Karim Wade: des temps forts d’un procès

Karim Wade: des temps forts d’un procès
Karim Wade

Karim Wade devant la Cour de répression de l’enrichissement illicite lors d’une de ses dernières apparitions, le 15 mars 2013.|AFP

Fils de l’ex-président sénégalais, Karim Wade est jugé pour enrichissement illicite. Après plusieurs mois d’audiences et plaidoiries, le juge de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI) doit délibérer lundi. Retour sur un procès controversé au Sénégal.

A l’époque, procureur spécial de la CREI, Alioune Ndao, totalement muet depuis novembre 2012, sort de son mutisme le 16 avril 2013. Devant la presse, il affirme aux journalistes avoir ordonné l’arrestation de Karim Wade pour enrichissement illicite présumé. Arrêté lundi 15 avril 2013 dans l’après-midi à Dakar, à la fin d’une mise en demeure pour justifier une fortune estimée à 694 milliards francs CFA, Karim Wade sera conduit à la brigade de gendarmerie de Cobobane où il sera placé en garde à vue puis en mandat de dépôt.

«On nous reproche d’être allés trop vite en besogne, c’est le moment de rétablir la vérité. S’ils (les avocats de Karim Wade, Ndlr) ont dit qu’ils ont rédigé 3 000 pages, ce n’est pas exact. Ils n’ont rédigé que 42 pages, et tout le reste, ce sont des documents annexes », avait lancé Alioune Ndao aux conseillers du fils de l’ex-chef d’Etat sénégalais.

Par ailleurs, Antoine Diome, substitut du procureur enfonçait le clou sur le crâne chauve de Karim Wade: «une véritable ingénierie financière avait été mise à nu, reposant sur un système de prête-nom et de montages complexes via des sociétés offshore au Panama, dans les îles Vierges britanniques et au Luxembourg». De leur côté, les avocats de Karim Wade avancent qu’ils ont la preuve, documents à l’appui, que toutes les sociétés citées par l’accusation et qui représentent plus de 90 % de ce qui est imputé à Karim Wade, n’appartiennent pas au fils de l’ancien président.

Limogeage

Né à Paris en 1968, Karim  Wade a le cœur qui bat pour les montages financiers, le cours de l’euro ou du yen, les valeurs marchandes. C’est un expert financier formé à la Sorbonne et ancien directeur associé à l’UBS Warburg, à Londres. Son statut banquier, il le fait valoir, le 31 juillet 2014, devant la CREI, quand le juge l’invite à décliner son identité, lors de l’ouverture du procès. Karim Wade lance: «Je suis banquier…», avant d’ajouter dans une salle de 1500 sièges, bondée de militants du Parti démocratique sénégalais (PDS), «…et prisonnier politique de fonction». Karim Wade est jugé sept co-accusés: Pape Mamadou Pouye, Mbaye Ndiaye, l’ancien directeur des Aéroports du Sénégal, ou encore Pierre Agbogba, le président du conseil d’administration de la société aéroportuaire AHS, et l’homme d’affaires franco-libanais Ibrahim Aboukhalil Bourgi dit Bibo Bourgi, malade. Après plusieurs jours de négociations judiciaires, la cour autorise Bibo Bourgi à aller se faire soigner en France, avant de revenir au bercail quelques mois plus tard. Au moins 80 personnes étaient citées à titre de témoins dans le procès.

Les uns ont parle d’humiliation, les autres d’un respect de la hiérarchie. Le 11 novembre 2014, Alioune Ndoa, alors procureur spécial près la CREI apprend son limogeage au cours de l’audience. Critiqué dans ses «méthodes cavalières», Alioune Ndao est reproché par le ministère de la Justice de vouloir poursuivre d’autres cadres du PDS. Ce que ne voulait surtout pas entendre les autorités, qui voient déjà le procès contre Karim Wade, à travers Alioune Ndao, comme une épine sur leurs pieds. En fait, de 694 milliards francs CFA, au départ de l’accusation fond, comme du beurre au soleil, à 117 milliards. De jour en jour, le procès tourne en rond, jalonné par des manifestations suivies d’arrestations. Avocat de Karim Wade, Me Ciré Clédor Ly analyse le limogeage de l’ex-procureur spécial près la Crei comme «une humiliation» ou une «gifle» qui lui été administrée. Tandis que Macky Sall fait dans le clair obscur : «S’ils (le procureur et le ministère de la Justice) ne s’entendent pas, la logique voudrait que le Garde des Sceaux propose un autre Procureur. Ce qui a été fait et j’ai accepté».

