« Les Maliens sont très tristes »

« Les Maliens sont très tristes »

A Bamako la capitale, d’immenses affiches en disent long: sur la carte du Mali des larmes coulent du Nord, tandis que le Sud est recouvert d’un grand point d’interrogation. Dans le sillage de la rébellion du peuple touareg qui a débuté en janvier, les extrémistes islamistes du groupe Aqmi, affilié à Al Qaïda, et leurs alliés d’Ansar Dine ont pris le contrôle de plusieurs, mais pas toutes les villes du Nord. Un coup d’État militaire à Bamako menée par le capitaine Amadou Sanogo contre le chef de l’État, le président Touré (un civil) a fait empirer la situation.

Koert Lindijer

Sanogo a été contraint par la CEDEAO, l’organisation régionale ouest-africaine, de se retirer en faveur d’un gouvernement civil intérimaire, mais derrière la scène, il est toujours celui qui tire les ficelles. «Les Maliens sont très tristes», la célèbre chanteuse Oumou Sangare me l’a dit. Après quoi, elle a chanté une puissante chanson : «Nous avons besoin de la paix, nous avons besoin de la paix pour chanter et danser».

Un pays paralysé

Personne n’a une vision claire de l’avenir politique immédiat du pays et personne ne sait comment l’armée nationale faible et démoralisée peut reprendre le Nord à des rebelles bien armés et bien financés. Le pays est paralysé. Et pour empirer les choses, un nouveau conflit vient de naître entre Sanogo et la CEDEAO. Sanogo veut un congrès national de toutes les forces politiques pour savoir qui présidera aux destinées du pays jusqu’à la tenue de nouvelles élections. La CEDEAO menace de nouvelles sanctions si le gouvernement intérimaire actuel ne reste pas en place.

«Chaque jour qui passe et que l’incertitude règne à Bamako sera un bonus pour les islamistes radicaux qui contrôlent le Nord», affirme un diplomate en poste à Bamako. L’argent est ce qui, dans une large mesure, détermine les relations de pouvoir dans le Nord. L’Aqmi, qui tire son origine en Algérie, contrôle les routes de contrebande à travers le Sahara depuis de nombreuses années. Pendant très longtemps, ces routes étaient au centre des affaires dans cette vaste région, mais alors que dans le passé c’est le sel et l’or que l’on échangeait, les produits sont maintenant les drogues, les armes et les émigrants qui tentent d’aller en Europe. La prise en otages de touristes occidentaux a sans doute permis à Aqmi de se faire des millions de dollars.

Une résistance de longue date

La chute l’an dernier de Kadhafi, le leader de la Jamahiriya libyenne, a dû sérieusement modifié les relations de pouvoir. Les mercenaires touaregs dans son armée sont retournés au Mali avec des armes très lourdes. Depuis le début du siècle dernier, les Touaregs résistent à l’autorité centrale, d’abord ils se sont battus contre les Français, puis après l’indépendance contre le nouveau gouvernement à Bamako. Lorsque leur mouvement, le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) a déclaré l’état indépendant de l’Azawad au cours du mois dernier dans le Nord, cela est apparu comme leur ultime victoire. Ils sont considérés comme des libérateurs dans la ville de Kidal, où les Touaregs constituent la majorité.

Mais dans d’autres villes comme Gao et Tombouctu ils furent rattrapés par les fanatiques religieux de l’AQMI et le mouvement islamique Touareg d’Ansar Dine. «Le MNLA est une coquille vide maintenant», affirme Chahana Takiou, journaliste indépendant et spécialiste du Nord. Beaucoup de rebelles touaregs ont changé de camp pour rejoindre l’Aqmi, parce que l’Aqmi a de l’argent Beaucoup de Maliens déplacées du Nord disent maintenant que le les combattants du MNLA se livrent au pillage, tandis que les soldats de l’AQMI et d’Ansar Dine sont disciplinés et essayent de rétablir l’ordre.

Le régime draconien d’Ansar Dine

Boubacar Traoré, est assis sous un grand arbre à Mopti, une ville autrefois au cœur du Mali, mais maintenant sur la ligne de front entre le Nord et le Sud. Au début du mois d’avril, il a fui son village de Hombori dans le Nord. Il allume une cigarette. «Ce n’est plus possible à Hombori», dit-il, «Fumer est interdit par Ansar Dine, comme l’alcool, les jeux de hasard et la musique». Il a enregistré une petite vidéo sur son mobile lorsque les radicaux musulmans sont entrés dans sa ville.

Un des leaders d’Ansar Dine appelé Oumar s’adresse aux habitants et dit: «Nous avons été trompés par le MNLA. Nous avons arrêté certains de ces rebelles et nous allons les tuer s’il le faut. Nous voulons faire appliquer la charia sur l’ensemble du Mali, et alors tous nos problèmes seront résolus.

Dans la capitale, Dine Ansar installe la peur dans le cœur de la majeure partie de la population, qui, historiquement n’est pas habituée aux courants extrémistes de l’Islam. Ousmane Cherif Haidara est l’imam de la grande mosquée dans la région de Banconi. «Nous craignons pour nos vies lorsqu’ils viendront vers le sud. Il n’y a plus d’autorité au Mali. Tout le monde devrait avoir peur d’Ansar Dine, même dans les pays voisins. Nous avons peur des attentats à la bombe, comme ce Boko Haram fait au Nigeria». A-t-il peur que même sa mosquée pourrait être prise pour cible? Il rit et dit: «Non, ma mosquée est protégée par Allah».

Et la chanteuse Oumou Sangaré, a-t-elle peur que le type unique de la musique malienne est en danger à cause d’Ansar Dine? De la même puissance avec laquelle elle chante ses chansons, elle dit: «Non, notre musique ne mourra jamais. Si la musique meurt, les Maliens vont mourir ».

Source : rnw.nl


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