CPI : Le juge interdit aux avocats de Gbagbo de l’appeler « Président »

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L'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo au premier jour de son procès devant la CPI, le 28 janvier 2016.

L’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo au premier jour de son procès devant la CPI, le 28 janvier 2016.

Cuno Tarfusser, juge principal dans le procès de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo à la CPI, a appelé ce vendredi, les avocats de la défense à éviter d’utiliser le mot « Président » pour qualifier leur client.

Depuis l’ouverture du procès de l’ex-Président ivoirien à la Cour Pénale Internationale, le 28 janvier dernier, les audiences, relayées dans les medias du monde entier, sont allées de rebondissements en rebondissements. Aujourd’hui, c’est la qualité de Président de Laurent Gbagbo qui est remis en question dans ce procès pour crimes contre l’humanité. Au cours de l’audience du 12 février, les juges ont demandé aux avocats du camp Gbagbo « d’éviter d’utiliser le mot président » pour qualifier l’accusé. Tout a commencé lorsque Paolina Massida, avocate des victimes, avait interpellé, la veille, la Cour pour protester contre les avocats du camp adverse. « Maître Altit se présente comme l’avocat du président Gbagbo », avait-elle remarqué. Mais l’avocat parisien s’est tout de suite défendu, rétorquant que « la culture française, latine et ivoirienne, donne toujours à un ancien président et à un ancien haut magistrat du pays, un titre ». Pour l’avocat de Gbagbo, « ne pas le faire c’est s’attaquer au peuple ivoirien et à sa liberté de choisir qui il entendait choisir en octobre 2000, lorsque le président Gbagbo a été élu ». Emmanuel Altit s’est indigné que sa consœur demande à la Cour « d’attaquer dès le départ la légitimité du président Gbagbo ».

Les juges ont dû délibérer pendant 24 heures pour finalement se rallier à la requête de Mme Massida. « Ici, nous sommes dans une salle d’audience et c’est un sujet fort sensible. Qu’on soit président ou pas, les accusés sont tous égaux. Ce n’est pas matière à courtoisie ». 

« La terre a tremblé et quelque chose est tombé »

Le procès conjoint de Laurent Gbagbo et de son ex-Ministre de la jeunesse Blé Goudé a vu défiler deux nouveaux témoins, sous pseudonyme, pour étayer l’accusation d’attaque contre des civils. À la barre, celui enregistré sous la référence P536 s’est confié pendant presque 10 heures sur les événements survenus à Yopougon dans le quartier de Doukouré entre le 25 et le 28 février. Ce dernier a affirmé être la cible, avec d’autres, de jets de pierres de la part des partisans pro-Gbagbo galvanisés par un discours de Blé Goudé prononcé plus tôt au bar Le Baron. Selon lui, les policiers, arrivés sur les lieux, « tirent et lancent des grenades. Les gens tombaient ». « On était plus fort. C’est pour ça qu’ils ont appelé les forces de l’ordre », a t-il ajouté en réponse au contre interrogatoire de Maître Altit.

S’en est suivi le témoignage d’une femme originaire d’Abobo qui, elle, raconte la journée du 3 mars 2011 pendant laquelle avait eu lieu une marche organisée par des femmes. L’ambiance festive de la manifestation a vite fait place à la panique lorsque la terre a « tremblé », et « quelque chose est tombé », raconte cette femme, le témoin P190. Quelqu’un lui dit que c’est un obus. « C’est tombé avec une grande force, ça a fait des dégâts énormes », raconte-t-elle, en sanglots.

Laurent Gbagbo et Blé Goudé sont jugés depuis le 28 janvier 2016 à la Cour Pénale Internationale pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, commis lors de la crise post-électorale de décembre 2010 à avril 2011.

Marie-Hélène Sylva

© OEIL D’AFRIQUE

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