L’histoire de l’hégémonie culturelle occidentale dans laquelle baignent les Africains.

L’histoire de l’hégémonie culturelle occidentale dans laquelle baignent les Africains.

Je ne cesserais jamais de le dire : tant que les Africains liront l’histoire dans le sens de ceux qui, en Occident, prétendent être les « maîtres du monde », la situation socio-politique et économique de leur continent, déjà calamiteuse, ne changera pas. Bien au contraire, elle s’empirera. En fait, tout est question de paradigme. Lorsqu’un Africain aborde une problématique africaine, il part très souvent d’un paradigme qui est extra-africain, ce qui fait que tout ce qui suit dans le raisonnement l’est également. La plus grande erreur de l’intelligentsia africaine, surtout celle ayant évolué dans les universités occidentales, réside dans sa conception bancale du monde dans lequel nous évoluons. Le cadre de référence de la plupart des diplômés africains est le modèle occidental.

Les Africains veulent développer l’Afrique en appliquant les théories économiques libérales, ils ont adopté cette chose qu’on appelle « démocratie » alors qu’en Occident même, de plus en en plus de voix s’élèvent pour fustiger la supercherie des élites dans le fonctionnement de cette démocratie, pour ne pas dire démon-crature. Beaucoup d’Africains ne comprennent pas que le modèle politique occidental ou démocratie, c’est selon, symbolise, en réalité, un modèle vicieux dans lequel le pouvoir, le vrai (je parle ici des financiers, des banquiers…) est concentré entre les mains d’une minorité des privilégiés. Difficile de s’en apercevoir car les instruments  (médias et autres systèmes d’endoctrinement, qui parfois, passent par les institutions académiques) mis en place par cette minorité pour conditionner les masses sont extrêmement puissants. Le concept de « démocratie » tel que nous l’impose l’Occident, se heurte à une réalité simple : la diversité de l’humanité. Oui chers amis, l’humanité n’a rien d’homogène. Elle est totalement hétérogène. Et on voudrait substituer à cette hétérogénéité quelque chose d’homogène. Cette globalisation de la démocratie est-elle même concevable ? Ce qu’on appelle « démocratie » ne peut se vivre de façon identique d’une société à une autre. Mais l’on s’est servi de cette vague conception d’un besoin de démocratie en spéculant sur l’adhésion des masses à une idée qui leur paraît séduisante, parce qu’après tout,  il serait agréable que les Chinois, comme les Arabes et/ou les africains obéissent aux  mêmes lois, aux mêmes règles, sans réfléchir sur le fait que leur histoire et leur environnement physique n’ont aucun rapport, et qu’ils ont été façonnés totalement différemment au cours des siècles.

 À chaque fois que je défends le bilan socio-économique de la Libye sous Kadhafi, il y a un nègre quelque part pour me rappeler ses soi-disant « 40 ans de pouvoir ». J’ai beau expliqué à plusieurs compatriotes africains, encore aliénés, que la Libye est le seul pays africain à avoir mis en place, après une révolution culturelle réussie, un système de gouvernance unique en son genre, lequel repose essentiellement sur ses us et coutumes, mais rien n’y fait. Car pour la plupart de ces Africains qui ne s’offusquent pas des règnes illimités dans les monarchies occidentales, les « 40 ans de Kadhafi » sont simplement inacceptables. Peut-être mais qui a dit que Kadhafi était le chef de l’État libyen ? Voici ce que dit la journaliste Helen Shelestiuk, une occidentale, à propos du modèle libyen sous Kadhafi: « La Libye, qu’on décrit comme une dictature militaire de Kadhafi est en réalité l’État le plus démocratique du monde. En 1977 y a été proclamée la Jamahiriya qui est une forme élevée de démocratie où les institutions traditionnelles du gouvernement sont abolies, et où le pouvoir appartient directement au peuple à travers ses comités et congrès »… Ce modèle était-il parfait? Bien entendu Non. Mais un grand pas était franchi et le peuple libyen s’y retrouvait. Ce système tribal avait comme socle l’âme de la culture libyenne.

 L’Africain veut ressembler à l’Occidental sur plusieurs points. Il a intériorisé son modèle socio-économique et politique. L’ironie dans l’histoire, c’est qu’il s’estime encore libre. Souvent, nous reconduisons le discours dominant et convenu de l’Occident, sans un minimum d’esprit critique. « Gramsci, à propos de l’hégémonie culturelle, disait que si vous occupez la tête des personnes, leurs cœurs et leurs mains suivront. Le système dominant n’a pas oublié cette leçon et a créé une nouvelle narration de l’histoire pour raconter et légitimer sa domination et ce qui est en train de se passer dans le monde. » (R. PETRELLA, Pour une nouvelle narration du monde, Montréal, Ecosociété, 2007, p.21 cité par J-P Mbelu).

