[Livre] Omar BA: L’Europe est un mythe

[Livre] Omar BA: L’Europe est un mythe

[GARD align= »center »]

Omar Ba

Omar Ba

En France depuis plusieurs années, Omar Ba fait partie des jeunes qui veulent reprendre le flambeau de la culture africaine à travers le monde. Il vient de publier son dernier livre intitulé, « L’Europe est un mythe ».  Dans l’ouvrage, l’auteur tente de sensibiliser les jeunes africains sur les réalités européennes tout en les invitant à prendre davantage conscience des richesses de l’Afrique. Dans cet entretien accordé à ŒildAfrique.com, Omar Ba reviens sur les raisons qui ont motivé la publication d’un tel ouvrage au moment où l’Afrique et l’Europe conjuguent leurs efforts pour stopper l’émigration clandestine.

Œildafrique.com : Le titre de votre dernier livre c’est « L’Europe est un mythe », n’est-il pas provocateur ?

Omar BA : Le titre est volontairement provocateur mais dans le fond, il ne l’est guère. L’idée qu’on se fait de l’Europe quand on n’a jamais quitté le Sénégal est à mille lieux de la vraie réalité. Le mythe a été entretenu pendant des décennies par des médias qui montraient le meilleur de l’Europe apposé à des images relatant une Afrique aux abois. Ce choc des images a grandement contribué à alimenter le mythe. S’y ajoute que nombre d’immigrés restaient silencieux sur la vraie vie qu’ils menaient dans les pays du Nord. Aujourd’hui avec la crise et Internet, les choses évoluent. Les jeunes sont de plus en plus au courant de ce qui se passe dans le Nord. Mais cela ne les empêche pas d’avoir la ferme volonté de quitter le pays. C’est dire que le problème est bien plus profond. D’autres ouvrages, dont je suis l’auteur, l’ont précédé, sur le même sujet. L’idée était de parler de l’immigration d’une autre manière, loin des hypocrisies, des faux-fuyants et des doubles discours. Avec ce livre, je voulais attitrer l’attention sur le fait que certes l’immigration apporte beaucoup à notre pays mais on ne pouvait pas compter sur elle seule pour nous sortir de l’ornière. En plus, j’ai trouvé anormal que des jeunes payent entre 2 et 4 millions de francs Cfa pour aller se constituer clandestins dans les pays du Nord où leur dignité est bafouée tous les jours et où aucun respect ne leur est accordé. Je ne pouvais garder le silence sur cet état de fait scandaleux. Ce livre était un appel à la prise de conscience et à la dignité ! On n’a pas besoin d’avoir une science infuse pour savoir que cet Eldorado n’est qu’un leurre. C’est à nous de faire de notre pays un havre de paix et de prospérité au lieu de rester sur une idée de l’Europe qui ne fait que nous empêcher de voir les réelles potentialités sous nos yeux. En effet, quand on est obnubilé par les lumières de l’Occident, on n’a même pas le temps d’explorer les opportunités grandissantes qui s’offrent à nous chez nous. Et c’est ce qu’a réussi cette idée d’eldorado dans la tête de nombre de nos jeunes.

Tout récemment, il y a eu ce drame de Lampedusa qui a été condamné par toute la communauté internationale. Selon vous, qui est responsable de ce crime odieux ?

Omar BaLes responsables sont d’abord les odieux passeurs qui entassent de malheureux individus dans de frêles barques. Mais en poussant la réflexion plus loin on voit bien que les responsabilités sont aussi ailleurs. D’abord l’Europe qui n’a eu de cesse de se barricader, pensant que telle est la solution aux flux migratoires. Le fait est que l’Europe n’a pas de politique migratoire cohérente. Elle a une politique de lutte contre l’immigration clandestine, ce qui n’est qu’une petite facette du problème. L’Europe c’est 50 mille kilomètres de frontières et on pense régler le problème en laissant les pays qui forment cette frontière seuls face à la déferlante migratoire. C’est une erreur gigantesque qui coûte la vie à de pauvres malheureux. Mais je ne serai pas honnête si je ne pointais pas du doigt les dirigeants africains. En début décembre 2013, dix d’entre eux ont répondu présents à un sommet qui traitait de la sécurité et de la paix en Afrique. Je crois que l’urgence et la cohérence voudraient qu’on se penche avec la même vigueur sur la question migratoire, qui cause tant de tort à nos familles et à nos sociétés. La crise a d’ailleurs exacerbé leur désir de fermer leurs frontières. L’étranger est vu comme la source de tous les maux. Il sert souvent de bouc-émissaire à tout ce qui ne va pas. Certains hommes politiques en jouent à l’approche de chaque échéance électorale. C’est particulièrement vrai en France. A part cela je pense qu’il n’existe pas de politique migratoire globale qui inclue une sérieuse politique de développement des pays du Sud et donc l’implication de ces derniers. On décide au Nord et on impose au Sud. Cela ne s’appelle pas « politique migratoire ». L’Europe continuera à se barricader (même si tout indique que sa population vieillissante a besoin de bras valides venus du Sud). C’est pourquoi je salue la décision des autorités sénégalaises d’imposer un visa à tous les pays européens qui en demandent aux Sénégalais. Il ne s’agit pas simplement d’une question de dignité nationale ; il s’agit surtout de rétablir un équilibre au moins dans ce domaine même si dans bien d’autres nous continuons à subir.

[GARD align= »center »]

Quelle est la part de responsabilités des dirigeants africains dans l’explosion du nombre de jeunes qui veulent braver l’océan pour l’Europe ?

Si les jeunes avaient des perspectives réelles chez eux, ils n’auraient pas les yeux continuellement rivés sur un ailleurs incertain. C’est la faillite de tout un ensemble de politiques et le discrédit de la parole publique qui poussent de plus en plus d’individus à ne plus croire en une réussite dans ce pays. C’est pourquoi quand on pointe du doigt l’attitude des pays du Nord, je souhaite mettre aussi à l’index des hommes et femmes politiques qui demeurent incapables de construire un cadre propice à la prospérité personnelle et collective des Sénégalais. Ils ont, par cette incompétence chronique, une grande part de responsabilité dans le massacre que constitue l’immigration clandestine. S’agissant du Sénégal, gageons que le changement de régime intervenu il y a deux ans puisse faire évoluer les choses mais rien ne permet cet espoir pour le moment.

Propos recueillis par Adama COULIBALY
Œildafrique.com


Tags assigned to this article:
culturelivreOmar Ba

Related Articles

« Kasala », le griot, et la mort, avant tout et d’abord la culture

[GARD align= »center »] Beaucoup parmi nous ont l’habitude, et je le dis pour ceux qui en sont conscients, même si un

Exhibit B: Nègre face à la Culture dominante

 [GARD align= »center »] Ce matin.. Samedi 29 novembre 2014, 6 heures et quelques minutes affichées sur l’écran de mon téléphone.. j’ai

La S.A.P.E en exposition à Paris

[GARD align= »center »] « Ô Dieu de la S.A.P.E. […], Pardonne à tous ceux qui ne savent pas s’habiller […], tous ceux

1 commentaire

Espace commentaire
  1. Audet Bibila
    Audet Bibila 20 janvier, 2014, 20:00

    très bonne initiative, tous les africains en ont besoin

    Répondre à ce commentaire

Espace commentaire

Votre e-mail ne sera pas publié
Required fields are marked*