Les familles polygames gardent leur place dans l’Afrique du Sud d’aujourd’hui

Les familles polygames gardent leur place dans l’Afrique du Sud d’aujourd’hui

Jacob Zuma lors de son mariage traditionnel zulu avec l’une de ses épouses, le 5 janvier 2007, en Afrique du Sud © AFP/Archives

Les familles polygames et fières de l’être, comme celle du président Jacob Zuma, qui prendra une quatrième épouse ce week-end, gardent leur place dans l’Afrique du Sud d’aujourd’hui, mais le foyer à l’occidentale prédomine dans ce pays très christianisé.

Le président Zuma a beau jeu de défendre la polygamie comme sa « part de culture » africaine et une manifestation de solidarité familiale avantageuse pour la société: « Il y a beaucoup d’hommes politiques qui cachent leurs maîtresses et leurs enfants pour pouvoir se dire monogame. Je préfère être franc« , aime-t-il ainsi à dire.

Mais il existe peu de familles comme la sienne en Afrique du Sud.

S’il est difficile d’avoir des statistiques récentes, les données concernant la taille des familles sud-africaines sont éloquentes.

Robert Chauke, ses six épouses et quelques uns de ses 26 enfants devant leur maison de Johannesburg, le 18 avril 2012. © AFP Alexander Joe

Un foyer moyen compte désormais moins de quatre personnes, selon des données de 2007 (3,7 personnes, contre 4,5 en 1996) et selon les sociologues, la polygamie est peu répandue, y compris parmi la majorité noire et dans les communautés métisse ou indienne.

Une étude de 2010 montrait que les trois-quarts des Sud-Africains désapprouvent la polygamie et que 83% des femmes sont hostiles à cette coutume.

Marginales, les familles polygames sont néanmoins parfaitement reconnues par la Constitution.

Adoptée en 1996, la loi fondamentale sud-africaine s’attache en effet à ménager un équilibre entre plusieurs principes.

D’une part l’affirmation de l’égalité des femmes, née d’une volonté de rompre avec l’esprit patriarcal et machiste dominant la société sud-africaine du temps de l’apartheid.

D’autre part, le souci d’éviter toute discrimination entre les différents modes de vie dans une société éminemment composite, creuset de descendants de colons néerlandais, français, britanniques, d’immigrants juifs, indiens et d’Africains, qui lui vaut le surnom de « nation arc-en-ciel ».

« satisfaire tous les besoins de sa famille »

La Constitution accorde donc une parfaite égalité en droits entre homme et femme, place les homosexuels sur un strict pied d’égalité, mais autorise aussi l’existence d’un droit coutumier permettant la polygamie.

Les familles polygames, qu’elles soient de tradition musulmane ou bantoue, ont ainsi parfaitement leur place et peuvent vivre au grand jour comme Robert Chauke, heureux mari de six épouses et père de 26 enfants, rencontré par l’AFP chez lui dans sa township d’Orange Farm, près de Johannesburg.

Garé devant la maison, le minibus de 22 places servant de voiture familiale résume son bonheur conjugal, et son opinion sur la polygamie.

« C’est une bénédiction divine », affirme ce quinquagénaire, dont le père avait lui-même quatre épouses et le grand-père, sept.

Il subvient aux besoins de sa petite tribu grâce à une taverne et ses prestations comme chanteur dans un groupe musical traditionnel Tsonga.

Ses six épouses, âgées de 25 à 44 ans, vivent avec lui sous le même toit et il partage leur couche à tour de rôle. Son fils aîné a 28 ans, et le cadet est un bébé de 10 semaines.

Robert Chauke et certains de ses 26 enfants, le 18 avril 2012 devant leur maison de Johannesburg © AFP Alexander Joe

« Aucune de mes femmes ne travaille, je les aime toutes, elles vivent avec moi dans cette maison et nous formons une grande famille heureuse« , ajoute cet homme, qui ne verrait pas sans déplaisir s’agrandir sa progéniture encore un peu.

Josephina, sa première épouse, confie que c’est elle qui a encouragé son mari à épouser sa propre soeur cadette « pour que nous puissions être tous en famille et qu’elle puisse élever ses enfants dans un cadre familial ».

Quant à M. Zuma, « il n’y a rien de mal à ce que le président se marie avec autant de femmes. S’il le peut, il peut », estime cet Africain.

« Etre un homme n’est pas une question d’argent. Tout est dans la tête. La question est de pouvoir s’occuper et satisfaire tous les besoins de sa famille. Assez clairement, notre président en a la capacité », ajoute-t-il.

 

©AFP

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