Ebola: les exigences du FMI ont affaibli les systèmes de santé des pays africains

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Un travailleur médical traite des déchets des malades du virus Ebola, le 8 décembre 2014 à Conakry, en Guinée, l'un des pays les plus touchés par l'épidémie (Photo CELLOU BINANI. AFP)

Un travailleur médical traite des déchets des malades du virus Ebola, le 8 décembre 2014 à Conakry, en Guinée, l’un des pays les plus touchés par l’épidémie (Photo CELLOU BINANI. AFP)

Les exigences du Fonds monétaire international (FMI) en matière de rigueur budgétaire ont affaibli les systèmes de santé des pays africains les plus durement frappés par le virus Ebola et ont empêché une réponse coordonnées pour lutter contre l’épidémie, ont affirmé lundi des chercheurs.

Selon ces experts du département de sociologie de l’Université de Cambridge, de l’Université d’Oxford et de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, les programmes de réformes exigés par le FMI ont ralenti le développement de services de santé efficaces en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone, les trois pays dans l’épicentre de l’épidémie qui a fait plus de 7.370 morts en un an.

«L’une des principales raisons de la rapidité de l’expansion de l’épidémie a été la faiblesse des systèmes de santé dans la région et il serait malvenu de ne pas s’intéresser aux causes sous-jacentes», a expliqué le principal auteur de l’étude, le sociologue de Cambridge, Alexander Kentikelenis.

«Les programmes, dont le FMI s’est fait l’avocat, ont contribué aux problèmes de manque de moyens financiers et de personnels et au manque de préparation des systèmes de santé dans les pays frappés par Ebola», a-t-il précisé.

Les chercheurs ont passé en revue les politiques mises en oeuvre par le FMI avant l’épidémie en utilisant des données fournies par les programmes de prêts financiers accordés par l’institution entre 1990 et 2014 et ont analysé leurs effets en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.

Selon eux, les systèmes de santé ont été affaiblis par les exigences de réformes économiques et de réduction des dépenses publiques et des salaires dans la fonction publique, et de décentralisation des systèmes de santé.

«En 2013, juste avant l’éruption d’Ebola, les trois pays ont été confrontés aux directives économiques du FMI, et aucun n’a pu augmenter ses dépenses sociales malgré des besoins pressants dans le domaine de la santé», ont estimé le sociologue de Cambridge et le co-auteur de l’étude Lawrence King.

Un porte-parole du FMI a rétorqué que le mandat de l’organisation n’incluait pas spécifiquement le domaine de la santé et qu’il était «totalement faux» d’affirmer que la propagation d’Ebola était une conséquence de la politique du FMI.

«De telles accusations sont basées sur un malentendu, et dans certains cas sur une déformation des politiques économiques pratiquées par le FMI», a-t-il poursuivi.

«Depuis 2009, des prêts accordés à des pays à faible revenu l’ont été sans taux d’intérêt ce qui a libéré des ressources disponibles pour des pays désireux de dépenser plus dans les domaines de la santé et de l’éducation», a ajouté le porte-parole.

Le porte-parole a ajouté que le FMI avait fourni une aide financière de 130 millions de dollars en septembre dans le cadre de la lutte contre Ebola et qu’il envisageait de fournir une somme similaire à la Guinée, au Liberia et au Sierra Leone l’année prochaine.

AFP

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