Côte d’Ivoire: En immersion dans une casse à Abidjan

Côte d’Ivoire: En immersion dans une casse à Abidjan

Après avoir connu un essor sans précèdent  l’industrie automobile connait aujourd’hui un ralentissement notable. L’Afrique à ce jour,  reste un immense marché pour cette industrie. L’utilisation des véhicules qui est fortement intégré dans le quotidien, a entrainé avec elle le développement de plusieurs secteurs d’activités. Ainsi, à Dakar, à Brazzaville, à Bamako, dans chaque grande agglomération d’Afrique, la présence d’une casse ou d’une ferraille répond toujours aux besoins d’offrir aux automobilistes des pièces de rechanges à moindres couts. Afin de mieux comprendre leur rôle et d’en découvrir l’importance , nous avons fait un tour à la casse d’Abidjan.

Ce besoin infaillible et insatiable d’en savoir toujours un peu plus, à l’effet de toucher les réalités, nous aura conduits en ce mercredi à la casse d’Abobo-Adjamé. Dans cet univers où foisonne toujours du monde, il nous fallait nous faire une place pour donner vie à notre quête de savoir. En fait, la casse d’Abobo-Adjamé est le trait d’union entre ces deux communes d’Abidjan. Longue d’au moins cinq kilomètres,  elle s’étend en bordure de cette autoroute à quatre voies. A la casse comme on le dit communément, vous trouverez tout ce qui concerne une voiture, un camion, quelle qu’en soit la marque et l’origine. On pourrait même le dire sans se tromper, vous trouverez à la casse tout ce qui fonctionne à partir d’un moteur. Dans le mois de février dernier, la coque d’un avion y a séjourné pendant plusieurs jours, à la grande stupéfaction de tous avant de disparaitre. Dans ce grand brouhaha, l’activité est compartimentée.  Nous citerons les artisans.  Ces hommes de métiers rompus à la tache, au nombre desquels  vous aurez  des mécaniciens, des peintres, des électriciens, des tôliers et des constructeurs métalliques. L’activité essentielle de ces différentes corporations se résumerait à la maintenance  des véhicules,  la fabrication de certaines pièces, à la remise en état de la  carrosserie et à la peinture. Et pour montrer tout le sérieux qu’ils s’imposent, un délai garantissant la fiabilité des travaux effectués vous sera accordé. Une autre catégorie, les importateurs comme le nom l’indique, importe les différentes  pièces et accessoires sans lesquels votre véhicule ne prendrait plus la route. Eux, ils occupent de grands magasins. Ils en ont les moyens car la demande de pièces n’est jamais en baisse. C’est la haute saison sur toute l’année. Ces importateurs qui ont fait fortune, ont de solides relations au Ghana voisin réputé pour son aversion à la technologie, dans les pays d’Europe et à Dubaï. C’est de ces destinations que viennent l’ensemble des pièces détachées, qu’elles soient de secondes mains, d’origines ou de contrefaçons. Chacun y trouve pour son gout et y fait son marché. A coté de ces importateurs, vous aurez les démarcheurs, les commerciaux. Ceux-ci n’ont ni magasins, ni pièces, ni accessoires. Ils n’ont seulement qu’une collaboration fructueuse avec les importateurs de pièces. Un pourcentage leur sera versé sur chacune des pièces vendues.

Toujours est-il, qu’il sera difficile pour le client d’entrer directement en contact avec les importateurs. Les intermédiaires seront toujours présents, visibles ou pas. Alors, ces démarcheurs, tel est qu’ils se réclament,  sont prompts à l’abordage. Ces jeunes ont le flaire des bonnes affaires. Dès qu’une voiture se gare, la meute se met en branle. Il ne faut pas rater le potentiel client, la journée en dépend. De partout, les questions et les propositions fusent. Cet après midi, Lama sera le plus convaincant et plus chanceux. Lui qui depuis la matinée n’avait  pratiquement rien vendu, nous dira plus tard « ici c’est comme la loterie, souvent tu peux rentrer à la maison avec 200.000frs (300euros), souvent aussi rien. Là je viens d’avoir 5000frs (9euros) avec ce client ». Pour Lama encore, «  dès fois, les clients sont en contact avec les démarcheurs. Toute fois qu’ils ont un besoin, ils nous appellent. C’est là que nous faisons nos importants gains ». Les démarcheurs qui ont réussi dans ce secteur, ont pour secret la qualité des services offerts aux clients. Un client satisfait reviendra toujours vers vous selon Ablo, cet autre démarcheur. Enfin, nous avons les vendeurs de voitures. Ces vendeurs peu scrupuleux sautent sur toutes les occasions. Un véhicule abandonné ou d’occasion, ne manquera pas d’attirer leur convoitise. Il sera racheté à vil prix, remis en scelle puis revendu à prix d’or. L’on nous fait savoir par ailleurs que, les véhicules braqués ou volés sont prisés par ces vendeurs.  Trente minutes après son entrée à la casse, votre véhicule changera d’aspect. Vous ne saurez le reconnaitre. Ce sont malheureusement les dérives du secteur, c’est aussi cela la casse !

