Madagascar : De l’échec politique au désastre socio-économique

Madagascar : De l’échec politique au désastre socio-économique

[dropcap font= »times »]D[/dropcap]epuis le renversement de Marc Ravalomanana en 2009  par une insurrection politico-militaire, le pays  rame à contre courant et patauge dans une crise aiguë et persistante aux ramifications internationales ; ce  au grand dame du peuple malgache qui paie le plus lourd tribut de cet imbroglio politique qui jour après jour voit se  détériorer  le tissu économique de  la grande île.

En effet, l’impasse politique  sans issue dans laquelle Madagascar est plongé depuis la prise du pouvoir par Andry Rajoelina qui n’a ménagé aucun effort pour créer les conditions de sa participation comme candidat à la prochaine présidentielle malgré les accords concluent  entre les différentes mouvances politiques Malgaches qui excluaient d’office les principaux protagonistes de la crise  à savoir l’ancien président  Ravalomanana et l’actuel homme fort de Tana .ce volte face politique de l’actuel président de la haute autorité de transition Andry Rajoelina qui en janvier 2013 déclarait solennellement devant la nation  ne pas être candidat à la présidentielle ,figurait à   la surprise générale  parmi les candidats à l’élection présidentielle tout comme l’ex première dame et l’ancien président Didier Ratsiraka .Cette situation a conduit le premier ministre Malgache à convoqué en son temps sans succès notable  un conclave en vue de trouver une issue à l’impasse politique le 3 juin passé. Comme il fallait s’y attendre le conclave à butté sur la question du retrait des candidatures malgré l’ accord trouvé pour que la Cour électorale spéciale revoit la liste des candidats en  excluant les trois principaux .cet accord a été  signé par la majorité des participants au conclave , mais rejeté par deux des trois candidats à l’origine du blocage. C’est dans ce contexte qui plus est le conclave a introduit  une requête au niveau de la Cour électoral spéciale  par rapport aux incriminés et leur éventuel remplacement, expliquait Sylvain Rabotoarisone, le président du comité de réconciliation malgache, qui a dirigé le conclave. Si jamais un candidat se retire, qu’on lui laisse la possibilité de se faire remplacer par un membre de sa mouvance ». Il sied de noter toutefois que les représentants du candidat et président de la transition Andry Rajoelina ont signé les résolutions, « sous réserve » que d’autres candidatures que la sienne soient écartées. Les représentants de Lalao Ravalomanana et Didier Ratsiraka eux  ont rejeté l’accord.

Le 26 juin, lors de la célébration du 53 eme anniversaire de la célébration de la fête nationale, le président de la transition Andry Rajoelina déclarait au sortir du dîner offert à cet effet que «L’heure n’est plus aux questions de candidature, je pense qu’il est temps maintenant de se pencher sur les projets de société et les programmes de chaque candidat. Autrement, on se livre à de faux-débats. En effet, nous nous attardons sur des questions de personnalité. Pourquoi ne parle-t-on pas de Madagascar en général et de son avenir au lieu de se focaliser sur une personne ou un candidat ? Je ne cesserai pas de transmettre à tous les Malgaches qu’il nous appartient de défendre cette liberté de choisir qui ne se négocie pas. J’ai fait des déplacements dans certaines régions de Madagascar et j’ai constaté que c’est d’élections que les Malgaches ont soif »

Face à cet imbroglio, la SDAC avait déjà tiré la sonnette d’alarme et obtenu en son temps le soutien l’Union Africaine et du  reste de la communauté internationale qui exprimerait  son refus catégorique  de reconnaître l’élection présidentiel au cas où les trois candidats issus des différentes mouvances à l’origine de l’impasse persistaient à maintenir leur candidature. Cette annonce ne fait guère reculé le président  Rajoelina qui lui semble faire la sourde d’oreille ; ainsi déclare t-il : « Nos ancêtres ont lutté pour cette indépendance, pour la liberté de choisir, pour la liberté de maitriser nos richesses. Je constate que si Madagascar est tant convoité, c’est parce qu’il y a beaucoup de raisons à cela. Je suis convaincu qu’il est possible de développer Madagascar avec ses propres richesses mais pour cela, il faut tout simplement une solidarité entre les politiques malgaches. Personnellement, je trouve que la jalousie, l’égoïsme et la haine constituent les principaux blocages de ce pays car des personnes malintentionnées ne cessent de se mettre les bâtons dans les roues. Mais les élections restent la voie la plus démocratique pour résoudre cette crise. Et j’exhorte tous les responsables à s’atteler à l’organisation des élections car c’est ce qui est le plus important pour le dénouement de la crise ».

