Les raisons de l’acharnement de la CPI contre Omar al-Bashir

Omar el-Béchir, président du Soudan la CPI ne parvient pas à exécuter le mandat d'arrêt contre lui

Omar el-Béchir, président du Soudan. La CPI ne parvient pas à exécuter le mandat d’arrêt contre lui.

Vous avez tous appris que la justice sud-africaine, saisie par une ONG sortie d’on ne sait quel trou, a rendu une ordonnance provisoire empêchant le président soudanais Omar al-Bashir, poursuivie par la Cour pénale occidentale (CPI) pour crimes contre l’humanité et génocide, de quitter le pays. Voici donc les raisons profondes de l’acharnement de cette Cour occidentale contre le chef de l’État soudanais. (Extraits du livre de Patrick MBEKO, Le Canada dans les guerres en Afrique centrale, 2011).

<< Le Soudan est trop précieux aux yeux des stratèges américains et occidentaux. Il possède du pétrole, exploité en grande partie par la Chine qui est devenue son principal partenaire. Et les États-Unis veulent leur part du gâteau. Sachant que 70 % de la manne pétrolière se trouvent au Sud-Soudan, les Américains peuvent se dire qu’avec la sécession et la délimitation définitive du Sud-Soudan, ils pourront plus facilement exploiter le pétrole dans la région. Pis, ils continueront au Darfour, dont la déstabilisation a déjà été amorcée par l’Empire et ses laquais pour définitivement le détacher de ce qui restera du Soudan demain. Les Israéliens, qui opèrent aux côtés des Yankees dans l’affaiblissement du Soudan, ne s’en cachent d’ailleurs pas. Avi Dichter, ancien patron du Shin Bet et actuel ministre de l’Intérieur de l’État hébreu, a déclaré lors d’une conférence, le 4 Septembre 2008, à l’Institut de recherche pour la sécurité nationale d’Israël qu’«il est important que le Soudan n’arrive pas à se stabiliser durablement.» Maintenant qu’Israël et les USA ont réussi à fractionner le Soudan par le Sud au terme d’un référendum fortement encouragé par les services de deux pays, le ministre israélien juge qu’il faut jouer sur le Darfour, le déstabiliser en créant et en entretenant le chaos comme ce fut le cas au Sud-Soudan, pour ainsi empêcher le pays de recouvrer sa stabilité. « Il faut, explique-t-il, jouer sur les conflits ethniques et confessionnels et prolonger ainsi la profondeur stratégique d’Israël… Il faut que nous parvenions à ancrer l’idée que le Darfour, comme le Sud-Soudan, a droit à l’indépendance, ou du moins à l’autonomie; et ainsi mettre un terme à la capacité d’influence de Khartoum. Nous devons à cet égard mettre à profit le rôle des États-Unis, lesquels exercent une influence efficace. »

[…] Le fait est qu’en s’amarrant d’autant plus volontiers au Soudan du Sud, qu’il s’agit d’un pays chrétien, donc potentiellement dépassionné vis-à-vis du conflit israélo-palestinien, l’État juif s’assure un pouvoir de contrôle non négligeable dans une zone porteuse d’instabilité. Le régime de Khartoum est réputé très proche du Hamas et du Hezbollah libanais. Cela a certainement joué un rôle dans le rapprochement entre Juba et Tel-Aviv. Mais l’enjeu est de taille pour l’État hébreu. Car, en filigrane, se joue aussi une sourde bataille d’influence avec la République Islamique d’Iran, principal bienfaiteur du Hamas et du Hezbollah. Preuve que le régime des mollahs ne compte pas céder du terrain à son ennemi intime dans l’Est de l’Afrique, le président Mahmoud Ahmadinejad s’est rendu il y a peu à Khartoum, où il a réaffirmé, aux côtés de son homologue soudanais Omar Al-Bachir, que les deux pays demeuraient plus que jamais unis pour « défendre l’islam face aux pressions occidentales. »

[…] La déstabilisation du plus grand pays du continent africain est un objectif stratégique de l’État hébreu, « car un Soudan stable et fort renforcerait les Arabes et leur sécurité nationale » fait observer le journaliste égyptien Galal Nasser. C’est dans cette même logique déstabilisatrice qu’il faut interpréter le mandat d’arrêt pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et génocide lancé par la Cour Pénale Internationale (CPI) contre le président soudanais Omar Al-Bashir en 2009. Le plus curieux dans l’histoire, c’est qu’un rapport des Nations Unies déposé devant le Conseil de sécurité en 2004 avait conclu que le gouvernement du président Bashir n’avait pas commis de génocide au Darfour mais plutôt des abus graves des droits humains. Il faut comprendre ici que l’inculpation pour crime de génocide n’est pas innocente. Loin de là. En fait, la reconnaissance internationale du « génocide » dans le conflit soudanais, comme le veulent à tout prix Washington et Tel-Aviv, ouvrirait la possibilité d’une intervention énergique pour un changement de régime par l’OTAN et de fait, par Washington dans les affaires intérieures du Soudan. La surenchère des déclarations catastrophistes sert des agendas obscurs qui n’ont rien à voir avec le bien-être des Soudanais en général et des Darfouris en particulier. >>

Patrick Mbeko

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Patrick Mbeko

L'analyste des questions géopolitiques.


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