Histoire du Congo: Réplique à Patrick Mbeko

Comme M. Mbeko j’ai bien aimé l’interview de M. Mobe. En revanche je n’apprécie pas du tout le ton péremptoire de la critique de M. Mbeko qui ne sied pas du tout à la modestie que requiert l’esprit scientifique et une analyse politique objective d’événements complexes. On ne peut disqualifier sans autres arguments « ce qu’on raconte dans les départements de sciences sociales de certaines universités » (lesquelles ?). Et, jusqu’à preuves du contraire, ces spécialistes ne sont pas nécessairement moins savants que M. Mbeko, même s’ils sont,
comme Mbeko lui-même , susceptibles d’être contaminés par une certaine subjectivité dans l’interprétation des faits.

Il faut admettre qu’à partir des mêmes faits on peut concevoir des interprétations différentes, pourvu qu’elles soient argumentées. Il ne suffit pas d’affirmer une chose pour qu’elle soit une vérité définitive. Nous serions là dans le domaine du dogme et non des sciences humaines.

Selon l’interprétation de M. Mbeko qui s’appuie notamment sur « certaines études des stratèges américains sur le Congo » sans autre précision, et sur des déclarations d’un Secrétaire général des Nations Unies sorties de leur contexte, la sécession du Katanga avait un but économique et géostratégique dans la mesure où elle permettait d’affaiblir le gouvernement central.

Les hypothèses de travail des analystes politiques dans leurs cabinets sont une chose, les choix et les décisions politiques peuvent en être une autre.

L’ interprétation de M. Mbeko ne tient pas la route.

Tout d’abord elle ne prend pas en compte la généalogie des événements, notamment la genèse de la tentation sécessioniste qui s’inscrit dans la continuité du séparatisme katangais envisagé bien longtemps avant l’indépendance, qui avait pour but de maintenir la suprématie blanche dans la province du Katanga et de rattacher celle-ci au grand ensemble constitué par l’Afrique du Sud et la Rhodésie de Ian Smith.

Ensuite, cette interprétation n’a pas été corroborée par les événements ultérieurs qui témoignent de l’appui massif et incontestable des Américains à l’ONUC pour mettre fin à la sécession katangaise et empêcher toute perspective de balkanisation du Congo.

Lumumba a été neutralisé très vite, et, après sa mort, rien n’indique que les Américains aient fait quoi que ce soit pour favoriser la balkanisation du Congo pour leurs intérêts économiques.

Ce n’est pas la sécession katangaise qui a eu raison de Lumumba mais les hommes, plus exactement l’homme (Mobutu) que les Américains ont installé au cœur du pouvoir central et qui ont accompli leur besogne.

Avec son interprétation M. Mbeko serait en mal d’expliquer pourquoi Mobutu, pure création américaine a misé dès le départ et tout au long de son règne à l’ombre américaine sur l’unité nationale.

Les Américains savaient parfaitement que s’ils soutenaient la sécession katangaise le pouvoir central allait en appeler (Lumumba l’avait clairement signifié) à l’Union soviétique, ce qui allait à l’encontre de leurs véritables intérêts géostratégiques au plus fort de la guerre froide.
En fin de compte, l’hypothèse soutenue par M. Mobe, le maintien de l’intégrité territoriale du Congo dans le contexte de la guerre froide, qui est abondamment documentée, paraît plus crédible face à la réalité des faits, que les spéculations non suffisamment étayées de M. Mbeko.

Anatole MALU
Président de l’Université Populaire Africaine en Suisse (UPAF)

 

 



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