Le bal des scandales en Côte d’ivoire

Le bal des scandales en Côte d’ivoire

Depuis l’affaire des déchets toxiques qui a bouleversé le paysage politique ivoirien et vu pour la première fois le Président Ouattara prendre une décision énergique contre l’un de ses plus proches collaborateurs, Abidjan ne se réveille plus sans scandale. C’est désormais le mot à la mode sur les bords de la lagune Ebrié  car il ne passe plus un seul jour sans que la presse locale n’annonce un nouveau scandale. Accusation fantaisiste ou le toilettage d’un système pourri par dix ans de crise tel sont les échos de « radio Treichville ».

Si la célèbre radio imaginaire à rumeurs d’Abidjan relai chaque jour de nouvelles affaires sales et s’interroge sur ce qui se passe à l’intérieur du nouveau système de gouvernance mis en place par le président Ouattara après la grave crise que vient de traverser le pays le plus riche d’Afrique de l’ouest.

Le bal des scandales débute par l’affaire « Satarem-Greensol » qui n’ira pas vraiment loin avec la décision du président de la république d’annuler le marché de la gestion des ordures ménagères de la ville d’Abidjan attribué par la ministre Anne Ouloto à une entreprise en faillite en France et qui avait remporté l’appel d’offre pour la gestion des déchets de la capitale économique Ivoirienne. La décision d’annulation du président de la république a certes freiner cette affaire qui avait commencé à faire grand bruit mais a ouvert les yeux à tous sur la gestion des marchés publics. Le pouvoir en place prendra dans le même temps des dispositions pour éviter à l’avenir une telle situation. A grand renfort de communication un comité de gestion des marchés publics fut installé pour redoré le blason de l’administration Ivoirienne et redonner confiance aux partenaires.

Bal des scandales en côte d'ivoire

Tout semblait bien rétablit quant à la surprise générale une autre affaire refait surface, celle des déchets toxiques. La stupéfaction fut quand même grande quand l’hebdomadaire panafricain Jeune Afrique révéla un matin les conclusions d’une enquête de la police économique mettant en cause un proche du président et le responsable du club de football Africa Sport National. Ils auraient touchés des royalties dans l’affaire des déchets toxiques.  Cette fois le président ne prend pas de risque il démet le ministre Adama Bictogo pour servir d’exemple et profite pour mettre en garde son entourage. Le scandale cette fois-ci fait grand bruit obligeant la justice à se saisir de l’affaire pour clarifier les choses, car il faut dire que l’affaire des déchets toxiques est une affaire de gros sous.

Au moment où des auditions sont en cours pour entendre les mises en cause une autre affaire de détournement  fait surface du côté de la SOTRA (société des transports Abidjanais). Le directeur de l’entreprise est accusé d’avoir pompé plus de 66 millions des caisses de cette entreprise qui est aux abois et qui a dû licencier une bonne partie de son personnel pour raison économique. Selon cette presse des documents comptables de la Société de Transports Abidjanais (SOTRA), indiquent le paiement d’indemnités d’un montant de 66 millions de Fcfa, résultant d’un « protocole d’accord transactionnel » au profit de Méité Bouaké, l’actuel DG de cette société d’État. Accusation fondée ou pas, les spéculations vont bon train dans la capitale économique Ivoirienne sur ces différentes affaires qui défraient la chronique. Il ne se passe plus un seul jour sans qu’on enregistre un nouveau scandale. Le thème est d’ailleurs à la mode et ne reste plus que sa reprise par les artistes coupé décalé pour en faire l’un des nombreux concepts d’ambiance comme il est de coutume ici. Si l’on ajoute à la liste l’affaire de l’attribution du marché de rénovation du CCIA, immeuble devant abriter le retour de la BAD, le scandale financier des vraies factures pour des travaux fictifs à Tanda et autres qui sont révélés chaque jour nous sommes tenté de nous demander ce qui se passe pour enregistrer un tel phénomène.

Ce sont les signes de l’épuration d’un système pourri qui a trop duré.

On se demanderait pourquoi toutes ces affaires font surface maintenant ou qui tire les ficelles des scandales à Abidjan ?

A l’analyse on est tenté de dire sans se tromper que ce sont les signes de l’épuration d’un système pourri qui a trop duré. Ainsi donc la nouvelle politique de bonne gouvernance du nouveau régime serait en train de faire ces effets. Si toutes ces affaires remontent à la surface c’est la volonté politique de mettre de l’ordre dans la gestion des affaires de l’Etat prôné par le nouveau régime qui donne ces premiers fruits. Aujourd’hui chacun est devenu son propre gardien et celui des autres, personne ne veut se tremper dans une affaire qui compromettrait sa carrière. Même les patrons ont eux aussi peur car on ne sait plus qui est qui. Internet et la presse sont devenus des relais sûrs de dénonciation. A ce rythme le président Ouattara peut que se frotter les mains car la moralisation de la vie publique tant prônée à travers les structures de régulation et de lutte contre la corruption est en train de prendre corps par elle-même. Reste à savoir combien de temps cela va durer car n’avons-nous pas souvenance des premiers pas du régime déchu qui avait fait du changement de mentalité et de la justice pour tous son leitmotive ? Qui ne se souvient pas encore des opérations musclées envers les opérateurs économiques véreux qui faisaient de fausses déclarations fiscales. Tout ceci n’a été que poudre aux yeux car une fois bien installés et maitrisant les leviers du pouvoir ils ont contribué à l’installation d’un système de corruption à grande échelle avec au bout une justice taillée sur mesure pour laisser les camarades et le clan manger au nom de la situation de ni paix ni guerre.

Jusqu’ou ira le président Ouattara pour changer des mentalités et des habitudes qui ont prospérés pendant plus d’une décennie de crise à un moment ou les reformes économiques à observer pour guérir le pays ont fait chuter le niveau de vie d’une population déjà fragilisée par une crise postélectorale qui tarde à se cicatriser.

 

Fulbert KOFFI
© Œil d’Afrique Abidjan

 

Fulbert Koffi

Fulbert Koffi

Journaliste Oeil d'Afrique, basé à Abidjan (Côte d'Ivoire), spécialiste des dossiers politiques et sociaux culturels.



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