Gabon: l’opération mains propres a commencé, en attendant le grand déballage

Gabon: l’opération mains propres a commencé, en attendant le grand déballage

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Le président gabonais Ali Bongo Ondimba

Le président gabonais Ali Bongo Ondimba

La première tête est tombée: un haut fonctionnaire, membre du parti au pouvoir a été incarcéré pour détournement de fonds dans le cadre de l’opération « mains propres » lancée par le gouvernement gabonais, suscitant l’inquiétude dans les rangs politiques de tous bords.

Jeannot Kalima, secrétaire général du ministère des Mines, de l’Industrie et du Tourisme, a été placé en fin de semaine sous mandat de dépôt pour « détournement de deniers publics dans l’affaire dite des +fêtes tournantes+ », selon le procureur, Sidonie Flore Ouwé.

Ce haut fonctionnaire est soupçonné d’avoir détourné une bonne partie de l’enveloppe de 595 millions de Francs CFA (907.000 euros), dont il avait la charge en tant que directeur de cabinet du ministre des Travaux publics de l’époque pour ces manifestations.

Lancées par le défunt président Omar Bongo pour développer l’arrière-pays au début des années 2000, les « fêtes tournantes » incarnent les dérives financières d’une administration et d’un gouvernement qui ont pillé les caisses de l’Etat pendant des années.

Tous les ans, la fête de l’indépendance, le 17 août, était célébrée dans une région différente avec à la clé un programme d’investissements de 50 milliards de FCFA (76,2 millions d’euros) pour financer de nouvelles infrastructures.

Mais la plupart des routes, écoles, hôpitaux et réseaux d’adduction d’eau et d’électricité qui avaient été promis n’ont jamais vu le jour.

L’équipe du président Ali Bongo, qui a supprimé les « fêtes tournantes » lorsqu’il a succédé à son père en 2009, a lancé au début de l’année un audit approfondi des finances publiques destiné à faire le ménage et « rompre avec les pratiques du passé ».

Le constat est accablant: sur les 500 milliards (762 millions d’euros) consacrés aux « fêtes tournantes » pendant 10 ans: Plus de 400 milliards se sont envolés. Plus grave encore, « plus de la moitié du budget (de l’Etat) a disparu dans la nature », selon cet audit.

 -‘Attention les dégâts!’-

 Après M. Kalima, d’autres têtes pourraient bientôt tomber.

Plusieurs hauts responsables de l’administration ont déjà été auditionnés depuis la mi-août, et ces interrogatoires vont se poursuivre, a souligné le procureur.

La similitude est frappante avec l’opération anti-corruption « Epervier » lancée en 2006 au Cameroun voisin par le président Paul Biya. « Epervier » a abouti à l’arrestation de nombreux ex-ministres et dirigeants d’entreprises publiques, qui ont régulièrement dénoncé des règlements de comptes politiques.

A Libreville, on ne sait pas quelles personnalités, ni combien, ont déjà été entendues dans le cadre de l’affaire des « fêtes tournantes ».

Pour le procureur Ouwé, l’arrestation de M. Kalima, pourtant membre du Parti démocratique gabonais (PDG) du président Bongo, est la preuve que les juges travaillent en toute indépendance, sans tenir compte de la couleur politique des intéressés.

M. Kalima « encourt la réclusion criminelle à perpétuité » si les charges qui pèsent contre lui sont confirmées.

Déjà une partie de l’opposition dénonce une chasse aux sorcières destinée à éliminer les rivaux d’Ali Bongo avant la présidentielle de 2016.

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D’autant qu’un certain nombre d’anciens poids lourds du régime, comme l’ex-Premier ministre Jean Eyéghé Ndong, ou l’ex-ministre et directeur de cabinet présidentiel Jean Ping, étaient aux affaires sous Omar Bongo avant de tourner casaque à la mort de celui-ci en 2009.

Jean Eyéghé Ndong a d’ailleurs lui-même annoncé il y a quelques jours qu’il était sous le coup d’une information judiciaire dans la même affaire des « fêtes tournantes ».

Il serait soupçonné d’avoir détourné plus de 98 milliards de francs CFA (149,4 millions d’euros) entre 2006 et 2007, alors qu’il était Premier ministre et président du Comité des Fêtes Tournantes de la province de l’Estuaire -où se trouve la capitale Libreville-, ce qu’il nie en bloc.

« J’ai servi l’Etat à un haut niveau. Je dois en principe retenir ma langue par rapport à des affaires dont j’ai eu connaissance (…). Mais si on m’oblige à la délier, attention les dégâts! », a-t-il lancé.

Et de laisser entendre que des sommes bien plus colossales ont disparu, suite à un emprunt obligataire de 750 milliards de FCFA (1,1 milliard d’euros) contracté par le Gabon sur les marchés internationaux en 2013.

Cet argent « n’a jamais été mis à la disposition du Trésor pour le paiement des dépenses du budget. Quelle en est l’explication? », s’est-il interrogé devant la presse, alors que d’autres opposants menacent l’actuel pouvoir d’un grand déballage.

AFP

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