Conséquences  économiques

   Par ailleurs, l’impasse et l’imbroglio politique qui secoue la grande île ,menace sérieusement le tissu économique du pays .Selon un récent rapport la banque mondiale dont nous nous sommes procuré une copie ,il ressort que  à Madagascar  depuis quatre ans et demi de crise politique  l’économie et la population malgaches paient un lourd tribut .

  • Plus de 92% de la population vit avec moins de deux dollars par jour et le taux de pauvreté a fortement augmenté
  • Seule une sortie durable de l’impasse politique permettra au pays de renouer avec la croissance et le développement.

Ainsi, il serait loisible de faire remarquer que, Madagascar est un pays dont le potentiel économique est énorme. Avant la crise, la croissance économique de Madagascar était en moyenne de 5% par an. Toutefois, pendant la période 2009-13 la croissance a été nulle. En prenant comme référence une croissance annuelle de 5%, le PIB en 2013 aurait été de 20% au-dessus de son niveau actuel, ce qui aurait représenté 8 milliards de dollars supplémentaires pour l’économie malgache.

La crise politique a éclaté en 2009 lorsque Andry Rajoelina (alors maire d’Antananarivo, la capitale) a pris le pouvoir de manière non constitutionnelle, fait rejeté par la communauté internationale. Cette crise politique et l’énorme incertitude qu’elle fait peser sur les investissements privés ont mis un coup d’arrêt à l’élan économique de Madagascar et les indicateurs économiques et sociaux sont à la baisse.

 Le revenu par habitant a chuté, le pays  a connu une forte croissance démographique (2,9%), la population ayant augmenté de plus de 3 millions de personnes de 2008 à 2013. Avec un revenu national qui stagne, le revenu par habitant en 2013 est retombé à son niveau de 2001. La pauvreté a fortement augmenté: Les premières estimations indiquent que, de 2008 à 2013, la proportion de la population vivant sous le seuil de pauvreté (qui était déjà élevée avant la crise) a sans doute augmenté de plus de 10 points de pourcentage. Aujourd’hui, plus de 92% de la population vit avec moins de 2 dollars PPA (parité de pouvoir d’achat) par jour ce qui fait de Madagascar l’un des pays les plus pauvres au monde. En dépit de l’aide liée à la crise dans les secteurs sociaux, selon les estimations le nombre d’enfants non scolarisés a peut-être augmenté de plus de 600.000. La malnutrition aiguë des enfants reste un problème critique. Dans certaines zones, elle a augmenté de plus de 50%. De nombreux centres de soins de santé ont été fermés, et les parents pauvres ont dû assumer une lourde part du coût de scolarisation de leurs enfants, en raison de la défaillance du financement étatique. Cette évolution hypothèque le bien-être des générations futures. À ce jour, Madagascar ne sera pas en mesure d’atteindre la plupart des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) d’ici 2015, même ceux qui avaient été jugés, avant la crise, potentiellement réalisables (tels que la réduction de la mortalité infantile, l’augmentation du taux net de scolarisation et d’achèvement dans le primaire, ainsi que l’élimination de l’extrême pauvreté).

 Dans le secteur financier, il sied de relever que les finances publiques sont de plus en plus sous pression: Le maintien de la stabilité macroéconomique a dû se faire sous une pression croissante. Les recettes fiscales sont en baisse, la fraude fiscale a augmenté, et la capacité à maintenir le niveau des dépenses globales est remise en cause en raison des pressions politiques, des grèves et des chocs. Même si la gestion macro-économique reste prudente, le transfert des coûts d’assainissement d’une situation fiscale affaiblie au prochain gouvernement est un risque réel.

Somme toute, Madagascar a toujours été compté   parmi les pays les plus pauvres du monde avant même  le début de la crise déclenchée en 2009, et celle-ci n’a fait qu’empirer les choses. La crise que traverse la grande île  détourne l’attention d’un ensemble de défis cruciaux, hypothéquant ainsi l’avenir des citoyens malgaches. Une résolution politique de la crise est donc urgente. Le premier tour des élections présidentielles devait avoir lieu le 24 juillet prochain mais vient d’être reporté au 24 août par le gouvernement de transition ; nous croyons que le compromis politique sera vite trouvé dans l’intérêt supérieur  du peuple Malgache véritable dépositaire du pouvoir.

Rodrigue Fénelon Massala
Oeildafrique.com

 

 

 

Fénelon Massala

Fénelon Massala

Journaliste, Grand Reporter.


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