Entretien avec Gilbert Bawara, Ministre Togolais de l’administration Territoriale

Entretien avec Gilbert Bawara, Ministre Togolais de l’administration Territoriale

A l’issu du scrutin du 26 juillet dernier ; scrutin au cours du quel les Togolais étaient appelés à se prononcer sur le renouvellement du parlement .Pour décrypter le processus électoral inclusif auquel l’ensemble des forces politiques Togolaises ont eu à participer,nous sommes allé à la rencontre de Gilbert Bawara Ministre de l’administration Territoriale du Togo.

Oeil d’Afrique [ODA]: Monsieur le ministre, le peuple togolais viens de se prononcer à l’occasion des élections législatives, le deuxième du genre sous l’ère du président Faure Gnassingbé. Quel enseignement tirez vous à l’issu de ce scrutin ?

Gilbert Bawara [GB] : Tout d’abord je voudrais remercier Oeil d’Afrique que je lis régulièrement de me donnez l’occasion de m’exprimer la toute première fois dans ses colonnes au sortir d’un scrutin qui s’est déroulé dans la paix et la sérénité. Pour répondre à votre question, le premier enseignement de cette élection réside dans la maturité du peuple togolais et la volonté d’apaisement de tous les acteurs politiques de quelque bord qu’ils soient. Tous ont concouru à la réussite du processus électoral. Ces élections législatives ont été consensuelles et inclusives et elles se sont déroulées de manière démocratique et pacifique, sans violence ni incident sérieux. Les opérations de vote ont été marquées par une forte mobilisation des électeurs avec un taux de participation largement au dessus de 60%. La Commission électorale nationale indépendante (CENI) s’est montrée apte à remédier aux difficultés et aux tout à fait anomalies marginales au fur et à mesure de leur apparition. A la clôture des bureaux de vote, les mesures consacrant un renforcement des procédures de dépouillement, de centralisation et de transmission des résultats ont fonctionné pleinement et les premières tendances ont été connues des Togolais le même jour à l’occasion d’une soirée électorale inédite.

ODA: Vous venez de souligner avec véhémence la participation inclusive de l’ensemble des forces politiques Togolaises et de la société qui ont eu à participer à ce scrutin .Cette participation inclusive est-elle à l’actif du Gouvernement ou c’est une victoire de la démocratie Togolaise ?

GB : C’est une victoire de la démocratie togolaise et le mérite revient aussi aux partis politiques et aux candidats, même s’il est vrai que les bonnes conditions d’organisation de ces élections sont une illustration parfaite du souci constant du gouvernement d’assurer un scrutin paisible et totalement transparent, fiable et crédible à travers le dialogue et la recherche de compromis politiques. Toutes les modifications apportées au cadre électoral étaient inspirées par l’objectif d’un processus électoral exemplaire et conforme aux standards internationaux en la matière.

ODA: Vous êtes membre influent du nouveau parti UNIR crée par le chef de l’Etat sous les cendres du RPT. Cette élection à été un test pour le parti UNIR. Comment UNIR c’est comporté ?

GB : Oui j’en conviens avec vous c’était une élection teste pour UNIR, son baptême de feu en quelque sorte et UNIR s’est bien comporté. UNIR a été fondée sur la base d’un certain nombre de constats et de postulats : d’abord les évolutions et les mutations à travers le monde et les sociétés africaines qui rendent inéluctables des adaptations aux défis des temps présents y compris au niveau des partis politiques ; le souci de sortir des schémas de pensée anciens et de se doter d’un outil politique répondant aux aspirations du Togo et des Togolais d’aujourd’hui ; la volonté d’ouverture et la nécessité de conjuguer les compétences, les énergies et les talents des Togolais dans leur diversité au service de la réconciliation nationale, du développement économique, de la prospérité et du bien-être des populations. Le RPT crée en 1969 a fait son temps et a apporté au pays paix, stabilité et progrès économique mais en même temps le parti a traversé des périodes de difficultés où parfois il n’avait pas donné le sentiment d’être en phase avec les aspirations de nos contemporains. Le président Faure en a tiré les conséquences ; il a préservé ce qui pouvait être considéré comme des acquis mais surtout il a tiré des enseignements par rapport a ce qui n’avait pas marché : les effets pervers du centralisme politique, les ressentiments et les rancœurs qui prévalaient entre Togolais, les divisions et les antagonismes politiques usités. Il a donc cherché à traduire la politique d’ouverture qu’il mène depuis 2005 en faisant en sorte que tous les Togolais qui veulent dépasser les clivages anciens, qui veulent la réconciliation, qui veulent mettre l’accent sur le développement économique, qui veulent une transformation des mentalités et une réorientation des objectifs et des priorités puissent se retrouver ensemble. C’est dans cette optique que UNIR a été créée. Les élections viennent de valider l’option de la création d’UNIR et de se traduire par une adhésion et un soutien massifs des Togolais aux orientations et aux objectifs du nouveau parti.

ODA: A travers ce blanc-seing que vous décrivez habilement, ce ci va vous permettre de poursuivre votre politique de purge et de rupture comme l’atteste certains de vos détracteurs et des barons de l’ex RPT ?

