. L’espérance de vie y est de 57,8 ans (64,9 ans, à Sao-Tomé et Principe).

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Le ratio emploi/population active ayant plus de 25 ans est de 78,8%. Ce qui sous-entend que le chômage touche 21,2% de la population active. Ce qui n’est pas dit dans ce rapport, c’est que le plus gros de la population active se débrouille dans le secteur informel (où il n’y a pas de sécurité sociale et où règne la précarité).
S’il est vrai que l’I.D.H du Congo-Brazzaville a évolué, de 0,470, en 1980, à 0,534, en 2012, après avoir connu une baisse, en 2000, consécutivement aux conflits armés, le pays a encore un long chemin à parcourir, pour atteindre un I.d.h appréciable. Ce qui commanderait, plutôt, une certaine modestie dans les efforts qui se réalisent, aujourd’hui, qu’un optimisme à tout casser. Le premier pays au monde où l’I.d.h est le plus élevé est la Norvège (0,955).
Encore un peu d’efforts, et notre pays pourra intégrer la troisième catégorie (développement humain moyen), s’il atteint un I.D.H de 0,536.

Mais pour cela, il faut résolument lutter contre le chômage et la pauvreté, améliorer l’accès à l’instruction scolaire de toute la jeunesse et aux soins de santé pour toute la population, comme le gouvernement s’y attelle, depuis quelques années.

Joël NSONI


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