La question du leadership dans notre pays…

La question du leadership dans notre pays…

Par Patrick Mbeko

Un vrai chrétien n’est nécessairement pas celui qui va à l’Église chaque dimanche. Tout comme un vrai musulman n’est nécessairement pas celui qui cite le prophète Mahomet à chaque coin de rue. Il en est de même pour un VRAI leader politique. Il ne suffit pas de diriger un parti pour croire qu’on peut diriger un pays aussi important et stratégique comme la RDC. Aujourd’hui, faut-il l’avouer, notre pays manque de véritable leader. Même Tshisekedi qui est souvent cité n’est pas un GRAND leader à l’image de Lumumba ou de Thomas Sankara. En fait, l’image que la plupart de nos compatriotes se font de lui est liée, non pas à son soi-disant glorieux parcours, mais bien à la perception que nous nous faisions de Mobutu. Étant dépeint comme le mal incarné, tout celui qui pouvait lui tenir tête devenait automatiquement une sorte de héros. Or Mobutu, bien qu’il a foutu le pays parterre, n’était pas ce monstre à huit têtes avec une longue queue peint, non pas par les Congolais eux-mêmes mais par ceux qui ont fait de lui pendant 32 ans le « roi du Zaïre ». Comme nous le rappelle l’Abbé Jean-Pierre Mbelu, « pendant ses moments de lucidité, Mobutu avait su aborder des thèmes de la politique africaine et internationale mettant mal à l’aise ses créateurs… Malheureusement, toute cette histoire n’est étudiée presque pas chez nous. Dès qu’une allusion est faite à Mobutu, tout le monde reproduit l’image du dictateur répandue par “ses créateurs”.

Les questions qu’il a abordées pendant ses heures de lucidité et qui ont contribué certainement à son discrédit sont vite oubliées. » Et Jean-Pierre Mbelu de poser une question : « À qui la faute ? » Et de répondre : « À l’hégémonie culturelle occidentale dans laquelle baignent plusieurs d’entre nous et à leur propre paresse intellectuelle. Souvent, nous reconduisons le discours dominant et convenu de l’Occident, sans un minimum d’esprit critique. » C’est ce que j’appelle la « colonisation des esprits ».

Etienne Tshisekedi, à Kinshasa. F. O’REILLY / REUTERS

En réalité, si les Congolais avaient une image moins biaisée de Mobutu, il est certain qu’ils auraient eu une autre perception de Tshisekedi. Si le nom de David est gravé dans le béton de l’histoire, ce n’est pas parce qu’il était terriblement fort mais simplement parce que Goliath avait une réputation qui inspirait une peur bleue à ses adversaires. Cela ne veut pas dire que le combat de Tshisekedi n’a aucun sens. Loin de là. Il a le mérite d’être de ceux qui se sont opposés à la dictature du président Mobutu. Mais cela fait-il de lui un « GRAND » leader? La question reste posée…

La succession des événements politiques dans notre pays depuis 1998 montre bien que ce pays n’a pas de véritable leader politique. Le fait de durer en politique n’est nécessairement pas synonyme d’avoir la maturité politique. Notre pays est non seulement victime d’un vaste complot mais aussi de l’immaturité politique de sa classe politique. L’illustration de cette immaturité commence déjà par la manière dont les partis politiques sont administrés chez nous. Que d’être une institution, le parti est l’orchestre de son chef. Il suffit qu’il tombe pour que le parti s’efface de la surface de la terre. On se doit légitimement de demander comment peut-on prétendre diriger un pays aussi important si l’on n’est pas capable de diriger convenablement son propre parti?

Autant on reconnaît ses vrais amis dans le malheur, autant Dieu reconnaît ses vrais enfants quand ils font face à l’adversité (l’exemple de Job), autant un vrai leader se démarque non pas dans les débats politiques stériles mais lorsque son pays fait face à des bouleversements majeurs. C’est sa capacité à anticiper les événements qui fera qu’il puisse se démarquer de la troupe.

Aujourd’hui, le peuple congolais se cherche un vrai leader. Beaucoup de Congolais se demandent d’où viendra « l’homme providentiel »? De quelque part mais pas de nos partis politiques actuels. Les Congolais doivent apprendre à se faire confiance. Nos soi-disant leaders politiques ne valent pas plus que tous ces jeunes congolais qui manifestent un peu partout dans la diaspora.

Bien entendu, nous sommes encore en mode révolte. Et il faudra passer en mode révolution. Mais cela se fera seulement lorsque le peuple congolais aura atteint un certain niveau de connaissance qui lui permettra de clairement identifier ses ennemis. Citant un penseur, le professeur Philippe Omutunde fait observer : « L’ignorance génère des révoltes et c’est la connaissance qui génère des révolutions. » Des exemples sont là pour le prouver : en Tunisie et en Égypte, les révoltes, bien qu’elles ont balayé les régimes Ben Ali et Moubarak, n’ont pas bouleversé l’ordre établi par les « maîtres ». Tout comme l’avènement de l’AFDL, bien que salué par les Congolais, n’a pas modifié l’ordre établi par ceux qui tiraient les ficelles dans l’ombre.

Le président Joseph Kabila le 20 décembre 2011 à Kinshasa

Voilà pourquoi lorsqu’on me demande des solutions aux problèmes du pays, je renvoie les gens à la compréhension des problématiques. En fait, ce sont les ignorants qui demandent souvent des solutions aux problèmes qu’ils ignorent. Si les Congolais avaient compris l’arnaque que constituaient les dernières élections, ils ne se seraient aucunement prêtés à ce jeu. Et même après s’être fait avoir par la clique des affameurs du peuple au service des puissances de l’argent, ils continuent de parler de ces élections calamiteuses. L’ignorance dans toute sa splendeur! Sachez simplement que les pouvoirs de l’argent veulent que vous pensiez que vous menez le vrai combat alors qu’il n’est rien. Elles veulent que vous demeuriez des révoltés comme certains de nos hommes politiques et non des révolutionnaires.

La RDC est victime de la médiocrité de sa classe politique. Les soi-disant leaders « charismatiques » n’ont pas su éduquer le peuple aux choses essentielles. Ces gens ne méritent pas notre soutien. Des vrais leaders, il y en a. Il y a des Congolais intelligents et capables. Ne vous attendez pas à ce qu’un vrai leader sorte d’un des partis politiques que nous avons au pays. Joseph Kabila n’est-il pas tombé dans l’arène politique congolaise comme un cheveu dans la soupe? À plus forte raison, tous ces jeunes intelligents que nous avons dans notre communauté. La Bible nous apprend que pendant que Saul régnait, Dieu, lui, préparait David. Eteya bino… je préfère vous blesser avec la vérité que vous caresser avec le mensonge. Je bois mon lait…

 

 

Patrick Mbeko

Patrick Mbeko

L'analyste des questions géopolitiques.



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