Désinformation et stratégie du chaos : du Rwanda à la Syrie

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Par PATRICK MBEKO

Les similitudes entre ce qui se passe en Syrie et ce qui s’est passé au Rwanda dans les années 90 sont frappantes. Au Rwanda, une commission d’enquête internationale, après avoir passé deux semaines dans le pays (dont deux heures seulement dans la zone contrôlée par le FPR/APR de Kagame), avait statué que le gouvernement du président hutu Juvénal Habyarimana menait une politique de génocide contre la minorité tutsie. Le problème, et c’est ce qui est renversant, c’est que certains membres de la Commission se sont retrouvés au service du FPR après sa prise du pouvoir en juillet 1994! De quoi s’interroger sur l’impartialité de la Commission durant les enquêtes. Le chercheur belge Filip Reyntjens  qui a contribué à la mise en place de cette Commission, reconnaît aujourd’hui que certains membres de celle-ci roulaient en réalité pour le FPR.

Pendant la guerre civile qui a complètement ravagé le pays des collines, les grands médias occidentaux n’avaient de cesse de louanger Paul Kagame, le bras exécutant des puissances anglo-saxonnes (plus la Belgique), le décrivant comme un « démocrate » qui se bat pour la liberté et la démocratisation du Rwanda. La plupart des crimes contre les civils commis par les cellules clandestines de l’Armée patriotique rwandaise (APR) disséminées un peu partout sur le territoire rwandais furent attribués au gouvernement Habyarimana. Comme l’a si bien relevé Roland Hureaux, « il est même arrivé à Kagame de massacrer tous les habitants d’une région et d’inviter ensuite la presse internationale, toujours naïve, à contempler des méfaits qu’il imputait à son adversaire. » La presse était-elle naïve? Pas si sûr. Elle savait très bien ce qu’elle faisait, un peu comme dans le cas syrien aujourd’hui.

Que se passe-t-il dans ce pays? Nous assistons là à une opération de déstabilisation fomentée par des stratèges occidentaux en tête desquels les Américains. Les enjeux sont énormes. Je n’entrerais pas dans les détails. Mais comme moi, vous avez tous constaté que la plupart des massacres, si pas tous, sont systématiquement attribués au président Bachard El-Assad. Or, ces massacres bien calculés sont l’œuvre de la nébuleuse Armée Syrienne Libre (ASL) composée des terroristes de tout acabit soutenus par les Occidentaux et les pétromonarchies du Golfe. Et il n’y a pas seulement les médias qui participent à cette propagande de guerre, il faut compter aussi les ONG comme Amnesty International et Human Rights Watch entre autres, financées par le département d’état américain. Il y a également la Haut-commissaire de l’ONU aux Droits de l’Homme, Navanethem Pillay, qui joue la porte-parole de « l’opposition syrienne » en produisant des rapports erronés (souvent basés sur des témoignages des insurgés qui combattent le gouvernement syrien) sur le gouvernement syrien dans le but de le discréditer et d’entraîner une intervention armée en Syrie.

À l’origine de tout ce que nous entendons quotidiennement dans les grands médias occidentaux sur la situation en Syrie : l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH www.syriahr.com), principale source des médias pour leur propagande de guerre contre la Syrie, reconnu par l’Union européenne qui prétend reprendre les chiffres de Comités locaux de coordination recensant les victimes sur le terrain. Son directeur : un certain Rami Abdel Rahmane. Ce dernier, très lié aux Frères musulmans, opère sous la haute protection des services secrets britanniques dans un appartement à Londres. Ses sources : son imagination. Voilà donc d’où proviennent les différentes dépêches sur la Syrie distillées quotidiennement par l’AFP et reprises en boucle par de nombreux médias. Vous êtes donc servis.

Au Rwanda tout comme en Syrie, il n’a jamais été question des droits de l’homme et de démocratie. La déstabilisation  du Rwanda, dans les années 1990, par l’Armée patriotique rwandaise de Paul Kagame, elle-même soutenue par le États-Unis et leurs alliés, constituait un tremplin à la déstabilisation de la RDCongo pour des raisons économiques et stratégiques. La déstabilisation de la Syrie du président Assad par les pays de l’OTAN s’inscrit dans cette même logique. Ce pays constitue un « obstacle à la politique américaine au Moyen-Orient » relève un rapport de 55 pages présenté par le Centre International de Recherche et d’Études sur le Terrorisme & l’Aide aux Victimes du Terrorisme (CIRET-AVT) et le Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Les membres du CIRET-AVT et CF2R se sont rendus en Syrie du 3 au 10 décembre 2011. Leur rapport sur la crise syrienne est plus que révélateur. Avant même d’entrer dans le vif du sujet, le ton est donné : « Les influences étrangères jouent un rôle essentiel dans la crise syrienne (…) et l’ingérence des acteurs internationaux s’observe quotidiennement aussi bien dans le soutien à une partie de l’opposition qu’à travers la véritable guerre de l’information qui a été déclenchée contre Damas par les médias arabes et anglo-américains (…). Cette falsification des faits dissimule à l’opinion mondiale le soutien que la majorité de la population syrienne apporte – souvent à contre cœur – au régime»… La politique américaine en Syrie a été baptisée « instabilité constructive ». Elle repose sur trois principes précise le rapport : entretenir et gérer les conflits de basse intensité, favoriser le morcellement politique et territorial et promouvoir le communautarisme, sinon la purification ethnico-confessionnelle.

En y regardant de près, on constate que la même stratégie est froidement appliquée par les Occidentaux en RDCongo depuis août 1998. Les metteurs en scène sont toujours les mêmes. À la seule différence qu’au Congo, cette « politique du chaos » est exécutée par l’entremise du Rwanda, de sa marionnette Joseph Kabila et de l’Ouganda alors qu’en Syrie, c’est par l’entremise du Qatar, de l’Arabie Saoudite et de la Turquie.

Maintenant. Plusieurs d’entre vous se demandent pourquoi les médias ne couvrent-ils pas les événements de la même manière? Simplement parce qu’au Congo, les architectes du chaos opèrent en toute quiétude et ne veulent pas que leurs méfaits soient révélés alors qu’en Syrie, la politique du désastre qu’ils parrainent peine encore à aboutir. Il faut donc diaboliser l’ennemi à outrance. Il n’est pas question d’indignation sélective comme certains de mes compatriotes le pensent. Il s’agit tout simplement d’une propagande médiatique selon les circonstances du moment; tout cela, dans le but de faire triompher dans tous les cas une « démocratie des cimetières », que ce soit au Congo ou en Syrie. Certains appellent ça « instabilité créatrice » et d’autres la « stratégie du chaos».

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Patrick Mbeko

Patrick Mbeko

L'analyste des questions géopolitiques.



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