En Afrique, les infrastructures d’eau font toujours cruellement défaut

En Afrique, les infrastructures d’eau font toujours cruellement défaut
Siabatou Sanneh

Lors du marathon de Paris, le 12 avril 2015, une Gambienne, Siabatou Sanneh, porte un bidon sur la tête pour sensibiliser l’opinion aux kilomètres parcourus en Afrique pour chercher de l’eau|AFP

Assurer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement est toujours un défi en Afrique, où de nombreux pays souffrent encore d’un manque d’infrastructures mais surtout de fonds pour les financer, selon des responsables du continent présents au Forum mondial de l’eau de Daegu, en Corée du Sud.

« L’Afrique a beaucoup d’eau mais pas d’eau à boire », résume Mohamed El-Azizi, directeur eau et assainissement à la Banque africaine de développement.

Sur ce continent en forte croissance démographique et économique, 36% de la population n’avait pas accès à des sources d’eau de qualité fin 2012, selon le rapport 2015 de l’ONU sur l’eau.

Conséquence concrète, dans près de la moitié des foyers urbains et 90% des ménages ruraux, l’accès à l’eau est une contrainte dévolue à une personne du foyer.

Il faut se déplacer vers un puits ou une station de pompage, ou « acheter l’eau à des vendeurs de rue ou à une citerne mobile (…) qui font payer le prix qu’ils veulent », regrette Tim Brewer, de l’ONG Water Aid.

Lors du marathon de Paris dimanche dernier, une Gambienne a pris le départ de la course avec un bidon sur la tête pour sensibiliser l’opinion aux kilomètres parcourus en Afrique pour chercher de l’eau.

« En Afrique, les femmes parcourent chaque jour cette distance pour de l’eau potable », « aidez-nous à réduire la distance », avait-elle écrit sur ses panonceaux.

La situation est encore pire pour l’assainissement avec 70% de la population sans accès à un système amélioré (chasse d’eau vers les égouts, fosse septique, latrine avec couvercle, etc).

Outre les dégâts sur l’environnement liés au rejet des eaux usées directement dans le milieu extérieur, cela pose des problèmes de santé considérables.

La Fondation Eau et assainissement pour l’Afrique (EAA) a évalué que 70% des lits d’hôpitaux sur le continent sont occupés par des personnes souffrant de maladies évitables liées à la qualité de l’eau.

Le manque d’accès à l’eau est une revendication majeure des populations, comme en Afrique du Sud, où la campagne électorale de 2014 a été émaillée de manifestations dans les bidonvilles, les habitants protestant notamment contre l’absence de distribution d’eau.

– 40 milliards de dollars par an –

Sur l’ensemble du continent, l’Agence de développement des entreprises en Afrique (Adea) estimait récemment à 40 milliards de dollars par an dans les prochaines années les investissements nécessaires dans le secteur de l’eau.

Et c’est là que le bât blesse, notamment en matière d’assainissement.

Les objectifs du millénaire pour 2015 (OMD) de l’ONU énoncés en 2000 fixaient une réduction de moitié des personnes n’ayant pas accès à l’assainissement de base.

« L’Afrique est très en retard. Pas plus de six pays atteindront leurs objectifs dans ce domaine à la fin de l’année et ce retard est lié à la lourdeur des investissements », note le Sénégalais Mahmadou Dia, président d’Aquafed, la fédération internationale des opérateurs privés des services d’eau.

Le budget du seul projet de drainage pluvial de la ville de Yaoundé au Cameroun dépasse ainsi les 100 millions d’euros.

Les Etats n’ont le plus souvent pas les moyens d’investir eux-mêmes et les investisseurs privés sont réticents à le faire directement, sans le soutien et la garantie d’organisations multilatérales, comme la Banque mondiale ou des banques publiques de développement.

A Yaoundé l’Agence française de développement va ainsi participer au financement de plus de la moitié du projet sous la forme d’un prêt à l’Etat camerounais.

Mais une fois le projet réalisé, les problèmes ne sont pas terminés.

« Il ne s’agit pas seulement de financer la construction des infrastructures, mais aussi leur entretien », avance Joséphine Baro Ouedraogo, directrice de l’assainissement au ministère de l’Eau burkinabé.

« Parfois, les financements décidés au niveau national, n’arrivent pas au niveau local (…). Il est important de vérifier que les ressources financières et les investissements atteignent les communautés locales », insiste-t-elle.

AFP

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