Congo – Alain Akouala : « En exportant nos matières premières, nous créons du chômage »

[GARD align= »center »]

Alain Akouala, ministre des zones économiques spéciales au Congo. Photo: Notre Afrik congo

Alain Akouala, ministre des zones économiques spéciales au Congo. Photo: Notre Afrik

De passage à Paris, après une tournée asiatique, Alain Akouala, Ministre des zones économiques spéciales au Congo a confié à Oeil d’Afrique les motivations de l’existence de son ministère et la vision économique du Congo. 

Alain Akouala fait parti de ceux qui ont été appelé « jeune garde » du Président Denis Sassou Nguesso. À 57 ans dont 13 ans comme ministre, il est bien placé pour expliquer la vision économique du Congo.  Pourquoi les Zones Economiques Spéciales? Pourquoi le Plan National de Développement 2017-2021? Entretien.

Le Ministre des ZES, Alain Akouala en visite officielle en Chine. (3 au 10 juin 2016)

Le Ministre des ZES, Alain Akouala en visite officielle en Chine. (3 au 10 juin 2016)

Oeil d’Afrique: L’instance de votre ministère reste contesté. Pourquoi le Président Sassou Nguesso maintient-il ce poste ? D’aucuns parlent d’une voie de garage.

Alain Akouala : Le Président Denis Sassou Nguesso a une vision pour le Congo. Via, le ministère des Zones Economiques Spéciales, il a pour ambition de susciter l’attractivité de notre pays en terme de création d’entreprises, de mises en place d’une industrie qui sera elle créatrice d’emploi. C’est l’engagement qu’il a pris devant les congolais.

A la tête de cette noble mission, je m’attache à faire la promotion de mon pays afin de faire venir des investisseurs qui vont nous accompagner dans la mise en place d’une véritable économie nationale.

Des investisseurs où des pirates de l’économie mondiale ?

Le Ministre des ZES à la tribune face aux étudiants congolais en chine. juin2016

Le Ministre des ZES à la tribune face aux étudiants congolais en chine. juin2016

Il faut faire la différence entre les pirates de l’économie mondiale et des investisseurs qui vont intervenir dans un cadre réglementaire très précis, dans une loi précise. Nous avons lancé une agence de planification qui va sélectionner les entreprises qui vont investir dans notre pays. Nous

avons également engagé des études de faisabilités qui nous ont permis de savoir quelles filières nous devons développer, quelles types d’entreprises nous devons créer et de connaître l’impact que cela aurait sur notre économie en terme de création d richesses.

L’époque des pirates de l’économie qui viennent et qui s’en vont est finie. Ces gens sont à l’origine de ce qui se passe en Afrique aujourd’hui. Regardez le pillage de l’Est de la RD Congo. Qui bénéficie du Coltan de ce pays ? Donc, c’est fort de ce type de constat qu’au Congo, nous nous inspirons des pays qui ont fait leurs preuves. Le succès story de Singapour en la matière en est l’exemple parfait.

Alain Akouala face à un étudiant congolais en Chine.

Alain Akouala face à un étudiant congolais en Chine.

Il faut savoir que les nouveaux investisseurs qui viendront au Congo devront remplir les conditions et passer par les étapes prévus par nos institutions. Nous ne voulons plus voir des investisseurs venir et deux ans après s’en vont.

Comme beaucoup de pays, le Congo n’échappe pas à la corruption. Comment allez-vous réussir à faire respecter ce chemin balisé que devront désormais prendre ces nouveaux investisseurs ?

La corruption est un phénomène mondiale. Tous les pays se battent contre ce fléau. Si nous avons voulu mettre en place une nouvelle architecture constitutionnelle, c’est pour introduire la notion de surveillance et de contrôle du gouvernement par les députés. Aujourd’hui, le parlement a un vrai pouvoir législatif et peut sanctionner et voir censurer le gouvernement.

Le discours de politique générale du Premier ministre, Clement Muamba a réaffirmé en s’appuyant sur le discours d’investiture du Président Dénis Sassou Nguesso qui avait dénoncé la corruption, la paresse, et prôné la remise au travail du pays. Donc, il y a une volonté politique.

Comment allez-vous financer votre politique ?

Le Premier Ministre a tenu un discours clair devant le parlement. Il a expliqué que notre situation est lié à la chute du cours du baril du pétrole. Une situation qui est aujourd’hui mondiale. Mais, nous avons encore la possibilité de tirer notre épingle du jeu. Nous allons définir les priorités au niveau du budget de l’Etat. Et nous devons travailler sur le Plan National de Développement 2017-2021. Ainsi nous saurons chaque année ce que nous pourrons financer.

Pour se faire, nous allons d’abord circonscrire nos propres capacités de financement, ensuite quelles sont les projets que nous pouvons réaliser avec nos partenaires étrangers et enfin comment faire intervenir le capital international, c’est à dire, l’investissement privé. Ce n’est pas l’argent qui manque dans le monde mais plutôt les projets. Nous allons nous lancer vers un partenariat financier sein. Nous pourrons ainsi via les zones économiques spéciales dont le fonctionnement permettra le remboursement de la dette que nous allons contracter, financer notre politique.

Les révélations dites « Panama Papers » contiennent les noms de certains haut dirigeants de votre pays. Qu’attend la justice congolaise ?

Laissons faire la justice. La justice a son rythme. Mais, d’autres dirigeants Européens, Américains ont été également cités. Est-ce que ces justices ont déjà lancé des procédures. Je n’en sais rien. Alors laissons faire la justice. Je crains que cela soit une manipulation supplémentaire et j’ajoute qu’au Congo, nous avons d’autres défis à relever.

