David Goldblatt: regard critique d’un photographe sur les mines sud-africaines

David Goldblatt: regard critique d’un photographe sur les mines sud-africaines
David Goldblatt

Le photographe sud-africain David Goldblatt, le 11 janvier 2011 à la fondation Henri Cartier-Bresson à Paris
© AFP/Archives François Guillot

En redécouvrant un travail effectué il y a quarante ans, en plein apartheid, avec la romancière Nadine Gordimer, le photographe David Goldblatt constate que les mines sud-africaines n’ont guère évolué, mais il croit que les grèves sanglantes qui les agitent aujourd’hui « ont changé les paramètres ».

Chef de file de la photographie documentaire sud-africaine, David Goldblatt, 81 ans, présentait ce week-end à Johannesburg une exposition de clichés des années 1960 et la nouvelle édition de « On the Mines » (Aux mines), un livre publié en 1973.

La sortie de l’ouvrage en ces temps troublés est pour lui « une coïncidence », l’éditeur allemand Streidl lui ayant proposé de rééditer son oeuvre: « C’était le premier livre que j’ai publié, il était plutôt insatisfaisant, et j’ai été ravi de pouvoir tout regarder à nouveau, changer le design et le contenu », a-t-il expliqué à l’AFP.

La prix Nobel de littérature Nadine Gordimer, qui l’avait accompagné à plusieurs reprises sous terre à l’époque, en a signé le texte d’introduction, désormais assorti d’une postface. Les deux artistes sud-africains ont grandi au milieu des mines d’or aux deux extrémités du Witwatersrand, le bassin de Johannesburg. L’une à Springs à l’est, et l’autre à Randfontein à l’ouest.

Pour la romancière, aujourd’hui âgée de 88 ans, les photos de son ami Goldblatt sont d’une actualité criante, alors que l’Afrique du Sud sort à peine d’une longue et sanglante vague de grèves, qui s’est propagée depuis début août d’une mine à l’autre.

Si quelques photos sont datées –notamment des bâtiments sans doute démolis depuis longtemps–, les nombreux portraits et les épiques scènes souterraines en noir et blanc n’ont pas l’air d’avoir été pris il y a quarante ans. Ils font revenir à l’esprit le leitmotiv des grévistes de 2012, quand ils parlent de leur travail au fond du puits: « C’est l’enfer! »

Mêmes masses de mineurs de fond noirs aux visages résignés, toujours surveillés par les mêmes cadres blancs…

« L’essentiel est toujours valable », souligne Nadine Gordimer. « Et nous le savons. Sinon, nous n’aurions pas eu récemment 44 personnes tuées alors qu’elles faisaient grève pour de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail! »

Le conflit de la mine de platine de Marikana (nord), détonateur de la crise, a fait 46 morts, dont 2 policiers et 2 agents de sécurité. Les forces de l’ordre ont ouvert le feu sur des grévistes le 16 août, tuant 34 personnes.

Pour David Goldblatt, Marikana « est un désastre terrible, qui ramène aux pires jours de l’apartheid, quand la police semblait être une force autonome qui ne rendait de compte à personne ».

Considérant ses clichés vieux de plus de quarante ans, David Goldblatt estime que « ça a changé, et ça change encore dans les mines, mais une bonne partie de tout ça existe toujours ».

« Les technologies minières ont évolué, mais pas beaucoup. Les mines dépendent toujours essentiellement d’une grande quantité de travailleurs manuels non qualifiés, sous terre », constate-t-il, critiquant le recours massif à une main d’oeuvre illettrée, venue de lointaines provinces ou de l’étranger.

« La vague récente, et encore actuelle, de grèves et de le désastre de Marikana ont soudainement changé les paramètres », pense-t-il néanmoins.

Les maîtres de mines « ne peuvent pas revenir à la situation antérieure », selon lui. « Il faudra du temps, ce n’est pas pour demain. (…) Il y aura quelques ajustements, il y aura des compromis, mais finalement ils ne pourront pas revenir à ce système primitif. »

L’avenir des mines sud-africaines passe selon le photographe par un recours accru aux machines. « Beaucoup de gens vont perdre leur emploi, mais ceux qui resteront employés seront embauchés à un niveau beaucoup plus élevé de compétences », prévoit-il.

La crise des mines est en tout cas pour Nadine Gordimer un symbole de l’échec de l’ANC, après dix-huit ans au pouvoir.

« Le slogan de l’ANC, +une vie meilleure pour tous+, n’est pas allé sous terre! », lâche celle qui avait accompagné le mouvement pendant la lutte contre l’apartheid.

Et David Goldblatt de confirmer: « C’est l’amère vérité. »

Avec AFP

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