L’Afrique et les nouveaux rapports de force

L’Afrique et les nouveaux rapports de force

Rapports de force en Afrique

Chaque jour qui passe le confirme de façon indiscutable : rien ne sera plus comme avant dans l’univers très agité de la planète. Les lignes bougent, en effet, de telle façon, sur les cinq continents, que les institutions internationales n’ont plus d’autre solution que de s’adapter et de s’adapter vite au nouvel environnement international si elles veulent vivre, voire même
simplement survivre.

S’adapter veut dire, en premier lieu, réduire la place qu’y occupent et revoir le rôle qu’y jouent les puissances dominantes du siècle précédent. Dans une époque où les conflits idéologiques ont cédé fort heureusement la place à des compétitions économiques de plus en plus âpres, ce ne sont plus la puissance militaire et la capacité d’un pays à développer des technologies à but plus ou moins stratégique qui font la différence, mais le poids humain, le contrôle de vastes espaces géographiques, la possession de ressources naturelles significatives, un taux de croissance rapide, un dynamisme commercial sans limite. Sur chacun de ces plans, le curseur se déplace irrésistiblement vers le monde émergent tandis que le monde émergé peine à suivre quand il ne s’enfonce pas dans des crises récurrentes qui limitent de plus en plus sa capacité d’intervention.

Nous le constatons tous les jours, il est à jamais révolu le temps où des puissances au passé discutable et discuté pouvaient imposer leur mode de vie et de pensée à des peuples jugés par elles inférieurs. La guerre d’Afghanistan et, plus récemment, l’intervention occidentale en Libye en ont apporté la preuve sans discussion possible ; et c’est très bien ainsi car cela, d’une part, convaincra dans un avenir proche les pays occidentaux de cesser de se poser en gendarmes du monde et, par ailleurs, permettra aux peuples émergents d’obtenir enfin la place qui leur revient de droit au sein de la communauté des nations.

Tout le problème est qu’au sein de cette même communauté, les grandes puissances ne se montrent guère pressées de partager le pouvoir avec les représentants de l’Afrique, de l’Amérique latine, de l’Asie du sud. Si la Chine, l’Europe, les États-Unis, la Russie usent volontiers du verbe pour clamer leur volonté d’organiser un monde plus équilibré, aucun de leurs dirigeants n’agit dans ce sens. Nous n’en voulons pour preuve que la lenteur avec laquelle les institutions internationales, à commencer parl’organe suprême de la gouvernance mondiale, le Conseil de sécurité des Nations unies, envisagent de se réformer.

Soyons honnêtes, cependant : les pays émergents ne font rien ou presque rien pour convaincre leurs interlocuteurs que le temps est venu de partager équitablement le pouvoir avec les nations jeunes. On l’a encore vu récemment lors du sommet dit de « Rio + 20 », ils affichent leur volonté de parler d’une seule et même voix dans les grands débats sur l’avenir de la planète, mais à aucun moment ils ne mettent en commun leurs moyens pour contraindre les grandes puissances à mettre en place des dispositifs plus équilibrés pour assurer une meilleure gouvernance mondiale. Ce qui a comme conséquence que, dans les enceintes internationales, les discours l’emportent plus que jamais sur les actes.

Pour ne parler que de l’Afrique, il en irait autrement si l’Union africaine se décidait enfin à réorganiser son pouvoir exécutif. Pas seulement en confirmant Jean Ping dans ses fonctions ou en lui désignant un successeur sansplus attendre, mais en donnant à sa Commission la capacité d’agir qui lui fait si cruellement défaut aujourd’hui. Les chefs d’État du continent ont-ils tous pris la mesure de l’enjeu ? Et vont-ils accepter enfin de s’entendre sur l’essentiel ? Il est permis d’en douter.

Jean-Paul Pigasse

 

 


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