Un bon avocat ou le mauvais juge

Un spectacle inédit, une tension vive et des étincelles entre la Cour et les avocats de l’ancien ministre. Avocats et juges ne se sont jamais faits de cadeaux lors des audiences. Sans nommer Me Amadou Sall, le juge Henri Grégoire Diop de la CREI prononce, le 14 janvier 2015, des termes aux qualifications personnalisées: «Je sais reconnaître les mauvais avocats des bons». Dans ces mots du juge, Me Amadou Sall, qui posait des questions à l’un des témoins, s’est senti visé.

Il réplique: «Ce n’est pas à vous de juger des bons avocats des mauvais. Nous aussi savons faire la différence entre un bon juge d’un mauvais ». Le juge Henri Grégoire Diop était d’avis que Me Sall posait au témoin des questions «techniques sur le fonctionnement de la SENELEC (électricité) qui n’ont rien à voir au procès» de Karim Wade. Et Amadou Sall de dire qu’il a le droit de poser toutes les questions lui venant à l’esprit et qu’Henri Grégoire Diop a le droit de dire au témoin de répondre ou non. Ce que n’a pas gobé le juge, brandissant un exemplaire du Code de procédure pénale.  Ensuite, le magistrat, tremblant sur son siège, le doigt levé vers l’assistance, intime à plusieurs reprises à l’avocat de poser ses questions. Mais, ce dernier s’était déjà emporté, marmonnant parfois. Le juge l’expulse. Puis, tous les confrères de la défense décident à leur tour de se lier à la décision du juge. Depuis lors, Karim Wade a plaidé sans ses avocats, qui ont boycotté la suite des audiences, et n’ont pas également plaidé.

Placage

De son côté, Karim Wade a été victime de la brutalité des éléments pénitenciers d’intervention (EPI). Le jour de l’expulsion de son avocat, le prévenu faisait savoir au juge: «Monsieur le président, je vous dis que j’ai été frappé. C’est pour cela que je ne me sens pas bien».

Henri Grégoire Diop lui demande alors d’identifier ses «bourreaux». Mais, Karim Wade refuse et explique : «J’ai reçu un coup à mon genou et on m’a plaqué au sol avant qu’on me menotte. C’est la première fois dans ma vie, qu’on me menotte». Et le juge de renchérir : «Bon on verra ça».

Lundi 23 mars 2015, tout le monde va savoir et entendre.

© OEIL D’AFRIQUE

 


Tags assigned to this article:
Karim Wadesénégal

[wp_ad_camp_4][wp_ad_camp_4][wp_ad_camp_4] [fbcomments]

Related Articles

Côte d’Ivoire: 500 armes légères de la France pour lutter contre le grand banditisme

La France vient d’accorder un don de 500 armes légères à la Côte d’ivoire pour renforcer son dispositif sécuritaire dans

Procès Gbagbo/Blé Goudé à La Haye: le porte-parole du parti de Ouattara décide de « témoigner à visage découvert »

[GARD align= »center »] Joël N’Guessan, porte-parole du Rassemblement des républicains (Rdr), le parti du chef de l’État ivoirien Alassane Ouattara, annonce

Sénégal: un Général français invite à «s’adapter au mode opératoire» des terroristes

[GARD align= »center »] Le commandant des Eléments français au Sénégal (Efs) Général Pascal Facon a appelé jeudi à Dakar à «un

Aucun commentaire

Espace commentaire
Aucun commentaire Soyez le premier à répondre à ce commentaire

Espace commentaire

Votre e-mail ne sera pas publié
Required fields are marked*