Côte d’Ivoire: Deux ans de pouvoir Ouattara, le bilan !

Côte d’Ivoire: Deux ans de pouvoir Ouattara, le bilan !

La présidentielle de 2010 en Côte d’Ivoire a servi de prétexte pour l’organisation d’une grande foire à promesses. Soins médicaux gratuits, assurance maladie à 1000frs (1,5 euros), création d’un million d’emplois par an, pour ne citer que ceux là, étaient le menu des discours politiques que l’on aura entendu. Action marketing oblige, peut être ! Après cette grande solde généralisée, la jeunesse ivoirienne, celle pour qui tous ces projets et slogans ont été rondellement conçus, crient à la trahison.

La grave crise qui a secoué la Côte d’Ivoire n’aura épargné ni personne, ni secteur. En effet, les difficultés d’ordre existentiel qui étaient déjà présentent  en ce début des années 2000 n’ont fait que s’amplifier à l’exponentiel avec le déclenchement de la crise militaro-politique. La grande paupérisation à laquelle se trouveront confrontées les populations pendant dix ans, sera le mobile pour les politiques de leur faire miroiter ce lendemain meilleur devenu une denrée si rare. La jeunesse ivoirienne, heureuse de se savoir désormais au centre de toutes les attentions et préoccupations s’est mise à rêver.

Deux ans après l’accession d’Alassane Ouattara au pouvoir d’Etat, le bilan à mis parcours est loin, voire même très loin des attentes suscitées. Si au niveau macro-économique une lisibilité pourrait poindre à un horizon encore lointain, il reste que la jeunesse désabusée a cédé à l’illusion. Et comme pour sonner le glas de cette déchéance, le dernier rapport des nations unis a dénombré 4.500.000 diplômés chômeurs au pays de la « solution ». Cette estimation quantitative, nous l’avions  avant les élections de 2010. C’est dire que deux ans après, la situation de la jeunesse ne s‘est pas améliorée. Pire, « les cabines téléphoniques », dont la gestion occupait bon nombre de ces chômeurs à plein temps, ont vu leur nombre passé du simple au double. Il suffit d’arpenter les rues d’Abidjan, pour vous en rendre compte. Ce baromètre du chômage en Côte d’Ivoire,  n’a jamais cessé d’être aussi visible et parlant.  Dans son désarroi, la jeunesse ivoirienne, confinée à œuvrer dans l’informel, essai tant bien que mal de s’adapter à un environnement devenu de plus en plus austère. En plus de la gérance de cabine téléphonique, l’identification des cartes SIM et la vente des kits téléphoniques sont désormais une activité en plein essor. L’Etat de Côte d’Ivoire qui en faisant injonction aux operateurs du secteur de la téléphonie cellulaire d’identifier tous leurs abonnés, a indirectement et en toute inconscience crée cette activité. Il ne peut donc aucunement se vanter d’avoir trouvé du travail à quiconque. Ainsi, habillés de chasubles aux couleurs de ces entreprises de téléphonie, ces jeunes vous proposerons à tous les grands carrefours d’Abidjan, l’achat de kits, l’identification de votre carte SIM et le changement de celle-ci au cas où vous aurez été victime du vol de votre téléphone,  ou si vous l’avez simplement égaré.

Jeunes vendeurs de crédit d'appels téléphonique dans les rues d'Abidjan. le 21 mars 2013  © Oeil d'Afrique

Jeunes vendeurs de crédit d’appels téléphonique dans les rues d’Abidjan. le 21 mars 2013 © Oeil d’Afrique

Dans cette Côte d’Ivoire de système « D », ces jeunes diplômés, tentent de trouver réponse  au quotidien, en attendant ce mieux qui ne viendra peut être pas. Mouhin Didier, 28ans, est titulaire d’un BTS  en gestion commerciale (Brevet de technicien supérieur) depuis trois ans.  Après avoir couru vainement à la recherche  de stages pour éventuellement un  emploi, Didier s’est retrouvé à Trechville Gare de Bassam dans cette activité. Sur le conseil de son ami Guegbou Jacques, ils sont désormais très intégrés dans ce secteur. « Ici, on se débrouille toute la journée, à 100frs CFA on identifie ta puce.  Nous vendons également les kits en promotion des maisons de téléphonie. Je fais ça pour m’en sortir et tout doucement ça va. Par jour, j’ai entre 3000 et 5000frs de bénéfice (entre 5 et 10euros) ». Rencontré au rond point d’Abobo, N’Guessan Jules, titulaire d’une licence en chimie, nous dira « je suis là parce que je n’ai pas pu payer les frais d’inscription à l’université, on a réellement pensé que les choses allaient changer pour nous, ça fait deux ans de beaux discours. J’ai une licence de chimie, je viens donc me débrouiller ici en attendant qu’on ouvre les concours ou qu’une entreprise s’intéresse à mon profil. Sérieusement,  je suis découragé mais je n’ai pas le choix ». Les faits sont  là, tellement sacrés !

Dans cet univers où ces commerciaux free lance, exercent en groupe afin de mieux appâtés les clients,  les plaintes et les déceptions sont nombreuses malgré cet air joyeux qu’ils sont obligés de présenter. Ces jeunes que nous avons rencontrés  à Treichville Gare de Bassam et au rond point d’Abobo ne font pas mystère de leur déception à l’endroit de Ouattara. Coté gouvernement, l’on continue d’organiser les séminaires à l’effet de la résolution de cette épineuse question du chômage. Rien que du vent ! Pire, les ivoiriens qui par nature sont nés fonctionnaires, ne peuvent plus se tourner vers leur fonction publique. L’on nous fait dire là bas, que le taux de 35% indiquée par l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest- africain) quant au poids de la masse salariale de l’administration publique dans les ressources propres de l’Etat est largement dépassé. Donc, ne peut plus recruter. Logiquement le privé apparait comme la solution ultime. Là encore, les choses coincent parce que les hommes d’affaires attendent véritablement que les feux passent effectivement au vert pour délier la bourse. A l’heure actuelle, nous en sommes toujours aux promesses. Ainsi, en dehors de la soldatesque, l’épée de Damoclès sur la tête de Ouattara, que le pouvoir insère bonan malan dans des niches savamment crées, le calvaire de la grande majorité de la jeunesse se poursuit. Mieux  avec ce bouchon qui s’est crée pendant ces dix dernières, l’âge de ces jeunes qui s’augmente chaque heure, chaque jour, chaque année est désormais,  l’ennemi juré. Trouveront –ils un jour, un emploi décent avant d’avoir atteint l’âge de la retraite ? L’on est moins sur, sous nos tropiques. Pour l’heure, en plus de la cherté du cout de la vie  qui étreint tous les ménages, les jeunes devront se contenter de ces petits boulots occasionnels, « les gombos », comme on le dit ici à Abidjan. Les medias d’Etat ivoiriens qui célèbrent pompeusement en ce 21 mai le deuxième anniversaire de l’investiture de Ouattara, devraient bien ouvrir les yeux. Ya problème.

Jonas SARAKA
Abidjan-Œil d’Afrique

 

Jonas Saraka

Jonas Saraka

KOUAKOU Kouamé Jonas alias Jonas SARAKA. Licence de Journalisme, DEUG II en Sciences économiques.


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