Les bidonvilles africains: Gobelet à Abidjan

Les bidonvilles africains: Gobelet à Abidjan

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Vous avez certainement pensé à ce verre à eau, que non. Vous avez tous faux ! Nous sommes aux 2 Plateaux les vallons, quartier où habitent ceux sur qui, le soleil aura brillé au moins une fois dans la vie. Dans ces villas de standing  et de châteaux fortifiés,  loge  la haute classe d’Abidjan. L’ambiance y est toujours calme  et est propice à la cogitation. Toutefois,  en promenant votre regard sur  ce terrain accidenté qui offre une vue panoramique, vous trouverez dans le versant, un spectacle des moins désolants. Là dans ce ravin,  s’étend à perte de vue, « Gobelet »,  un quartier dont la précarité suscite l’émoi, porte ce nom.

Cette vue, en plongée met en exergue l’ampleur des difficultés sociales auxquelles sont confrontées les habitants de cette cité. Le regard stoïque, tétanisé, la question qui m’a tout de suite taraudé  l’esprit est de savoir si je dois descendre dans ce trou perdu pour me rendre compte  du vrai. Apres plusieurs hésitations, je me résous à  m’y rende pour le respect que je dois à nos lecteurs, qui chaque jour, sont curieux d’en savoir un peu plus sur l’Afrique.  Mon calvaire a commencé par la difficulté d’accès au site. En effet, un genre d’escalier creusé dans le versant permet d’arriver dans ce « royaume ». Surtout, un conseil,  ne pas se précipiter dans l’abordage des marches de cet escalier particulier, au risque de se retrouver  la tête en avant. Au fond de ce ravin, inutile de parler de rues ou  d’adressage. Des ruelles serpentent les couloirs à n’en point finir. Les baraques et autres habitats de fortune y sont construits dans le respect d’aucune géométrie ou de plans de cadastres.

Bidonvilles "Gobelet" à Abidjan, Côte d'ivoire. Mai 2013. Oeil d'Afrique

Bidonvilles « Gobelet » à Abidjan, Côte d’ivoire. Mai 2013. Oeil d’Afrique

A la différence de ce regard lointain, peut être même hautain,  je suis au fait de la réalité. Ici dans l’insouciance totale, où grouille ce beau monde, l’on côtoie la mort chaque jour.  Dans cet environnement insalubre situé en contre bas de ces résidences, ce semblant de bonheur perceptible sur les visages à travers des sourires d’innocence, le danger n’est pas très loin dès qu’il s’agit de saison des pluies. Mais avant, comment nous en sommes  arrivés à cela ? La réponse à cette question ne tardera pas à trouver réponse. Gobelet est l’émanation de cette bourgeoisie située en amont. K Mamadi nous l’appellerons, jeune  ressortissant malien de 33 ans, vivant dans ce faubourg depuis bientôt dix ans,  a bien voulu se prêter à mes nombreuses préoccupations.  Pour lui, les gens de maisons, qui travaillent dans ces hauteurs, n’ont pas trouvé mieux que de s’installer à cet endroit pour minimiser les couts de transport et faire des économies en rentrant au pays. Il poursuit en disant : « les patrons ne nous payent pas bien, et puis les maisons sont chères, alors on préfère vivre ici même si on sait que c’est dangereux. Chaque année quand la saison des pluies arrive on a peur  parce qu’il y a toujours des morts, mais on peut pas partir. Quand une femme veut accoucher, les hommes la transportent pour remonter l’escalier.  Quand on ne peut pas, elle accouche ici même ». No comment ! Pour André, ivoirien, la situation l’a contraint à y rester, « je suis aide maçon et je travaille sur les chantiers non loin d’ici. Avec le peu que je gagne j’ai préféré resté ici  pour éviter les aller et retour sur Yopougon ». Dans ce haut  lieu de tous les trafics, cohabitent en bonne intelligence  la diaspora ouest africaine et de nombreux  ivoiriens. Un vrai brassage interculturel y a vu le jour eu égard à sa physionomie.

A Gobelet, vous ne trouverez ni la source du compteur d’eau, ni celle d’électricité. Tout se marchande et s’obtient, il faut juste y mettre le prix. Les structures communautaires de bases sont inexistantes, chacun se soigne comme il peut. Si les femmes en travail doivent remonter la pente, ce ne sont pas les écoliers qui ne le ferraient pas. L’école primaire publique qui  se trouve un peu loin dans les hauteurs ne désemplit pas, enfin un bon point. Dans cette cité où le rêve se confond à l’illusion, tous nourrissent le secret espoir d’y faire fortune un jour. Ces travailleurs et leurs familles bravent quotidiennement cet environnement hostile exposé à la maladie, aux glissements de terrain et aux fortes pluies d’Abidjan dans l’espérance de ce lendemain meilleur. L’année dernière encore, toujours selon les témoignages, Gobelet n’a pas échappé à cette cynique tradition lors de la saison des pluies. On y a dénombré trois décès, alors que l’Etat avait encouragé les riverains de ces zones à risque de quitter les lieux en apportant une contribution financière d’environ  250euros au cours d’une vaste opération de déguerpissement en 2012. Rien n’y fit ! Un an après, ces populations ont même conforté leur position.  Notre interlocuteur qui connait bien  les rouages du système nous aura suffisamment renseigné sur le fonctionnement de cette cité.

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Les bidonvilles, il y en à Abidjan, à Cotonou, à Dakar, toutefois le cas particulier de celui ci a retenu notre attention, même s’il est de notoriété  qu’ils existent tous pour des causes identiques, la raison économique. Cela nous emmène à poser la problématique du logement en Afrique ou foisonnent nombreux bidonvilles, et autres quartiers précaires. La promotion des logements sociaux accessibles à toutes les bourses et le développement des transports publics  pourraient porter  un coup de frein sérieux à ces situations difficultueuses et deshumanisantes. En attendant, il conviendrait de procéder à leur relocalisation sur des sites viabilisés. Tout récemment, le gouvernement ivoirien à travers l’un de ses démembrements, a lancé  une opération de souscription aux logements sociaux. La ruée des demandeurs à ces guichets, traduit si bien l’urgence des besoins en logement. 

Jonas SARAKA
Abidjan – Œil d’Afrique

Jonas Saraka

Jonas Saraka

KOUAKOU Kouamé Jonas alias Jonas SARAKA. Licence de Journalisme, DEUG II en Sciences économiques.


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