La liberté qui se donne

by OEIL D'AFRIQUE | 26 mai 2013 15 03 19 05195

Vous avez à l’image le dernier président blanc de l’Afrique du sud Frederik De Klerk. Il tient un journal qui annonce la victoire du « oui » au référendum sur la fin de l’apartheid en 1992. Ce qu’il y a de particuliers sur ce référendum, c’est que seuls les Blancs ont été autorisés à voter. En réalité, de Klerk et les afrikaners (blancs sud-africains) étaient devant le fait accompli, ils n’avaient pas le choix. Les Noirs avaient vaincu l’apartheid au bout de 40 ans de lutte sans merci. Que seuls les afrikaners soient conviés à entériner cette décision était certainement fait pour que l’histoire retienne que ce sont les Blancs qui ont mis fin à l’apartheid.

Lorsqu’on se penche sur l’histoire africaine, une des plus énormes surprises est de découvrir que ce sont les Noirs eux-mêmes qui avaient vaincu l’esclavage. La liste interminable des révoltes dans les plantations aux Amériques donne le vertige. Mais aujourd’hui on a retenu que c’est Lincoln, Schœlcher et d’autres abolitionnistes qui seuls devant leurs consciences ont conduit à la fin du plus grand crime de l’histoire de l’humanité. Il n’est pas exclu que Lincoln et Schœlcher aient été d’une certaine façon pour la fin de l’esclavage, mais les Noirs avaient mis l’Amérique entière devant le fait accompli. Ces hommes, comme DeKlerk ont donc entériné un fait que nous leur avions imposé.

De la même manière, la fin de la colonisation en Afrique est racontée comme l’aboutissement paisible d’une mission philanthrope et civilisatrice. Au début des années 60, les drapeaux européens auraient été retirés et remplacés par des drapeaux africains dans le plus grand pacifisme. Ca ne s’est pas passé comme ça ! Les africains se sont battus comme des lions au Kenya, à Madagascar, en Guinée Bissau, au Zimbabwe, au Mozambique, au Cameroun etc… pour arracher leur liberté. Que les européens se retirent partiellement d’Afrique n’est donc pas un cadeau de leur part mais est juste la décision que nous leur avions imposée.

Cette falsification vise à nous retirer le bénéfice moral de nos luttes, de nos victoires. Quand vous pardonner à votre bourreau parce qu’il vous a « libéré », vous lui donnez la possibilité de revenir un jour vous refaire la même chose. Une liberté qu’on vous donne et une liberté que vous gagnez se vivent différemment. Vous serez toujours amenés à quémander lorsqu’on vous la donne, alors que vous serez amenés à arracher vos droits lorsque vous vous savez héritiers de combattants victorieux.

150 ans après les abolitions, 50 ans après la colonisation, nous avons fini par retenir que la liberté nous avait été donnée. Nous sommes juste 21 ans après la fin de l’apartheid et le souvenir de la haute lutte des africains est encore frais. Notre amnésie endémique voulant, dans 100 ans De Klerk sera célébré comme le libérateur des Noirs d’Afrique du sud, à l’instar de Lincoln, Schœlcher ou de Gaulle.

Disons nous le bien : nous avons vaincu l’esclavage, nous avons vaincu la colonisation, nous avons vaincu l’apartheid, rien ne nous est donc impossible !

Par : African History-Histoire Africaine[1]

Endnotes:
  1. African History-Histoire Africaine: https://www.facebook.com/photo.php?fbid=363477407086227&set=a.177805025653467.27843.159545840812719&type=1

Source URL: http://archives.oeildafrique.com/la-liberte-qui-se-donne/