Infrastructures : L’Afrique se « raccorde » lentement mais sûrement

Infrastructures : L’Afrique se « raccorde » lentement mais sûrement

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Les besoins en investissement de l’Afrique subsaharienne dans les infrastructures sont considérables, que ce soit en réseaux, en énergie, ou dans le domaine des transports. Signe d’évolution notable, les investisseurs étrangers s’impliquent en force dans les travaux publics et les transports pour transformer radicalement l’Afrique dans un secteur en panne d’investissement depuis longtemps.

100 milliards de dollars par an. Selon la Banque Africaine de Développement (BAD), ce chiffre représente les besoins en investissements de l’Afrique en matière d’infrastructures. La Banque Mondiale, pour sa part, estime que « l’état déplorable des infrastructures en Afrique subsaharienne freine la croissance économique des pays de 2%  et limite la productivité des entreprises jusqu’à 40% ». Le secteur des infrastructures est donc devenu une priorité pour soutenir la croissance rapide du continent et assurer une équité sociale pour les populations les plus fragiles. Relier l’Afrique devient vital pour les États dans le contexte actuel de mondialisation des échanges pour éviter la juxtaposition de petits marchés nationaux éloignés, isolés et inefficaces.

Les transports, un secteur essentiel

En matière de transports, un siècle de sous-investissement a conduit à un retard considérable qui freine aujourd’hui le développement économique du continent africain. La logique coloniale a en effet abouti à la construction de réseaux ferrés et de voies routières au sein des seuls anciens empires coloniaux sans constituer de véritables réseaux transcontinentaux, une nécessité vitale pour l’ensemble des économies africaines. La situation est actuellement catastrophique, entraînant à ce que, par exemple,  le coût de transport des produits alimentaires est deux à trois fois supérieur à celui des pays développés selon la banque mondiale, sans même évoquer les pertes en vies humaines et dommages aux biens qui entraîneraient par exemple, une diminution de 2,7 points de croissance dans un pays comme l’Ouganda.

Les besoins en investissement dans le secteur des transports sont estimés à 10 milliards $ par an alors qu’ils n’atteignent que moins de 7 milliards $ en Afrique subsaharienne. Cependant, les investissements réalisés ont permis une augmentation du réseau routier africain de 7.500 Km par an sur les dix dernières années, ce qui est sans précédent.

La Tanzanie et le Lesotho sont parmi les pays construisant le plus de routes. D’ici 2016, le projet séculaire arrêté en 1914 de relier Le Caire à Nairobi par voie routière, principalement destinée aux camions, devrait être achevé. D’autres routes transcontinentales s’améliorent. La voie rapide  transsaharienne d’Alger à Lagos au Nigéria  est réalisée à 85% et pourrait être terminée cette année.

Les Chinois modernisent le chemin de fer de l’ancien office britannique colonial au Kenya, avec la perspective de relier l’Ouganda puis continuer à l’intérieur du Congo pour transporter minerais et produits alimentaires jusqu’au port de Mombasa sur l’Océan indien, et de là en Asie par cargos. La modernisation du réseau ferré de l’Est africain concerne aussi trois autres lignes ferroviaires dont celle reliant Juba au Soudan du sud au port de Lamu au Kenya, ainsi que les voies ferrées entre la Tanzanie, le Rwanda et le Burundi.

Des investissements en hausse

Signe de l’intérêt pour le secteur des transports en Afrique continentale, les investisseurs internationaux contribuent au financement de ces réseaux en complément des budgets nationaux et des aides publiques internationales. Au premier rang, la Chine qui vient de signer avec l’Union africaine un accord pour construire un réseau ferré à haute vitesse pour relier tous les pays africains d’ici les prochaines décennies. Dans le même temps, plusieurs pays africains ont émis des obligations à long terme, comme la Zambie qui prévoit d’investir un milliard $ par an dans ses infrastructures. De même, le fonds souverain angolais consacre plus d’un milliard $ à la modernisation des infrastructures, avec des perspectives de retour sur investissement de 10% par an. L’ensemble des gouvernements africains ont émis l’an dernier pas moins de 8 milliards $ sur les marchés financiers pour les plans de transport, huit fois plus qu’il y a dix ans.

On ne compte plus les projets d’investissement privés routier ou ferré en Afrique. Qalaa Holdings, un fonds égyptien, vient d’investir 234 millions $ dans la modernisation des réseaux kenyans et ougandais. Les villes de Dakar et Abidjan projettent de faire appel au secteur privé pour construire routes et ponts. La Guinée vient de conclure avec le consortium Rio Tinto, qui exploite des mines de fer à ciel ouvert, pour moderniser voies de chemin de fer et ports.

L’Afrique a surtout besoin d’investisseurs qui prennent des risques financiers, tant en matière d’énergie que d’infrastructures qui sont des activités économiques primordiales. La prise en compte de l’importance de ces secteurs favoriserait l’intégration régionale dont l’Afrique a tant besoin, car il est plus qu’urgent de relier les africains aux africains, main dans la main face aux défis économiques du siècle actuel.

Marie Hélène Sylva

© OEIL D’AFRIQUE

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Marie Hélène Sylva

Marie Hélène Sylva

Journaliste à oeil d'Afrique, basée à Paris (France)


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