Les dirigeants africains méritent-ils des statues ou monuments ?

Les dirigeants africains méritent-ils des statues ou monuments ?

« Penses-tu qu’Étienne Tshisekedi mérite une statue en son honneur comme Lumumba et Kasavubu? ».

 

C’est la question qu’un compatriote m’a posée aujourd’hui. Un peu surpris, je lui ai répondu en disant que je suis de ceux qui estiment que l’on doit ériger des statues ou monuments, c’est selon, en SOUVENIR de tous ceux qui ont marqué l’histoire de notre pays. Je parle ici de Kasavubu, Lumumba, Mobutu, Laurent-Désiré Kabila, Tshisekedi, Tshombé, Finant, Mulele… et j’ajouterais même Honoré Ngbanda Nzambo (je les vois sourciller…).

 

Il ne s’agit pas de les « louanger » pour leurs actions. Seulement, ces gens-là sont des monuments de notre histoire, qu’on ne le veuille ou pas. Vous ne verrez jamais les Occidentaux diaboliser leurs anciens dirigeants comme les Africains le font. Ils érigent des monuments en leur souvenir. L’histoire qu’on enseignera aux enfants américains ne louangera peut-être pas George Bush Jr. mais retiendra tout de même ce qu’il a fait. Oui, certains de nos dirigeants ont commis de graves erreurs, d’autres ont posé des actes repréhensibles, mais est-ce une raison de les diaboliser à outrance comme nous le faisons aujourd’hui? Je ne crois pas.

 

Quand j’étais plus jeune, j’entendais de la bouche de certains de mes aînés que Lumumba était un malade mental, un individu deconnecté de la réalité; Kasavubu, un poltron; Mobutu, le diable en personne; Tshombe, le valet des Belges; Tshisekedi, grand opposant pour les uns, aventurier pour les autres, assasin pour d’autres encore. Aucune nuance. Et ça n’en finit pas. En fait, tout dépend d’où l’on se situe. Nous avons écrit une grande partie de notre histoire sur la base de nos accointances, des rumeurs et de ce que disent les autres (les médias étrangers, les idéologues, etc.).

 

Qu’allons-nous apprendre à nos enfants? Oui, nous avons eu des dirigeants qui avaient leurs bons et mauvais côtés. L’important pour nous tous est de chercher à comprendre ce qui s’est réellement passé, connaître les forces et les faiblesses, comprendre les erreurs de chacun de nos dirigeants afin d’agir avec prudence et sagesse pour le bien-être de la postérité. Un peuple qui ignore son histoire est appelé à la revivre. Et ça fait des années que nous la revivons. Dites-moi : un enfant scolarisé (qui réussit dans la vie) par un père soulard qui le battait à longueur de journées, a-t-il raison de dire de ce père qu’il est le plus mauvais papa qui existe sur terre? Je bois mon lait…

 

Patrick Mbeko

 



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1 commentaire

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  1. Mylandou lysias
    Mylandou lysias 11 juin, 2012, 11:15

    Je suis profondément touché par ton raisonnement. Oui, il nous faut écrire notre écriture de toutes les façons pour la transmettre de génération en génération.
    Nos dirigeants méritent une place dans nos musées. Question de dire notre passé qui est notre identité.
    Personne n’est exempt de mauvais côté. Et ce mauvais côté, généralement est du par la mauvaise compréhension du temps et l’espace dans lesquels ils ont évolué.

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