Il est difficile d’être compris quand on s’exprime dans la même langue sans tenir le même langage.

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Il y a souvent dans nos échanges un problème qui me semble fondamental, qui est celui du paradigme. Il arrive souvent que des compatriotes africains me demandent à la suite d’une réflexion : « C’est quoi la solution? C’est quoi ceci ou cela? » Parfois, on m’accuse d’être un anti-occidental. D’autres encore à l’imagination débordante me demandent de rentrer chez moi au lieu, disent-ils, de critiquer l’Occident. Depuis un moment, j’ai compris qu’il est très difficile d’être compris quand on s’exprime dans la même langue sans tenir le même langage.

Ce que je veux dire ici est que nous ne pourrons jamais nous comprendre si nous partons de paradigmes différents. Je suis africain et je réfléchis, non pas en fonction des autres ou de leur paradigme, mais de moi, de ce que je suis profondément. Mes aïeux n’ont pas commencé à exister avec l’arrivée des premiers colons, et je ne vois donc pas pourquoi je dois substituer à mon âme celle des gens venus d’ailleurs. Tout est faux chez nous aujourd’hui. Nos cadres de référence sont faussés. Je n’insiste plus dans certains débats car je sais que je ne serai pas compris par mes frères qui partent d’un paradigme extra-africain pour comprendre les problèmes auxquels l’Afrique profonde est confrontée.

Nous ne sommes pas sur la même fréquence (paradigme) et même si je faisais la démonstration [de A à Z] de ce que je dis, beaucoup ne comprendront pas. C’est cette difficulté que des gens comme Cheikh Anta Diop, Fanon… ou Malcolm X ont eu avec leurs frères. Fanon a parlé de « Peau noire masques blancs ». Moi, je pense que c’est bien pire que ça : il s’agit des « peaux noires, âmes blanches ». Notre plus grand défi n’est pas de combattre le colon, mais bien le virus qu’il a su injecter au colonisé au point d’en faire l’ennemi inconscient de lui-même. Vous voulez suivre et comprendre une émission qui passe sur une fréquence FM en étant branché sur la AM. Ça ne marche pas.

Nous devons nous réconcilier avec nous-mêmes avant de prétendre travailler au développement de cette chère Afrique que nous regardons avec les lunettes empruntées de l’étranger. Sur ce, bons weekends et je bois mon lait…

Patrick Mbeko

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Patrick Mbeko

Patrick Mbeko

L'analyste des questions géopolitiques.


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