Côte d’Ivoire : Phénomène des jeunes filles vivant en couple

Côte d’Ivoire : Phénomène des jeunes filles vivant en couple

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Peine sorties de la puberté, qu’elles ont un enfant sous les bras avec toute une histoire. 20% des jeunes filles ivoiriennes âgées de 15 à 19 ans vivent en couple. L’information a été rendue officielle au cours d’un séminaire des acteurs de la santé sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) la semaine dernière. Cette information qui a interpellé plus d’un, il importait d’aller à la recherche des causes et d’en connaitre les manifestations.

« J’avais juste 16 ans lorsque je suis tombée dans le piège de la convoitise. A cet âge là, les filles avec lesquelles j’ai grandi dans le quartier m’en mettaient plein la vue. Elles étaient chic, toujours bien mises avec de nouveaux habits, de nouvelles tresses de cheveux. Mes parents n’ayant pas les moyens pour me les offrir, j’ai décidé de faire comme elles. J’ai rencontré Charles, un monsieur qui avait une situation relativement stable et qui me couvrait de cadeaux. Trois mois après, contre la volonté de mes parents je me suis installée chez lui abandonnant mes études (en classe de 3ème). Après que j’ai contractée une grossesse, la suite a été un cauchemar. Des palabres, des menaces à n’en point finir. Curieusement, Charles ne voulait plus de notre relation. Après mon accouchement, la tension n’est pas retombée. Je craignais pour ma vie, Charles me violentait. J’ai envoyé des gens pour demander pardon à mes parents qui ont bien voulu accepter. Je suis rentrée en famille après deux ans vie conjugale. Ma fille à quatre ans aujourd’hui. Son père, il passe de rare fois », témoigne avec une vive émotion Estelle qui n’oubliera pas de si tôt cette étape de sa vie a à peine 20 ans.

Estelle que nous rencontrerons à Adjamé (commune d’Abidjan) sur recommandation d’un proche. En référence à la sociologie ivoirienne qui n’est peut être pas loin des autres pays d’Afrique, pour un tel reportage inutile de s’orienter vers les quartiers huppés. La cible ne se trouverait pas à cet endroit. Faut-il descendre dans les quartiers populaires pour mieux appréhender le phénomène. Danielle, 21ans, est arrivée à Abidjan à l’âge de 13 ans grâce à une tante qui est allée la chercher au village. Déscolarisée à cet âge, cette tante qui fit la promesse ferme aux parents de Danielle de lui offrir un avenir meilleur, va se révéler par son caractère inhumain le bourreau de la jeune fille dans ce quartier d’Abobo-avocatier (sous quartier de la commune d’Abobo). La corvée a été le quotidien de Daniel pendant deux bonnes années avec un seul repas journalier. Elle sera par la suite placée comme fille de ménage chez un couple où elle travaillera pendant un an et demi. Son salaire était directement versé chez sa tante. A l’heure de réclamer son dû, sa tante se dérobe. Point d’économie pour Danielle. La cerise sur le gâteau, Danielle sera sa mise à la porte par celle-ci. « J’ai une amie qui travaillait dans un maquis qui m’a conseillée de venir avec elle. Je n’avais pas le choix, je suis entrée dans la nuit en travaillant dans ce maquis comme serveuse. Un client, Hubert, est tombé sous mon charme. Il m’a courtisé pendant un bon moment. J’ai eu confiance en lui, et on s’est mis ensemble. Dieu merci, cela fait trois ans maintenant que nous avons fondé notre foyer », révèle Danielle. Danielle aura certainement eu un peu plus de chance que les autres, eux qui comptent officialiser leur union.

Au constat, pour celles qui auront bien accepté de s’ouvrir à nous au lors de notre enquête, les témoignages se recoupent. Ces jeunes filles sont sujettes aux mêmes causes : les pesanteurs sociales. En effet, la pauvreté, la convoitise, la démission des parents, la migration vers les zones urbaines constituent entre autres les raisons de ce phénomène qui se révèle comme une trappe contre les couches défavorisées, mieux contre les jeunes filles de cette tranche d’âge (15 à 19). Par ailleurs, du coté de la communauté musulmane, c’est aussi très jeunes que les filles sont données en mariage à des individus bien plus âgés, la réalité du « mariage forcé ». Aussi, curieux que cela puisse paraitre, le phénomène de jeunes filles vivant en couple est beaucoup plus prononcé dans les zones rurales. Dans les hameaux, c’est précocement que les filles sont mises en ménage avec des hommes, comme pour répondre à la tradition. Conséquences, ces jeunes filles sont exposées au cancer du col de l’utérus après le premier accouchement, et malheureusement aux MST/SIDA.

La prise en charge intégrale de la scolarisation de la jeune fille pourrait paraitre comme un élément de réponse à ce phénomène qui est réelle en Afrique. « Éduquer une fille, c’est éduquer une nation », a-t-on l’habitude d’entendre dire. Faut-il aller au-delà des séminaires, il y a urgence.

Jonas Saraka
Abidjan-Oeildafrique.com

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Photo: image  d’archives, copie d’écran film « Rebelle ».

 

Jonas Saraka

Jonas Saraka

KOUAKOU Kouamé Jonas alias Jonas SARAKA. Licence de Journalisme, DEUG II en Sciences économiques.



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