La France et l’Afrique : effet d’annonce ou réalité ?

La France et l’Afrique : effet d’annonce ou réalité ?
La France et l'Afrique

Le palais du peuple à Kinshasa durant le sommet de la Francophonie

Ce n’est évidemment pas nous qui répondrons à cette question, mais l’Histoire qui s’en chargera. Contentons-nous donc, pour l’instant, de constater que les discours prononcés à Dakar et à Kinshasa, en fin de semaine dernière par François Hollande, furent nettement plus réalistes, plus intelligents, plus amicaux que ceux de son prédécesseur sur l’Afrique et que, par conséquent, la « plume » du président français s’avère trempée dans une bien meilleure encre.

Ajoutons cependant que la France n’a pas, aujourd’hui, d’autre issue possible que de se rapprocher des Nations qu’elle maintint longtemps sous son joug, puis qu’elle relégua progressivement à l’arrière-plan de ses préoccupations diplomatiques. Affaiblie par la crise économique et financière qui frappe le monde occidental, diminuée par la construction d’une Europe au sein de laquelle l’Allemagne pèse lourdement, confrontée à des problèmes sociaux de jour en jour plus difficiles à résoudre, elle n’a pas d’autre voie à suivre que de revenir aux fondamentaux qui lui permirent de devenir ce qu’elle fut longtemps, c’est-à- dire une grande puissance.

Au nombre de ces fondamentaux figure en bonne place l’Afrique : l’Afrique où elle puisait jadis la majeure partie des matières premières nécessaires à son industrie, l’Afrique qui lui donnait l’espace nécessaire pour affirmer son influence au plan mondial, l’Afrique surtout qui depuis l’accession de ses anciennes colonies à l’indépendance lui permettait de peser dans les enceintes internationales.

Autant de réalités historiques que ses gouvernants ont fini par oublier, croyant naïvement que la construction de l’Europe leur permettrait de se maintenir dans le groupe très fermé des puissances majeures. Or, chacun peut le constater, c’est le contraire qui s’est produit. Dans un monde que tendent à dominer la Chine, l’Inde, la Russie, les États-Unis, l’influence de la France décline dangereusement.

Cette réalité, les responsables politiques français, de droite comme de gauche, ne l’ont pas comprise et ne sont pas près de la comprendre quoi qu’ils prétendent dans leurs discours ; et les dirigeants africains francophones le savent mieux que personne puisque leur histoire personnelle les lie intimement au pays de Descartes dont ils connaissent bien les contradictions.

En revanche, et de là viendront peut-être les véritables changements à venir, l’État français mesure un peu plus chaque jour l’erreur que les prédécesseurs de François Hollande commirent lorsqu’ils délaissèrent des peuples auxquels la France devait tant, ceci pour tenter d’affirmer leur leadership en Europe. L’État, ou plus exactement l’appareil d’État constitué par les quelques grandes administrations qui décident en dernier lieu ce qui est bon et ce qui ne l’est pas pour le peuple français : Finances, Défense, Intérieur, Affaires étrangères. Car la France, tout, en étant une démocratie à part entière, est certainement de tous les pays occidentaux celui dans lequel les hauts fonctionnaires pèsent le plus sur les orientations nationales majeures. Et, fait nouveau, cette puissante technocratie commence à prendre conscience des dégâts causés par l’incurie des responsables politiques dans la gestion des relations avec l’Afrique.

Dans un semblable contexte amusons nous en passant du rideau de fumée que constitue la mort annoncée de la « Françafrique » par François Hollande. D’une part, en effet, la gauche française en a tiré tout autant que la droite de grands bénéfices et rien ne permet de croire qu’il en ira autrement demain.

D’autre part, ces relations quelque peu frelatées n’ont pas empêché le phénomène décrit plus haut de se produire, affaiblissant dangereusement les positions internationales de la France. Si celle-ci veut peser encore demain dans les affaires du monde, elle doit cesser de regarder les pays africains comme ses anciennes colonies et traiter d’égal à égal avec eux comme le font le Brésil, la Chine, les États-Unis, l’Inde, la Russie, bref tous les « Grands » de ce monde. Il lui faut en quelque sorte faire preuve d’humilité et de solidarité, s’engager réellement à les accompagner dans leur marche vers le développement durable et la protection de l’environnement.

Tout le reste, comme l’on dit en langue vulgaire, est du « baratin » et plus personne n’est dupe des effets de manche.

Jean-Paul Pigasse


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