Déstabilisation de la RD Congo: Quand la communication fait défaut.

Déstabilisation de la RD Congo: Quand la communication fait défaut.

Depuis 1997, la RD Congo connaît la guerre la plus meurtrière de l’histoire de l’humanité. Plus de 8 millions des morts, des populations chassées de leurs terres et des femmes violées au quotidien, mais tout se passe comme si cela relevait d’un mirage. Par manque de communication.

 

‘’Avec une communication appropriée, une guerre se gagne parfois sans coup de feu. Mais sans communication, une guerre se perd facilement’’. Ces propos d’un responsable militaire occidental qui a conduit des troupes au Kosovo dénotent de l’importance des stratégies de communication dans les guerres modernes. Faire la guerre signifie d’abord utiliser le verbe avant le canon. Mais, dans la guerre que connait la RD Congo, tout se passe comme si la volonté des ‘’autorités’’ étaient de perdre la guerre, délibérément. Elles se distinguent par une maladresse au plan de la communication qui laisse libre-court à ceux qui font la guerre à notre pays de dérouler des messages tronqués, de travestir la vérité, de masquer la réalité et de brouiller les enjeux.

 

Laurent Désiré Kabila avait le handicap d’avoir été recruté dans le cadre d’un complot orchestré ailleurs et dont il n’a servi, dans un premier temps, que pour lui conférer un caractère national ou congolais auprès de l’opinion internationale. Il n’était pas au départ de l’action de déstabilisation du Zaïre ourdie par les américains et sous-traitée par le Rwanda via les Banyamulenge. Cette situation l’avait ainsi placé dans une posture difficile vis-à-vis du Rwanda qui exerçait une tutelle de fait sur son pouvoir et, d’ailleurs, sa mort est intervenue dès qu’il s’en est affranchi. Aussi Kabila ‘’père’’ n’a donc jamais su affirmer son leadership vis-à-vis de Kagamé et a donné l’impression, chaque fois qu’il communiquait – mais Dieu qu’il communiquait mal ! – d’être un bouffon.

 

Avec l’assassinat de Kabila, qui savait au moins manier le verbe et effaroucher les occidentaux avec ses propos nationalistes bien sentis, la RD Congo est entré dans une phase plus critique avec son successeur : celle de l’aphonie du chef des armées. Et lorsque l’on sait que la voix du chef transcende les troupes, l’on ne peut que comprendre pourquoi la RD Congo ne parvient pas à gagner la guerre. Joseph Kabila, héritier putatif ou biologique, c’est selon, incarne ce qui se fait de pire en matière de communication : il allie maladresse, timidité et inconstance. Non seulement sa posture -il occupe le pouvoir contre la volonté du peuple congolais- est inconfortable pour communiquer légitimement mais, en plus, il ne s’exprime que rarement sur la scène internationale, là où Kagamé, qui malmène notre pays, a fait son trou.

 

Sous ‘’Joseph Kabila’’, la RD Congo, vassalisée, n’a de communication qu’un large sourire, un sourire malicieux que rien n’explique, surtout affiché par le ‘’président’’ d’un pays en guerre et endeuillé chaque jour que Dieu fait. Un sourire curieux que les congolais ont fini par prendre pour l’expression d’un devoir accompli, surtout de quelqu’un qui est considéré comme un cheval de Troie.

 

Les ennemis de la RD Congo en profitent

 

Quand ce n’est pas les gaucheries de Lambert Mende, ministre de la Communication, vuvuzelateur devant l’éternel, le ‘’chef de l’état’’ congolais ne prend guère position dans les grandes rencontres et occasions internationales. Il est si aphone que ceux qui déstabilisent notre pays et œuvrent pour sa balkanisation en profite. Paul Kagamé le premier.

 

Depuis plusieurs années, c’est le Rwanda qui parle de la RD Congo. Quand ce n’est pas le dictateur rwandais qui prend parti pour le M 23, sa création, c’est sa ministre des affaires étrangères, Louise Mushikiwabo qui monte au créneau. Et, dans un cas comme dans l’autre, les rwandais s’adonnent à leur jeu favori : brouiller les pistes. Mais peut-on leur reprocher d’en profiter là où il y a un vide côté congolais ?
Seulement, cette immixtion systématique des autorités rwandaises dans les affaires congolaises au mépris de la coutume diplomatique a fini par se normaliser. Désormais, quand on parle de la RD Congo, surtout de la situation explosive que son armée alimente à l’Est du territoire congolais, c’est le Rwanda qui donne des orientations et préconisent des solutions.

 

Ainsi, quand l’ONU table sur le désarmement des forces négatives présentes à l’Est du Congo, y compris le M 23, Kagamé se braque au point de menacer de représailles la brigade de la Monusco chargée de désarmer les mouvements armés. Lors des sommets, aux Nations Unies comme à l’UA, le Rwandais se distingue avec la même désinvolture chaque fois que la RD Congo est évoquée.

 

Lors du dernier sommet de l’union africaine tenue à Addis Abeba, le dictateur rwandais s’est encore illustré en voulant imposer à la RD Congo un dialogue automatique avec l’ombre de son armée, le M 23. Seulement, cette fois-ci, il a eu fort à faire. Car malgré l’aphonie de ‘’Joseph Kabila’’, de nombreux chefs d’état africains ont compris le jeu rwandais. Le président tanzanien notamment.

 

A la volonté de Kagamé d’imposer sa ‘’solution’’ à la crise congolaise, c’est-à-dire un dialogue automatique entre Kinshasa et le M 23, Zakaya Kikwete a rétorqué en préconisant une solution globale de dialogue applicable au Rwanda aussi bien qu’à l’Ouganda. ‘’ Si Kinshasa négocie avec le M 23, Kigali doit aussi le faire avec le FDLR, Kampala avec l’ADF-Nalu’’, a assené le chef de l’état tanzanien.

 

Sans la rescousse tanzanienne, le Rwanda allait, une fois de plus, orienter la communauté internationale, Ban Ki Moon présent à Addis Abeba, le premier, dans la mauvaise direction. Car, comme l’a dit le président tanzanien, la crise dans les Grands Lacs ne tient pas seulement du conflit congolais. C’est un problème global qui nécessite une solution globale.

 

Pour revenir à la communication qui fait défaut à la RD Congo, on peut toujours se féliciter de cette solidarité tanzanienne. Mais, jusqu’à quand celui qui est censé porter haut le flambeau du Congo continuera t-il à rester muet face à l’activisme débordant de son ‘’homologue’’ rwandais ? Il y a là une question urgente qui demande une réponse tout aussi urgente !
Mohamed Mboyo Ey’ekula

Mohamed Mboyo Ey'ekula

Mohamed Mboyo Ey'ekula

Journaliste - Politologue.


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