Après le dossier des « Biens mal acquis », un autre dossier judiciaire contre la présidence du Congo est ouvert aux USA.

Je me suis toujours étonné de voir dans ce type d’affaires, trois pays du Golf de la Guinée (Congo, Gabon, Guinée Equatoriale) se retrouver lâchés en pâture de la sorte. Il faudra un jour que l’ont se pose les bonnes questions. Qui peut nous expliquer pourquoi rien n’est fait contre des pays qui sont accusés de financer le terrorisme international ? Pourquoi restent-il partenaires privilégiés des pays occidentaux ? Pourquoi des pays comme le Quatar et l’Arabie Saoudite peuvent se payer aujourd’hui des villas un peu partout en occident, détourner des les voies publiques en France pour des questions de nuisances sans que cela dérange qui que ce soit ? Ou sont les plaintes contre eux ? Pourquoi on ne voit pas ces ONG s’offusquer comme ils aiment le faire lorsqu’il s’agit du Congo ?

Le Congo est un des pays exportateurs du pétrole et celle depuis plusieurs années. Comment expliquez-vous qu’il ne dispose que d’une seule raffinerie (la Coraf) ?

Permettez moi de faire un peu d’histoire. Dans les années 68, il y avait un projet de construction d’une raffinerie au Congo par la France. Mais, la pensée politique de ces jeunes (Denis Sassou Nguesso, Alfred Raoul, Youmbi Opango et bien d’autres) qui avaient pris le pouvoir à Brazzaville inquiétait l’ancienne puissance coloniale. L’histoire, nous enseigne que le Président Marien Ngouabi avait en son temps demandé lors d’un voyage à Paris, à la France de maintenir leur projet de raffinerie au Congo. Mais, à la suite d’un entretien avec le Président Pompidou, et le refus de la France, et cette génération de patriote avait alors décidé de construire notre raffinerie malgré moultes difficulté. 

A vous écouter, la France serait seule fautive ?

Nous ne pouvons pas s’absoudre des nos propres fautes. Pour se doter demain d’un secteur pétrochimique performant, c’est exactement l’ambition du Congo à travers la mise en place du processus des Zones Economiques Spéciales.Nous voulons conduire le pays à exploiter demain, toute la chaine des valeurs qui concerne son secteur agricole, touristique, minier, y compris celui de la pétrochimie. Et cela ne peut se faire en une cinquantaine d’années. En sachant que le tout petit tissus industriel embryonnaire que beaucoup de pays africains s’étaient dotés, s’est retrouvé face à une pression de la Banque mondiale et du Fond Monétaire International dans des programmes d’ajustement structurel. Engageant nos pays dans des processus de privatisation.

Les investisseurs internationaux qui viennent au profit du processus de privatisation, ne s’intéressaient qu’aux entreprises d’Etat stratégique. C’est à dire celles dans les secteurs d’électricité, l’eau, les transports, télécommunication… On a fini par constater l’échec des ces programmes d’ajustement structurels. Mais, les experts de la Banque Mondiale et du Fond Monétaire International dont on connait les membres des conseils d’administrations ne mangent pas de leurs chapeaux. Avec tout cela, on continue avec des processus de démocratisation, suivi de guerres civiles. Cette espèce d’agencement des faits historiques n’est pas anodin et cela à fortement pesé sur la gouvernance de nos pays.

Après cette démonstration, pouvez-vous encore dire que le Congo est un pays indépendant ?

Oui, le Congo est un pays indépendant. Mais, il faut acquérir l’indépendance économique même si celle-ci est relative. 

Le Congo doit-il alors quitter la zone CFA et se doter d’une monnaie nationale ?

Il ne faut pas mettre la charrue avec les beaufs. Il faudra déjà être capable de construire son économie. La monnaie est le reflet de la solidité d’une économie nationale. Je vous rappelle que dans les années 75, le Zaïre (monnaie de l’Actuel RD Congo. Ndr) valait deux dollars. Mais, nous connaissons la suite. Lorsque vous avez une économie déstructurée, le résultat est par exemple ce que mes frères du Congo-Kinshasa ont connu avec la chute du Zaïre et des taux d’inflation dépassant l’imagination des économistes.

Donc, il faut avoir une stratégie à très long terme. Il ne suffit pas de frapper une monnaie pour se doter d’une économie. L’une des pistes est de bâtir une intégration économique africaine, pour avoir une croissance économique inclusive. On gère une monnaie au service d’une économie et du bien être national. 

Propos reccueillis par Roger Musandji
© OEIL D’AFRIQUE
[GARD align= »center »]
Roger Musandji

Roger Musandji

Fondateur de RM COMMUNICATION, société éditrice d'Oeil d'Afrique.


Tags assigned to this article:
congoéconomieinterview

[fbcomments]

Related Articles

Congo : Le Transport urbain perturbé à Brazzaville par une pénurie de carburant

[GARD align= »center »] Que de difficultés pour se déplacer lundi dans la capitale congolaise de Brazzaville. Une pénurie de carburant notée

Congo Brazzaville : des interrogations sur l’attaque du cortège de l’ancien ministre Okombi Salissa

L’affaire de l’attaque du cortège de l’ancien ministre du gouvernement Sassou, André Okombi Salissa, le 12 février dernier, dans le

Bénin : le gouvernement interdit l’exportation du bois

[GARD align= »center »] Pascal Koupaki, ministre d’Etat et secrétaire général du gouvernement béninois, a annoncé jeudi à Cotonou l’interdiction d’exporter du

Aucun commentaire

Espace commentaire
Aucun commentaire Soyez le premier à répondre à ce commentaire

Espace commentaire

Votre e-mail ne sera pas publié
Required fields are marked*