Guinée-Bissau : l’art de s’inspirer du mauvais exemple

Guinée-Bissau : l’art de s’inspirer du mauvais exemple

Les militaires bissau-guinéens, auteurs du coup d’État du 12 avril, ont-ils voulu imiter leurs collègues maliens sur la sellette depuis le 22 mars ? Dans le doute, on peut observer des similitudes troublantes entre les deux affaires. En effet, l’intrusion des hommes en armes dans le cours des institutions établies à Bamako et à Bissau s’est opérée au moment où le
Mali, comme la Guinée-Bissau, se préparait à se choisir un nouveau président de la République par la voie des urnes.

Pour ce qui est du Mali, le premier et l’éventuel second tour de la présidentielle ont été étouffés dans l’œuf, la date du 29 avril (qui devait être celle du 1er tour), même si nous n’y sommes pas encore, n’étant désormais plus qu’un lointain souvenir. La raison invoquée par les putschistes, à savoir la léthargie du pouvoir déchu dans la conduite de la guerre contre les rebelles du nord, a vite été battue en brèche puisqu’euxmêmes, au lendemain de leur prise du pouvoir, n’ont rien pu faire contre l’ennemi commun. Alors qu’il fourbissait ses armes pourtroquer sa longue expérience de la chose scientifique contre celle, encore à étoffer, du terrain politique en se portant candidat à l’élection présidentielle avortée, l’astrophysicien malien à la voix grave, Cheik Modibo Diarra, devra se contenter presque du strict minimum. Nommé Premier ministre de transition, il ne sera pas autorisé à briguer le mandat de président de la République à la fin de cette échéance aux contours un peu flous. À moins que son exercice qui commence maintenant soit couronné de succès et qu’il se prépare sur un long terme, le temps de laisserle prochain président du Mali accomplir son mandat, au cas où l’élection suprême serait convoquée dans quarante jours
ou, peut-être, dans quarante mois.

Concernant la Guinée-Bissau, un premier tour avait bel et bien eu lieu le 18 mars et il ne restait qu’à mettre en musique la confrontation finale dans les urnes pour départager les deux challengers, le Premier ministre Carlos Gomes Junior et l’ex-président de la République, Kumba Yala. Parce que le futur proche envisagé le 29 avril (date initiale du second tour) le donnait perdant, ce dernier a orchestré une forte contestation qui a été vite récupérée parles militaires. On pense sans nécessairement avoir besoin d’en apporter une preuve supplémentaire que le coup d’État spectaculaire du 12 avril a pu, d’une manière ou d’une autre, combler les attentes du camp des perdants du premier tour de cette élection. Mais souvent, comme le montrent les deux exemples en face, le putsch ne suffit pas à créer le fait accompli.

Au Mali, la junte n’a pas mis longtemps à réaliser que les temps ont changé. Une semaine après son coup de force, elle s’est pliée aux injonctions de la Communauté économique des
États de l’Afrique de l’ouest, constatant, par ailleurs, que les portes lui étaient partout fermées. Il semble néanmoins que le capitaine Sanogo soit un joueur téméraire. Pourrait-on
peut-être même parler d’une oreille trop attentive qui lui est tendue par la médiation burkinabé. Toujours sur le devant de la scène, le jeune capitaine malien arbore désormais une
canne lorsqu’il enfile sa vareuse d’officier par temps de cérémonie. Ce qui en dit long sur son intention de « résister » et vouloir faire des vieux os là où il se trouve. Pourtant, la situation
du Mali étant ce qu’elle est, les autorités légalement installées devaient être les seules à pouvoir conduire les destinées du pays.

Que dire, enfin, de la Guinée-Bissau ? Les militaires apprennent également à leurs dépens que s’ils n’accordent aucune attention aux appels du pied de la communauté internationale
afin de rétablir l’ordre constitutionnel, leurs chances de vivre sur les seules contradictions des acteurs politiques de leur pays sont infiniment petites. Il y a un temps pour tout ! Ce qui
vient d’être développé ici ne doit pas faire perdre de vue l’autre dimension de ces interférences musclées des hommes en kaki dans l’arène politique africaine. Pour conclure de façon ramassée, disons que nosÉtats doivent être forts, nos institutions aussi. Forts, mais démocratiques et justes. Une telle quête ne passera pas nécessairement par un affreux coup de feu. Celuitiré parlesmilitaires maliens et bissau-guinéens dans le triste dessein de terroriser et, au besoin, de tuer a pour conséquence, une fois de plus, de poser à la place du développement national le sempiternel problème du partage des postes pour s’en mettre plein les poches. Cela ne changera pas, en dépit du discours rondement moralisateur des usurpateurs en place.

Gankama N’Siah

 


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