Au moment où les Africains s’efforcent d’appliquer ce qu’ils considèrent comme le meilleur modèle de gouvernance au monde, c’est-à-dire la démocratie occidentale,  de plus en plus de voix s’élèvent dans les sociétés occidentales pour questionner les fondements de cette démocratie. Dans leur livre Tondus comme des moutons: La paupérisation des classes moyennes, paru chez Buchet-Chastel, Alain Germain et Edmond-Henri Supernak font observer que «le politique est devenu ce théâtre de marionnettes sur lequel les démocraties occidentales perdent une énergie considérable à espérer un changement, changement qui n’arrivera jamais. Et pour cause […] La majorité des citoyens ne s’est pas encore rendu compte qu’elle se trompait de cible. Les politiques ont beau changer au gré des élections, le financier reste. » Ce que ces auteurs font valoir ici est que, contrairement aux idées répandues, les détenteurs du pouvoir en Occident se révèlent être des gens qui vivent dans l’ombre et qui peuvent se permettre n’importe quel écart sans rendre de compte à personne. L’ancien président français François Mitterrand n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour révéler à sa femme Danielle que « être président, ne sert pas à grand-chose dans ces sociétés sujettes (occidentales), soumises au capitalisme. » L’enquête des journalistes français Christophe Deloire et Christophe DuboisCircus Politicus, Albin Michel, 2012) est encore beaucoup plus troublante.

 Est-ce cela que nous voulons dans nos sociétés africaines? Pourquoi ne sommes-nous pas, par exemple, capables de réfléchir sur notre système politico-économique pré-colonial, et le cas échéant, l’adapter à nos réalités d’aujourd’hui? Tout n’est pas mauvais dans le modèle occidental, loin de là ; mais est-ce une raison de l’embrasser sans recul tout en rejetant ce qui a, depuis longtemps, constitué l’âme de ce que nous sommes vraiment : notre culture?

En fait, si les Africains ont comme cadre de référence l’Occident, c’est simplement parce qu’ils considèrent, sans s’en rendre compte, qu’ils ont commencé à exister depuis l’arrivée du colon ; une existence qui a pris forme avec la colonisation. Voilà pourquoi des idéologues occidentaux se permettent d’écrire dans les livres qu’ils enseignent à leurs enfants et à nous que « tel explorateur a découvert telle partie du monde, tel individu a découvert les noirs de telle partie d’Afrique » et j’en passe. Comme pour dire qu’avant l’arrivée des explorateurs blancs en Afrique, nos fleuves et nous, n’existions pas. Les Indiens d’Amérique non plus. Voilà pourquoi on nous a foutu dans le cerveau que « Christophe Colomb a découvert l’Amérique en 1492. » Nous étions si fiers de reprendre une telle absurdité lorsque nos professeurs nous posaient la question de savoir « qui a découvert l’Amérique ? ». « Mais c’est de cette manière que l’on a supprimé des groupes entiers, nous rappelle le grand scientifique Check Anta Diop. On vous nie en tant qu’être moral. On vous nie en tant qu’être culturel. On ferme les yeux, on ne voit pas les évidences. On compte sur votre complexe, votre aliénation, sur le conditionnement, les réflexes de subordination, et sur tant d’autres facteurs de ce genre. Et si nous ne savons pas nous émanciper d’une telle situation par nos propres moyens, mais il n’y a pas de salut. On mène contre nous le combat le plus violent, plus violent même que celui qui a conduit à la disparition de certaines espèces. »

 Un conseil : méfiez-vous des Africains endoctrinés, car ils sont plus dangereux que les colons d’autres fois.

Par PATRICK MBEKO

Patrick Mbeko

Patrick Mbeko

L'analyste des questions géopolitiques.


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1 commentaire

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  1. macktchicaya
    macktchicaya 4 février, 2015, 19:13

    Chapeau à Patrick MBEKO, pour cet élément aussi édifiant car ton texte dit tout je n’ai rien à ajouter. Le peuple d’Afrique devra changer de paradigme et retrouver l’essentiel de son être car à présent nombreux sont corrompus.

    La culture occidentale n’est pas plus que celle de l’Afrique sauf que le niveau de l’évolution des sociétés occidentales est plus en avance.

    Il n’y a pas de confusion à faire à ce niveau là. Les acculturés tant pis le vrai africain est fier de sa culture basée sur le bien solidaire et la collectivité. Il ya des imperfections certes qui peuvent être corrigées car avec le croisement des cultures l’on apprend chez autrui ce qui manque chez soi.

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