Ainsi rime l’activité en ces lieux. Cette casse dont a recours toutes les franges de la société ivoirienne, rend bien de services. Une vue sur le trottoir et dans les garages à ciel ouvert, vous permettra de mieux apprécier. Véhicules de luxe, de particuliers modestes, de transport de personnes et de marchandises, tout y passe. Les concessionnaires des marques de voitures qui sont formellement et officiellement établis  en Côte d’Ivoire, subissent la concurrence de la casse car les prix pratiqués y sont généralement intéressants, donc accessibles. Il est vrai que le rapport qualité-prix est bien réel avec les concessionnaires, mais dans un pays en pleine difficulté économique, c’est de toute évidence que les automobilistes se rabattent sur les marchés parallèles. Diaby, l’un des responsables, désigné pour renseigner notre enquête  ne manquera pas de nous dire « il arrive  souvent que les concessionnaires viennent chercher des pièces avec nous ici lorsqu’ils n’en n’ont pas. Et puis les factures pro forma énormes de ces concessionnaires font déchanter certains de leurs clients, alors c’est à la casse qu’ils se retrouvent ».  La casse dépanne tout le monde donc. Par ailleurs, au-delà du business qui y  prospère, la ferraille a un rôle éminemment majeur quant à la résorption du chômage. La casse d’Abobo-Adjamé, c’est au bas mot 2.500 acteurs qui y exercent chaque jour pour le plus grand bonheur des automobilistes. Mieux, c’est la seule «  zone industrielle »  qui existe dans ces communes d’Abobo et d’Adjamé.

C’est donc à juste titre qu’elle est prise d’assaut par ces nombreux jeunes tous les jours.  C’est elle qui fait bouillir la marmite dans plusieurs familles. La casse participe de ce fait, à la baisse de l’indice de sécurité car occupant bon nombre de ces jeunes déscolarisés que le système a oublié. En sus, ces artisans au dire de Diaby développe ce qu’il est convenu d’appeler « la mécanique plus ». Celle ci qui fait appelle à l’expérience et aux génies créateurs, permet de surmonter des pannes déclarées complexes, voire irréparables. Ces artisans n’ont certes pas le diplôme d’ingénieur, mais réalisent des prouesses avec leurs mains et leur intelligence, à l’heure de la haute technologie. A la casse, la conception de la carrosserie est une technique acquise depuis bien longtemps, avec un peu d’efforts un moteur verra jour un joli petit matin, c’est d’ailleurs la promesse qui nous sera faite. Nos pays sous les tropiques, qui ont du mal à dompter la technologie devraient appuyer ou renforcer  les capacités de ces artisans, dont nous avons été séduits par le génie et la modestie. Ici la théorie et la pratique se côtoient, avec un peu de structuration, de volonté politique,  cette casse peut être le moteur de la révolution industrielle de l’Afrique. « En forgeant, on devient forgeron»,  dit l’adage. Cette immersion effectuée à la casse vaut par son utilité. Elle devrait  nous interpeller tous à plus d’un titre. L’avenir de la Côte d’Ivoire, de la sous région, de l’Afrique tout entière y est!

Jonas SARAKA
Abidjan-Œil d’Afrique

Image: Aboudramane Kanté (Alias  »Abou Retroviseur »)
© Photo : Selay Marius Kouassi

Jonas Saraka

Jonas Saraka

KOUAKOU Kouamé Jonas alias Jonas SARAKA. Licence de Journalisme, DEUG II en Sciences économiques.


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