GB : Pas du tout, il n’a jamais eu et il n’y aura ni purge ni chasse à l’homme pour une raison toute simple : UNIR opère un large rassemblement de femmes et d’hommes qui à l’origine sont issus de tendances politiques différentes ou qui étaient sans affiliation et appartenance politique. Certains sont issus du RPT ; d’autres sont venus de partis politiques d’opposition. D’autres encore sont des personnalités de la société civile. Tout le monde est nouveau dans UNIR et le débat contradictoire et le pluralisme des opinions sont de mise, dans la tolérance et le respect mutuel sans toutefois sacrifier l’unité et la cohésion du parti. Au demeurant, l’objectif n’est pas de faire table rase du passé, de stigmatiser ceux qui avaient pu servir le pays dans d’autres partis politiques y compris le RPT. Le progrès s’accomplit toujours en s’appuyant sur un socle et le RPT demeure à certains égards ce socle. Mais le progrès suppose aussi des améliorations, des inflexions, des innovations, des transformations et des adaptations pour remédier aux carences et aux disfonctionnements. UNIR ne peut pas réussir à conjuguer les énergies et les talents des Togolais et à opérer le renouveau démocratique à s’adonnant à la pensée unique, à la stigmatisation et aux dénigrements.

ODA: Parlant de tendances nous constatons que l’opposition a réalisé un ras de marée à Lomé, la capitale échappe au pouvoir. Le parti au pouvoir est un parti fondé sur une base rurale. Comment analysez-vous ce rejet du pouvoir dans la capitale ?

GB: Les suffrages et les résultats de UNIR dans le Grand Lomé ne confirment pas vos assertions. Bien au contraire, non seulement la région des Plateaux constitue désormais le fief de UNIR, mais le parti opère une percée remarquable dans la région Maritime et la capitale Lomé. Les lignes de clivages et de démarcation sur lesquelles l’opposition radicale a toujours cherché à surfer ont été balayées. Les Togolais ont rejeté les discours régionalistes et ethno-centristes et toutes les formes de stigmatisation.

ODA: Monsieur le ministre votre parti est crédité de 2 sièges sur 10 à Lomé ?

GB: Vous savez, ici à Lomé certains nous ont dit, notamment le Collectif Sauvons le Togo, qu’ils rassemblaient des centaines de milliers voire des millions de partisans et que les dix sièges leur étaient acquis sans coup férir, affichant ainsi une arrogance et un mépris pour les électeurs de cette grande agglomération cosmopolite. Ce Collectif et ses dirigeants viennent d’être désavoués vertement par les urnes. Lomé n’est l’apanage d’aucun parti politique, même s’il existe une majorité qui se dégage très clairement en faveur du Collectif Sauvons le Togo qui est un regroupement de partis politiques et d’organisations de la société civile alors qu’UNIR est un parti unitaire. L’un des enseignements de ces élections c’est que UNIR est le seul parti politique disposant d’une véritable implantation nationale.

ODA: A vous entendre parler vous êtes certains de dépasser vos prévisions et de consolider votre majorité au sein de la prochaine assemblée nationale togolaise ?

GB: Non je ne serai pas aussi prétentieux. Si les résultats provisoires sont confirmés par la cour constitutionnelle, ce sera une nette victoire. Cette victoire est à mettre à l’actif du peuple togolais et UNIR continuera à œuvrer pour une politique d’ouverture et à privilégier le compromis dans le cadre du renouveau démocratique en maintenant une main tendue en direction de toutes forces politiques et sociales de ce pays. Pour le développement et l’apaisement du climat politique et pour la réconciliation nationale, le pays a besoin de la contribution de tous.

ODA: Vous pouvez donc tendre la main au Collectif de l’opposition ?

GB: Bien entendu

ODA: Vous envisagez la formation d’un gouvernement d’ouverture ?

GB: Le gouvernement n’est pas le seul endroit où les forces politiques et sociales peuvent travailler ensemble et collaborer dans l’intérêt supérieur du pays. La politique d’ouverture concerne tous les secteurs d’activités et de la vie nationale.

ODA: Au regard de tout ce qui précède, redoutez-vous des manifestations à la suite de la proclamation des résultats définitifs ?

GB: Non je redoute pas des manifestations violentes parce que le sens de la pondération, le sens de la mesure et de la responsabilité affichée par les partis politiques et par le peuple togolais doivent continuer à prévaloir. Personne n’a intérêt à mettre en péril la paix et la cohésion qui sont des exigences indispensables pour le développement économique et la prospérité de notre pays. Les Togolais prendraient cela comme une manière de les mépriser et de mépriser leur vote, sinon un refus d’œuvrer à l’ancrage de la démocratie et de l’Etat de droit.

ODA: En guise de conclusion un mot à l’endroit des Togolais et de la communauté internationale.

GB: Au peuple Togolais, je dirais Bravo pour sa maturité et le sens du devoir démocratique.

 

Propos recueillis par Rodrigue Fénelon Massala
à Lomé pour Oeil d’Afrique

 

Fénelon Massala

Fénelon Massala

Journaliste, Grand Reporter.


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