Histoire du Congo: Patrick Mbeko répond à Anicet Mobe

Histoire du Congo: Patrick Mbeko répond à Anicet Mobe

J’ai bien aimé l’interview de RM Communication avec Monsieur Anicet. Je constate toutefois dans son analyse plusieurs erreurs d’interprétation des faits. Mr Mobe affirme que les Américains neveulent pas la déstabilisation du Congo. Pour appuyer son assertion, il avance que les Américains étaient contre la sécession du Katanga encouragée par les Belges, raison pour laquelle ils ont massivement investi dans la première Mission des Nations Unies au Congo (ONUC). Il ajoute, je cite : « Les Américains ont besoin d’un Congo fort, uni, pour en faire véritablement un pion dans la géopolitique de la région. »

C’est une analyse typique de ce que l’on raconte dans les départements des sciences sociales de certaines universités. Tout d’abord, la sécession du Katanga en 1960 avait un but économique et géostratégique (dans la mesure où elle permettait d’affaiblir le gouvernement central). Lorsque la Belgique dépêche ses troupes au Katanga, c’est tout d’abord pour protéger les joyaux de sa couronne coloniale, écrit l’historien belge Ludo de Witte. Même s’il est vrai que les Américains avaient des visées sur la chasse gardée des Belges que constituait le Congo, il est faux de prétendre qu’ils ont soutenu l’ONUC dans le seul but de mettre fin à la sécession. La preuve en est que l’ONUC a débarqué partout au Congo sauf au Katanga. Ce qui fera dire au vice-premier ministre Antoine Gizenga : « Les Nations Unies ont laissé la sécession se consolider et les Belges s’y comportent comme en pays conquis sous le fallacieux couvert d’un pseudo gouvernement provincial katangais que nous, gouvernement légitime de la République du Congo, avons déclaré déchu.» Le secrétaire général des Nations Unies va encore plus loin. Il assure à un ministre de Tshombé que l’ONUC « ne pourrait rester indifférente à la cause katangaise » – qui est aussi belge – si le gouvernement central décide d’attaquer la province pour rétablir l’ordre et l’autorité de l’État. Il ajoute en plus que la position de Tshombé « paraît plus légitime que celle de Lumumba » qui est pourtant l’autorité légitime et légalement reconnu par l’ensemble de la communauté internationale.

L’analyse de Monsieur Mobe ne peut tenir face à l’épreuve des faits pour la simple raison que la mission de l’ONUC massivement soutenue par les Américains a non seulement soutenue la sécession mais surtout, et c’est ce qui est encore plus grave, a participé à l’assassinat du premier ministre Patrice Emery Lumumba. L’homme qui livrera Lumumba aux troupes de Mobutu est un officier canadien des Nations Unies : le colonel J.A.Berthiaume (Lire mon livre LE CANADA DANS LES GUERRES EN AFRIQUE CENTRALE).
Ce qui me frappe dans l’analyse de M. Mobe, c’est la simplicité avec laquelle il aborde cette affaire géopolitique. Prétendre que les Américains ont aidé l’ONUC à mettre fin à la sécession alors que celle-ci avait pour but de court-cuiter l’autorité du gouvernement central dirigé par les Nationalistes─, c’est comme dire qu’ils voulaient aider Lumumba à rétablir l’autorité de l’État. Or, cela est faux puisque dès août 1960, les stratèges du Conseil national de sécurité et le groupe spécial de l’administration Eisenhower, ont commencé à planifier l’élimination du premier ministre congolais.

En fait, ce qui fait défaut dans l’analyse de M. Mobe, c’est la compréhension profonde de certains aspects des enjeux géopolitiques. La réalité dans la crise congolaise de 1960 est que les Américains jouaient à deux niveaux : ils aidaient les Belges à se débarrasser de Lumumba qui, selon eux, dérangeait les intérêts occidentaux, et une fois que l’ONUC a atteint cet objectif, la sécession soutenue par les Belges n’avait plus sa raison d’être. Il fallait donc y mettre fin. Voilà.

Ce qui nous emmène au deuxième point lorsqu’il affirme que « les Américains ont besoin d’un Congo fort, uni, pour en faire véritablement un pion dans la géopolitique de la région. »
Ça, c’est une pure vue de l’esprit. C’est faire fi de la triste réalité actuelle que connait notre pays. Les stratèges occidentaux ne misent jamais sur des États forts pour une raison très simple : ils risquent de leur tenir tête et mettre un terme à leur hégémonie. Cuba en est un exemple patent. Plusieurs pays d’Amérique latine sont entrain de le prouver. Si M. Mobe prenait la peine de consulter certaines études des stratèges américains sur le Congo, par exemple, il aurait trouvé une documentation pléthorique sur le projet de balkanisation du Congo. On affaiblit un pays pour mieux l’exploiter à dessein M. Mobe. C’est cela le véritable sens du capitalisme…

 

Patrick Mbeko

 

 

Patrick Mbeko

Patrick Mbeko

L'analyste des questions géopolitiques.



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