Entretien: Les 3 péchés de Guillaume Soro

Entretien: Les 3 péchés de Guillaume Soro

Lors qu’on rencontre un homme politique loin des palais du pouvoir, loin de sa cours et du discours aseptisés du à la fonction, on découvre l’homme avec lui tout les stigmates des combats menés.

L’actuel président de l’Assemblée Nationale ivoirienne, Guillaume Soro fait parti de cette nouvelle classe dirigeante attendue par les ivoiriens et les africains. De ces jeunes pousses de la politique africaine, même si dans le cas de Guillaume Soro, on ne peu plus parler de jeunesse, après bientôt dix ans de pratique aussi bien au niveau national qu’international.

A l’écouté de l’homme, on entrevoie le guerrier politique coupable d’avoir trois grands péchés.

Être aimé par le président Alassane Ouattara

Le premier de ses péchés est le fait de bénéficier de la confiance totale et entière du Président de la République Alassane Ouattara. Lorsqu’il annonce à ses proches collaborateurs son souhait de nommé Guillaume Soro comme Président de l’Assemble Nationale, si ce dernier était élu député, il avait souligné avoir pris cette décision sur la base de confiance qu’il avait en Soro. Au sortir d’une guerre civil, le nouveau président avait besoin d’un homme de confiance pour tenir le rôle de numéro deux de la République. Et pour Alassane Ouattara, Guillaume Soro avait les traits de cet homme de confiance. En lui confiant la primature et le ministère de la Défense, le président témoignait à l’égard de son nouveau premier ministre sa reconnaissance en sa loyauté et sa fidélité.
Ce n’est un secret pour personne en côte d’ivoire que parmi les personnes les plus proches du Chef de l’Etat, qui légitimement auraient pu être proposées à ce haut poste, se trouve l’actuel numéro deux de la présidence, le ministre d’Etat Amadou Gon-Coulibaly, Secrétaire Général de la Présidence. La proximité et la complicité entre le président Ouattara et son secrétaire général est connu de tout les ivoiriens. Au côté d’Alassane Ouattarra, le ministre Coulibaly est placé au cœur de l’appareil stratégique de l’Etat ivoirien et Guillaume Soro lui devient le dauphin constitutionnel.

A la question, pourquoi avez-vous accepté un poste aussi sensible et sujet à toute les convoitises ? Il répond : « Peut-on refuser une mission de confiance qui vous est confiée par le « Grand Patron », sous le prétexte que cette mission est périlleuse et qu’elle pourrait vous griller politiquement ? » Il se rappelle de l’annonce de sa nomination à l’Assemblée Nationale. « Quand le Grand Patron m’a appelé pour me dire qu’il me met en mission à l’Assemblée nationale, j’ai ressenti cela comme un honneur et un immense privilège. Mais j’ai aussi mesuré le poids de la confiance qu’il me faisait, car tel que je le connais,  je devine bien qu’il a dû peser et soupeser cette décision avant de la prendre.  Aussi, me suis-je promis de me montrer à la hauteur de cette énième marque de confiance du Président et de relever le challenge qui m’attendait au Parlement. »

De ces années dans les joutes politiques, on lui reconnait une intelligence tactique et un instinct politique qui lui a permis juqu’à là de toujours tirer son épingle du jeu. Mais Guillaume Soro est-il cet homme pressé, ambitieux et surtout incapable d’attendre son tour ?

L’homme est très conscient du rôle qu’il jouer dans la chute de Laurent Gbagbo. Lui était en première ligne lorsque d’autres se refugiaient dans leurs propriétés ou même à l’étranger. On lui en voudra d’avoir mené une campagne militaire victorieuse, en tant que ministre de la Défense, parce qu’on le soupçonnera de vouloir en retirer un jour des dividendes politiques. Mais il sait aussi qu’un jour ou l’autre des ambitions légitimes s’exprimeront.

Quand on lui demande son état d’esprit actuel, il me répond : « Serein et bien assis. Je sais où je vais et surtout je sais exactement ce qu’il ne faut pas faire ». Touché par les récents articles qui le décrivent comme engagé dans une imaginaire querelle de succession, il part avec un grand éclat de rire, et me réponds : « Sommes-nous si idiots au point de ne pas nous rendre compte que notre survie politique à tous dépend de la crédibilité des institutions et donc de la reconduction d’Alassane Ouattara, seul gage de la stabilité et de la pérennité des institutions en ce moment où notre pays sort de sa fragilité? »

Son jeune âge 

Si être aimé du Président de la République constitue un des péchés capitaux de Guillaume SORO, il y en a un qui le surpasse de loin, de très loin. Sa jeunesse. A-t-on idée, quand on est si jeune, d’accepter d’être le second pilier de l’échafaudage institutionnel d’un Etat démocratique, ai-je souvent entendu dans des cercles politiques souvent présentés comme bien-pensants. A l’échafaud le quidam ! a-t-on émis comme sentence pour ce péché de jeunesse.

