Guinée-Conakry : Quand le pouvoir joue avec le feu

Guinée-Conakry : Quand le pouvoir joue avec le feu

Le président guinéen Alpha Condé, septembre 2010

Un an et demi après la prestation de serment du président Alpha Condé, la Guinée est toujours sans Parlement. Pourtant, l’élection des députés devait intervenir seulement six mois après l’investiture du chef de l’Etat, qui a eu lieu en décembre 2010. C’est dire qu’il manque un maillon essentiel du puzzle démocratique dans ce pays, hanté encore par les fantômes des régimes d’exception qui s’y sont succédé des décennies durant.

La question de ces législatives constitue une pomme de discorde entre pouvoir et opposition avec au cœur du désaccord la CENI (Commission électorale nationale indépendante). Les revendications de l’opposition sont claires : la mise en place d’une nouvelle CENI et le rejet d’un fichier électoral non consensuel. Mais de l’autre côté, le pouvoir ne l’entend pas de cette oreille, puisqu’il n’envisage pas de refonder la CENI.

Alors que les rapports étaient déjà tendus entre les acteurs du paysage politique, voilà que le président Alpha Condé a mis le feu aux poudres, en annonçant en fin avril le report sine die des législatives du 8 juillet 2012. Raison invoquée : des problèmes techniques.

« Je ne convoquerai pas les électeurs pour le 8 juillet parce que je n’ai pas la certitude que tout soit normal, que tous les problèmes techniques soient réglés. Nous avons passé l’élection présidentielle avec beaucoup de problèmes et beaucoup d’imperfections, c’est pourquoi il faut que les élections législatives soient transparentes et démocratiques », a déclaré le président guinéen qui, la main sur le cœur, a martelé qu’il voulait « des élections transparentes, crédibles et démocratiques ».

Le jeudi 10 mai 2012, à l’appel de l’opposition, des milliers de manifestants sont descendus dans les rues de Conakry. Les affrontements avec les forces de l’ordre ont fait de nombreux blessés de chaque côté. Et il faut craindre que le bras de fer ne se durcisse davantage, puisqu’au moment où l’opposition appelle ses militants à manifester sur tout l’ensemble du territoire jusqu’à obtenir satisfaction, le pouvoir, par la voix de son ministre de l’Administration du territoire, Alhassane Condé, a invité vendredi les maires des communes de Conakry à « empêcher par tous les moyens tout attroupement dans leurs quartiers ».

Avec ces appels antinomiques et si chaque partie campe sur ses positions, on peut déjà aisément imaginer le flot de morts, de blessés et d’interpellés qu’on enregistrera dans ce pays dans les jours, semaines et mois à venir. Des victimes dont la Guinée devrait faire économie pour ne se concentrer que sur le seul combat qui vaille vraiment : celui du développement.

La communauté internationale ferait mieux de s’impliquer dès à présent dans la résolution de cette crise au lieu d’attendre pour venir après coup jouer au pompier une fois que le mal aura été déjà fait. On ne comprend d’ailleurs pas pourquoi, alors qu’Alpha Condé a des pétards dans son propre pays, la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) l’avait nommé médiateur en Guinée-Bissau juste avant le coup d’Etat.

Heureusement qu’il a été désavoué par l’opposition bissau-guinéenne ! La CEDEAO devrait revoir sa copie, car, lorsque quelqu’un a des problèmes dans son pays, il ne faut pas le mêler, en tout cas pas au premier plan, dans la résolution d’une crise de même nature que celle qui le secoue chez lui. En effet, comme le dit l’adage, quand on se préoccupe trop de ce qu’on a entre les mains, ce qu’on a sur la tête risque de tomber.

Si tant est qu’Alpha Condé veut la paix et la démocratie dans son pays, que, main dans la main avec l’opposition, il refonde la CENI et constitue un fichier électoral consensuel. Toute autre manœuvre ne serait que dilatoire et précipiterait le pays dans le gouffre de la violence, chose qui est propice à une intervention de l’armée. Et cela, on présume que les Guinéens n’en veulent plus après ce qu’ils ont vécu sous le général Conté et le capitaine Dadis. A bon entendeur…

San Evariste Barro

 

Bona

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L'actualité africaine n'a pas de secret pour moi. Toujours à l'afflux, je ne loupe rien.


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