Côte d’Ivoire : Réconciliation nationale et opposition aux aguets

Côte d’Ivoire : Réconciliation nationale et opposition aux aguets

[dropcap font= »georgia »]L[/dropcap]a fracture sociale au sortir de 10 ans, non de 30 ans de crise dans une Côte d’ivoire en quete de repère, n’est pas un simple fait d’actualité. Une implacable réalité à laquelle les politiques à travers leur dialogue d’hypocrites tente de ressouder les morceaux. Sur le tortueux et difficile chemin qui mène à la réconciliation, que d’embuches, de préalables, de motions, de tractations. Au finish, la présidentielle de 2015 pointe à l’horizon.

Et pourtant le chef de l’Etat ivoirien, Alassane Ouattara, dans son action gouvernementale qui sera recadré pour prendre en compte l’épisode de la crise post électorale, il sera redéfini en toute priorité la réconciliation nationale. Dans ce projet, déjà rendu difficile par le transfèrement de l’ex chef d’Etat Laurent Gbagbo à la Haye et l’emprisonnement de plusieurs de ses partisans, une commission nationale chargée de réconcilier les ivoiriens verra le jour aux premières heures de la sortie de crise après avril 2011. Un travail de « Nègre » confié à l’ex gouverneur de la BCEAO (banque centrale des états de l’Afrique de l’ouest), Charles Konan Banny qui n’aura certainement mesuré que les avantages liés à cette fonction. Deux ans après, la colombe de paix de ladite commission, ne s’est pas envolée plus loin que le siège de l’institution. Les nombreuses tentatives de dialogue avec l’opposition politique se sont heurtées à un niet catégorique. Les quelques rares cadres du FPI (Front populaire ivoirien)ex parti au pouvoir en liberté, feront de la libération de leurs camarades incarcérés dans les goulags, la condition siné-qua-non pour tout dialogue. Face à ce constat d’échec patent, il s’est même murmuré un moment, le remplacement de la commission dialogue et vérité par une autre entité. En définitive, ce dernier projet restera à l’étape des rumeurs. Il sera abandonné, puis rangé au placard.

Aussi, dans cet antagonisme ambiant, ce dialogue de sourds entre pouvoir et opposition, la réconciliation nationale n’aura été qu’un lheur, voire une illusion pendant deux ans. En dehors de quelques actions médiatisées à grand renfort, notamment le retour de certains exilés, l’opinion publique dans un mutisme attendait d’avantages de l’exécutif ivoirien. En effet, en ce début de mois d’août, il pesait sur la Côte d’Ivoire une atmosphère lourde qu’il fallait absolument décrisper. Cette date, 05 août, sera le point de départ de signaux forts en faveur d’une réconciliation réelle entre ivoiriens. La libération de la quasi-totalité des cadres du FPI a ramené le sourire sur toutes les lèvres. Un acquis que le pouvoir compte capitaliser pour renouer définitivement le dialogue avec le FPI d’Affi N’Guessan. Peut être, mais Affi N’Guessan depuis sa sortie d’il y a quelques semaines, a engagé la bataille pour la libération de Gbagbo, son épouse Simone et tous les autres. Nous allons vers un autre blocage.

Mieux, dans la ferveur de la vague de libération de prisonniers politiques, Guillaume Soro, le président du parlement ivoirien, va oser. L’audace du président de l’assemblée nationale ivoirien va s’avérer fructueuse. Annoncé comme le périple de tous les dangers, Guillaume Soro va se rendre là où le chef de l’exécutif ivoirien n’a pu se rendre à ce jour depuis son éléction. Gagnoa, le fief du FPI, la région natale d’un certain Laurent Gbagbo sera écumé de fond en comble.  Pendant trois jours, Guillaume Soro et les ressortissants de cette partie de la Côte d’Ivoire se sont parlé en toute franchise. Des langues se sont déliées, non plus pour cracher du venin, mais beaucoup plus pour parler de paix dorénavant. Guillaume Soro a été à la rescousse du chef de l’Etat ivoirien, Alassane Ouattara, lui omnibulé par ses nombreux projets qui ne manquent pas de controverses.

Comme à son habitude, le gouvernement ivoirien dans une précipitation hors norme va ramer à contre courant de ce climat relatif d’apaisement. Le projet de loi d’Alassane Ouattara sur la nationalité et le foncier soumis à l’analyse et au vote des parlementaires a laissé transparaitre la sensibilité de ces deux questions en Côte d’Ivoire. Encore, le clivage entre les alliés du RHDP (rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix), PDCI et RDR s’est révélé béat. Contraire à la volonté du citoyen lambda, ces deux projets de loi seront adoptés par les députés. L’argent aurait circulé dans cet hémicycle nous dit-on. Le vote de ces lois et la perspective de la présidentielle de 2015 sont en partie les raisons pour lesquelles le PDCI (parti démocratique de Côte d’Ivoire) de Konan Bedié bouillonne en ce moment. La scission et l’implosion planent sur le congrès d’octobre prochain du PDCI. Certains députés et militants du vieux parti, n’ont pas fait mystère de leur position quant au vote de ces lois et de leur cohabitation ou collaboration avec le RDR d’Alassane Ouattara. Pas besoin d’avoir l’odorat développé pour sentir le malaise.

Enfin, dans la manœuvre des politiques en Côte d’Ivoire, il faut craindre une alliance du FPI et du PDCI pour la présidentielle de 2015. Si elle est effective cette alliance, le plébiscite de M. Ouattara, candidat déclaré à sa propre succession pourrait ne pas etre effectif. Entre guerre à distance pour museler le PDCI, une opposition qui se réveille et qui reprend confiance, la réconciliation qui semble en marche, 2015 aguiche désormais tous les acteurs politiques. Pour tous ceux qui ne le sauraient pas, nous sommes bien en Côte d’Ivoire, le pays de toutes les alliances. Retenons que le FPI est aux aguets.

Jonas Saraka
Abidjan-Oeildafrique.com

Jonas Saraka

Jonas Saraka

KOUAKOU Kouamé Jonas alias Jonas SARAKA. Licence de Journalisme, DEUG II en Sciences économiques.


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