Plusieurs questions peuvent aider à comprendre. Pourquoi si jeune, accepter d’être une cible à découvert? Pourquoi a-t-il choisi de sacrifier ses 39 ans d’alors, qu’il aurait pu utiliser pour essayer de rattraper quelques instants, même éphémères, de cette jeunesse perdue dans le combat politique ? A ces interrogations il répondra par un proverbe  sénoufo qui dit « qu’en Afrique, c’est l’enfant qui sait se laver les mains qui est autorisé à manger avec les vieux » .

Il continue et explique qu’en accédant aux commandes de l’appareil d’Etat, le président de la république avait à cœur de moderniser le pays. Aussi bien dans son mode de gestion que dans le fonctionnement des Institutions. C’est au nom de sa vision moderniste qu’il a choisi un homme jeune, comme numéro deux de la république. L’usage en matière de désignation de dauphin constitutionnel sous nos tropiques est connu : il s’agit de coopter un homme dont l’âge est si avancé qu’il n’a pour toute ambition que le désir de vivre quiètement sa retraite. Ou alors de nommer quelqu’un d’absolument falot, sans envergure et sans relief, pour que si d’aventure quelqu’un venait à lui souffler l’idée d’être candidat à une présidentielle, il soit terrorisé par cette idée-même. Or Alassane Ouattara a choisi un homme jeune, qui a du coffre et de la prestance. Qui en impose par son charisme personnel. Ce choix du Président, n’est ni hasardeux ni imprudent. Il sait que son Numéro Deux est un homme d’honneur et d’engagement.

Le brillant parcours de Guillaume Soro

Jeune, aimé par le Président Ouattarra, les péchés de Guillaume Soro ne se limitent pas à cela. Il en a un autre, un troisième. Ce péché-là, c’est son tableau de chasse politique. Lui préfère parler humblement de parcours politique.

Leader du mouvement syndical estudiantin, la Fesci, il réussit l’exploit certes de se faire arrêter et emprisonner cinq fois au nom de son idéal, mais surtout de pousser le Chef de l’Etat d’alors à avoir un dialogue direct avec lui sur la situation des universités publiques et des grandes écoles. Sa bravoure, son courage physique, ses qualités de stratège lui ont valu, dès cette époque le surnom de « Che ». Mais c’est en tant que le « Camarade Bogota » qu’il étend son impérium à plus d’un million d’étudiants, d’élèves et d’écoliers de Côte d’Ivoire. Bête noire des gouvernants, mais idole des opposants qui n’avaient de cesse de le courtiser, on lui prédisait déjà une brillante carrière politique. Réussir à mobiliser, en un claquement de doigts, près d’un million d’adolescents et de jeunes adultes, c’est indiscutablement la rampe de lancement vers une carrière politique brillante avait-on largement prophétisé à l’époque. C’est sans oublier qu’avant lui il y a eu un Daniel Cohn-Bendit dit « Dany le Rouge », l’artisan des mouvements populaires de Mai 68 qui ont ébranlé le régime du général De Gaulle. Quel fut la trajectoire politique de Dany Le Rouge, après? Quel fut, plus près de nous, l’itinéraire politique du premier Secrétaire général de la Fesci, Martial Joseph Ahipaud, qui lui aussi drainait des foules à chacune de ses sorties?

Guillaume Soro, lui, a connu un destin fort singulier, alimenté au kérosène de ses prises de risques, là où la plupart de ses camarades de lutte, avançaient au rythme d’un diesel. Ministre d’Etat à 30 ans, Premier Ministre à 35 ans, il a réussi le double exploit d’être le plus jeune Premier Ministre de l’histoire de la Côte d’Ivoire, mais également le plus jeune membre de son propre Gouvernement ! Cinq ans de longévité à la Primature, avec comme voisin un homme qui dormait chaque nuit et se levait chaque matin, en imaginant le meilleur moyen d’en finir avec lui.  Et, à 39 ans, il devient Président de l’Assemblée Nationale.

Un tel parcours a que de quoi effrayer bien des rivaux politiques. Quand je me mets dans la peau d’un concurrent de Guillaume Soro, ma lecture des événements me fait ressortir les faits suivants. Mon adversaire a été le leader estudiantin le plus célèbre de Côte d’Ivoire, a conduit pendant huit ans un mouvement politico-militaire avec lequel il a conquis et administré 60% du territoire ivoirien, a repoussé six offensives militaires lancées contre lui, a échappé à cinq tentatives d’assassinat, puis est devenu Ministre d’Etat, Premier ministre et Président de l’Assemblée nationale. Le citoyen lambda, à qui on soumettrait une telle grille de lecture, se dirait que la prochaine étape d’un pareil itinéraire politique serait de postuler à un poste politique plus élevé.

Les adversaires et les ennemis de Guillaume Soro font certainement la même analyse. Et c’est, à mon sens, la raison de la sourde conjuration que l’on met en place contre lui et dont il a pleinement conscience. Tel est le troisième péché de Guillaume Soro. Peut-être le plus grave des trois.

 

Toure Moussa (@MoussaTOURE9)
avec Roger Musandji (@rogermusandji)

 

 

 

Roger Musandji

Roger Musandji

Fondateur de RM COMMUNICATION, société éditrice d'Oeil d'Afrique.


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