L’Afrique de l’Est demande un report des élections au Burundi

L’Afrique de l’Est demande un report des élections au Burundi
Les présidents des pays d'Afrique de l'Est, l'Ougandais Yoweri Museveni (2e G), le Tanzanien Jakaya Kikwete (D), et le Sud-Africain Jacob Zuma (4e D),Burundi

Les présidents des pays d’Afrique de l’Est, l’Ougandais Yoweri Museveni (2e G), le Tanzanien Jakaya Kikwete (D), et le Sud-Africain Jacob Zuma (4e D), lors d’un sommet, le 31 mai 2015|AFP

« Profondément inquiets de l’impasse » actuelle au Burundi, les pays d’Afrique de l’Est ont demandé dimanche un report des élections d’au moins un mois et demi, tout en s’abstenant de se prononcer sur la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat.

Réunis en sommet à Dar es Salaam, les chefs d’Etat de la région ont appelé « à un long report des élections », censées se dérouler ce vendredi, « pas moins d’un mois et demi », et ont exigé de « toutes les parties burundaises qu’elles mettent fin aux violences ».

Ils ont appelé également « au désarmement urgent de tous les mouvements de jeunesse armés » et « encouragé le gouvernement à créer toutes les conditions nécessaires pour le retour des réfugiés (burundais) dans leur pays ».

Le sommet s’est déroulé en l’absence du principal intéressé, le président Pierre Nkurunziza, officiellement resté au Burundi pour y « faire campagne », et surtout victime d’un coup d’Etat –finalement mis en échec– le 13 mai dernier alors qu’il participait, déjà à Dar es Salam, à un premier sommet sur la crise burundaise.

Autre grand absent, le président rwandais Paul Kagame, pourtant incontournable dans la région, et qui ne cache plus désormais son mécontentement croissant envers son ancien allié Nkurunziza.

Etaient présents en revanche l’Ougandais Yoweri Museveni, le Tanzanien Jakaya Kikwete, le Kényan Uhuru Kenyatta, ainsi que le Sud-Africain Jacob Zuma et la présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), Nkosazana Dlamini Zuma.

Sans surprise, les chefs d’Etat n’ont donc pas évoqué publiquement le nœud du problème: la question du troisième mandat. La réunion de Dar es Salaam était pourtant jugée cruciale, car le blocage est total entre les deux camps.

Le Burundi est secoué par une grave crise politique depuis que le président Nkurunziza a annoncé il y a un mois son intention de se présenter à la présidentielle du 26 juin. Il fait face depuis lors à un vaste mouvement de contestation populaire à Bujumbura, où, malgré une sévère répression policière, les manifestations quotidiennes ne faiblissent pas.

– ‘Un message qui ne change rien’ –

Les protestataires jugent un troisième mandat anticonstitutionnel et contraire aux accords de paix d’Arusha qui avaient mis fin à la guerre civile (1993-2006). Les partisans du pouvoir estiment cette candidature légale, M. Nkurunziza n’ayant pas été élu pour accéder au pouvoir en 2005, mais désigné par le parlement.

« Spirale de la violence », « pays au bord du gouffre », « atmosphère de peur et d’intimidation généralisée », « radicalisation »: tous les observateurs mettent en garde contre une catastrophe annoncée. En un mois, les violences ont fait plus d’une trentaine de morts, souvent victimes des tirs de la police.

Le camp présidentiel avait clairement prévenu que le troisième mandat était une « ligne rouge » non négociable. Selon un diplomate ayant participé aux discussions ce dimanche, ce scénario a été écarté car « risquant de faire imploser le pays ».

Les chefs d’Etat se sont donc contentés de demander un report, au plus tôt à la mi-juillet, des élections générales, dont tous les acteurs de la crise, à l’exception du camp Nkurunziza, estiment qu’elles ne peuvent se tenir dans les conditions actuelles.

Selon le calendrier officiel, des législatives et des communales sont prévues le 5 juin, suivies de la présidentielle le 26 juin, et de sénatoriales le 17 juillet.

Pour les pays de la région, il s’agit sans doute également d’obtenir du pouvoir burundais un minimum de garanties dans la préparation des élections, « de laisser les partis politiques et les médias travailler et s’exprimer librement », selon le diplomate déjà cité.

On voit mal de toutes les façons comment les élections pourraient se tenir à la date prévue. L’Église catholique et l’Union européenne ont annoncé cette semaine leur retrait du processus, l’opposition, qui n’a même pas pu faire campagne, n’avait aucune intention d’y participer. Et vendredi, on apprenait la fuite à l’étranger de la vice-présidente de la Commission électorale et la défection d’une autre commissaire sur les cinq que compte l’institution, ce qui de facto l’empêche de siéger.

La balle est maintenant dans le camp du gouvernement, dont on ignore s’il se pliera aux volontés des leaders de la région.

A Bujumbura, où la journée a été calme, des anti-troisième mandat ont réagi plutôt avec résignation: « c’est un message qui ne change rien du tout. Un mois cela ne suffit pas pour régler les problèmes avant les élections », a commenté Antoine, dans le quartier de Musaga (sud).

« Ca montre que les chefs d’Etat n’ont pas la volonté de le contraindre (Nkurunziza). La crise va continuer, voire s’aggraver. Les manifestations doivent continuer », a pronostiqué un autre contestataire.

AFP

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