En Egypte, la pénurie de médicaments s’agrave

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Dans une pharmacie du Caire, le 9 novembre 2016 | AFP/Archives | KHALED DESOUKI

Dans une pharmacie du Caire, le 9 novembre 2016 | AFP/Archives | KHALED DESOUKI

Il y a quelques semaines, Fatma peinait déjà à trouver dans les pharmacies du Caire un traitement pour son père, souffrant d’un cancer. Aujourd’hui, après une forte dépréciation de la livre égyptienne, le médicament a disparu.

« Avant, je pouvais encore le trouver, en cherchant bien dans plusieurs pharmacies. Aujourd’hui, il est introuvable », témoigne cette enseignante sous un nom d’emprunt.

L’Egypte connaît depuis des mois une pénurie de médicaments importés, dont certains vitaux pour soigner le diabète, les maladies cardiaques, le cancer ou l’insuffisance rénale.

Mais la crise s’est amplifiée début novembre avec la décision de libérer le cours de la livre égyptienne, dont la valeur a été divisée par deux face au dollar.

« Immédiatement après la décision de la Banque centrale, les compagnies de distribution nous ont informés qu’il y avait un quota pour le nombre de médicaments importés » que chaque pharmacie pouvait obtenir, déplore Maryse Michel, jeune pharmacienne de 29 ans dans un quartier animé du Caire.

– « Achats en panique » –

« Tous les jours, j’ai des gens qui viennent demander un médicament que je n’ai plus: 40% des clients », précise-t-elle. « Les gens achètent en panique, comme s’ils stockaient » par peur du manque ou de prix plus élevés à l’avenir.

Les distributeurs expliquent que l’importation de certains médicaments ou de leurs composants, achetés en dollars, est devenue plus onéreuse. Un surcoût qu’ils ne peuvent répercuter à la vente, le gouvernement imposant un tarif fixe pour les médicaments, d’où les pénuries.

Une version contestée par le ministère de la Santé qui les accuse de restreindre l’approvisionnement des pharmacies afin d’obtenir une hausse des tarifs réglementés.

L’Egypte, minée par une grave crise économique depuis la révolte de 2011 contre Hosni Moubarak, a obtenu vendredi un prêt de 12 milliards de dollars (11 milliards d’euros) du Fonds monétaire international (FMI).

En contrepartie, le gouvernement égyptien a lancé un douloureux programme d’austérité, au risque de relancer le mécontentement social dans un pays où un tiers des 90 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Depuis des mois, les Egyptiens peinent à trouver de l’huile ou du sucre en raison de la chute des réserves en devises. Et aujourd’hui, c’est le tour des médicaments dans un pays qui dispose pourtant d’une importante industrie pharmaceutique.

Mohi Hafez, un responsable à la chambre de l’industrie pharmaceutique, explique que les distributeurs imposent ces quotas pour « contrôler l’écoulement des produits » et éviter les ruptures de stock face à une forte demande.

Par ailleurs, ajoute-t-il, « 99,9% des composants des médicaments fabriqués en Egypte sont importés ». « Quand le prix officiel du dollar pour une livre passe de 8,8 à 17,7, ça devient trop lourd à porter ».

« Il faut que l’Etat intervienne », plaide-t-il, proposant d’augmenter les prix des médicaments ou de maintenir le taux de change à son ancien niveau pour les produits pharmaceutiques. « Si dans deux ou trois mois on n’a pas trouvé de solution, on aura un vrai problème », met-il en garde.

– « Assoiffer le marché » –

Le porte-parole du ministère de la Santé, Khaled Megahed, affirme que les distributeurs n’obtiendront pas la hausse des prix qu’ils réclament en faisant « pression ».

Son ministère multiplie les annonces rassurantes, soutenant par exemple disposer de près de quatre millions de recharges d’insuline, « suffisante pour sept mois ».

« Les compagnies veulent continuer à faire un bénéfice de 2.000% », ironise M. Megahed. « Ils font courir des rumeurs, disent qu’il n’y a plus d’insuline, ne le distribuent pas aux pharmacies, imposent des quotas », indique-t-il à l’AFP.

Hoda, pharmacienne de 52 ans, accuse les distributeurs d' »assoiffer le marché pour que le médicament soit par la suite vendu à un prix élevé ».

En attendant, les Egyptiens se débrouillent comme ils peuvent.

Enseignante dans une école privée, Fatma fait partie d’une minorité de privilégiés qui peut se procurer de l’étranger les médicaments.

Zeinab a dû se tourner vers le marché noir pour les comprimés dont a besoin sa mère, qui souffre d’insuffisance rénale.

« En principe, le médicament coûte 250 livres (14 euros). Le mois dernier je l’ai acheté à 1.200 livres (69 euros) », confie la jeune femme sous un nom d’emprunt. « Ce mois-ci, je ne le trouve pas et j’entends dire que je vais l’acheter à 2.000 livres (115 euros) ».

AFP
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