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Gambie : les chefs d’État africains ne parviennent à convaincre Jammeh de quitter le pouvoir

Yahya Jammeh

Le président gambien Yahya Jammeh quitte le bureau de vote à Banjul, le 1er décembre 2016|AFP

Le parti du président gambien a demandé mardi à la Cour suprême d’annuler l’élection perdue par Yahya Jammeh, au moment même où ses pairs d’Afrique de l’Ouest tentaient, en vain pour le moment, de le convaincre de céder le pouvoir.

Après une journée de discussions, la présidente libérienne Ellen Johnson Sirleaf, qui conduisait la délégation de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), a reconnu qu’aucun accord n’avait encore été obtenu sur le départ de M. Jammeh, gouvernant le pays d’une main de fer depuis 22 ans.

« Nous ne sommes pas venus pour un accord, nous venons aider les Gambiens à organiser la transition. Ce n’est pas quelque chose qui peut aboutir en un seul jour, il faut y travailler », a déclaré Mme Sirleaf, affirmant que la mission allait rendre compte de ses discussions lors du sommet de la Cédéao samedi à Abuja.

Preuve de l’autorité que détient toujours M. Jammeh, la police a fermé les locaux de la Commission électorale indépendante (IEC) avant l’arrivée de la délégation, a indiqué Alieu Momar Njie, président de l’IEC, qui a déclaré l’opposant Adama Barrow vainqueur du scrutin présidentiel du 1er décembre.

La communauté internationale a insisté sur les enjeux de la mission de cette délégation, qualifiée de « dernière chance » par la diplomatie sénégalaise, après la déclaration télévisée de Yahya Jammeh, le 9 décembre, revenant sur la reconnaissance de sa défaite et réclamant un nouveau vote.

La délégation conduite par Mme Sirleaf comprenait ses homologues nigérian Muhammadu Buhari, ghanéen John Dramani Mahama et sierra-léonais Ernest Bai Koroma. Le représentant spécial de l’ONU en Afrique de l’Ouest, Mohamed Ibn Chambas, participait également à la mission.

La délégation a été reçue pendant plus d’une heure dans l’après-midi par M. Jammeh et a ensuite rencontré M. Barrow.

« Il y a un blocage entre le gouvernement et nous », a dit le président élu, contestant à M. Jammeh le droit de demander l’annulation du scrutin par la Cour suprême.

De source diplomatique à Banjul, M. Mahama avait quitté la Gambie en soirée, les autres dirigeants devant en partir plus tard mardi soir mais refusant toute déclaration, y compris aux diplomates.

– ‘Commandant en chef’ –

Selon des documents dont l’AFP a obtenu copie, le parti au pouvoir invoque, à l’appui de sa demande d’annulation des résultats accordant la victoire à Adama Barrow par quelque 19.000 voix d’écart, des irrégularités dans la comptabilisation par l’IEC et des « intimidations » envers ses électeurs dans une région.

Auparavant, l’opposition avait indiqué craindre que ce recours ne soit un moyen pour M. Jammeh de se maintenir en place au-delà de la fin de son mandat, prévue en janvier. « Il a perdu l’élection, nous ne voulons pas perdre de temps », avait déclaré lundi M. Barrow à l’AFP.

De plus, la Cour suprême n’étant plus au complet, désigner de nouveaux juges entraînerait inévitablement des délais supplémentaires, selon l’opposition, qui dénie de toute façon ce pouvoir au président sortant.

Faute de juges pour siéger à la Cour suprême depuis mai 2015, « il n’existe en Gambie aucun mécanisme légal légitime pour statuer sur le recours électoral du président sortant », a estimé lundi l’Ordre des avocats, appelant M. Jammeh à « céder immédiatement le pouvoir ».

L’opposition a sommé lundi Yahya Jammeh de céder immédiatement le pouvoir en renonçant à contester les résultats de l’élection, enhardie par les pressions internationales, notamment l’annonce de la venue des chefs d’Etat de la Cédéao.

Le chef d’état-major, le général Ousman Badjie, dont M. Barrow avait affirmé la semaine dernière avoir reçu l’assurance de son appui en tant que président élu, est arrivé aux discussions en portant sur son uniforme un badge du chef de l’Etat sortant, affirmant qu’il soutenait « le commandant en chef, le président Yahya Jammeh ».

L’ambassadrice américaine à l’ONU, Samantha Power, a estimé lundi qu’il s’agissait d’un « moment très dangereux » pour ce petit pays de moins de deux millions d’habitants, en raison notamment du soutien dont jouit encore dans l’armée le président sortant.

En cas d’échec de cette « diplomatie préventive », la Cédéao « envisagera des décisions plus draconiennes », a déclaré le président de la Commission de l’organisation régionale, Marcel Alain de Souza, à la radio française RFI, sans écarter l’option militaire.

AFP

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