Mali: Pour qui roule Sanogo ?

Mali: Pour qui roule Sanogo ?
Pour qui roule Sanogo

le président malien, Dioncounda Traoré et le chef de l’ex-junte, le capitaine Sanogo

Y-a-t-il vraiment eu concertation entre le président malien, Dioncounda Traoré et le chef de l’ex-junte, le capitaine Sanogo ? En tout cas, le désaccord persiste entre les deux hommes après la sollicitation officielle de l’aide de la CEDEAO. Cela n’est point de bon augure. Dans sa majorité, la classe politique et la société civile malienne ont approuvé la demande. Réaction peu surprenante de la part d’une coalition de partis opposés au coup d’Etat du 22 mars dernier.

Dans un récent communiqué, elle avait souhaité l’intervention rapide pour libérer le Nord du pays. Le porte-parole adjoint du Front uni pour la défense de la République et de la démocratie (FDR), Mamadou Ladji Cissé, exhorte même le président Dioncounda Traoré à « s’impliquer personnellement pour l’aboutissement de cette requête ». Par contre, ça grogne du côté de Kati. L’ex-junte, repliée dans son quartier général, et des partisans du capitaine Sanogo disent ne pas vouloir de soldats de la CEDEAO sur le sol malien. Kati est plutôt favorable à l’envoi de formateurs et d’appui logistique, notamment aérien. Et exige le déblocage des armes achetées par le régime du président Amadou Toumani Touré (ATT), renversé en mars dernier alors qu’il était en fin de mandat. Les armes seraient retenues, depuis fin juillet, par deux pays membres de la CEDEAO : la Guinée et le Sénégal. Impasse ? Retour à la case-départ ?

L’on commençait à se féliciter d’un possible consensus à Bamako autour du chef de l’Etat par intérim. Pourquoi faut-il que Sanogo et consorts nous ramènent chaque fois en arrière, prolongeant ainsi les souffrances des populations ? C’est de bonne guerre que des activistes politiques se montrent hostiles à l’initiative du président Traoré. Mais une opposition à l’intervention de la CEDEAO n’est pas justifiable aujourd’hui. L’on peut comprendre l’inquiétude des Maliens face à l’éventualité d’un séjour de longue durée d’un contingent armé. Et il est difficile de balayer du revers de la main la sortie du porte-parole des ex-mutins. Un véritable clash qui remet sur le tapis la question de confiance entre Traoré et Sanogo. Visiblement, le capitaine Sanogo est prudent, s’agissant de la gestion des affaires de l’Etat. Jusque-là, en effet, il se tient coi, laissant le soin à un porte-parole de traduire son avis, mais certainement pas le fond de sa pensée. Quel agenda, lui et ses partisans cachent-ils donc ? Et quand le mettront-ils en application ? On ne peut nier la capacité de nuisance du chef des ex-mutins de Bamako.

C’est pourquoi sa réaction était attendue après la requête du chef de l’Etat par intérim du Mali, au président ivoirien, Alassane Ouattara, président en exercice de la CEDEAO. Dans quel intérêt le chef de l’ex-junte se risque-t-il à provoquer une crise dans la crise ? L’homme ayant du pouvoir dans l’armée, on ne peut nier l’importance de composer avec lui et ses partisans. Mais on ne peut leur donner le bon Dieu sans confession ! Et il faut éviter de perdre du temps dans des tergiversations. Leur réaction pourrait traduire la peur panique, au lendemain d’une intervention réussie de la CEDEAO, de se voir éconduire, sinon mâtée. Un tel scénario devrait inciter à donner des assurances aux ex-putschistes quant à leur avenir dans le Mali reconstitué. Est-ce une aberration que de croire un instant que Sanogo roule pour les islamistes ? En tout cas, consciemment ou pas, par ses prises de position, il favorise tout de même les islamistes dans leur avancée. Ils disposent encore d’assez de temps pour affaiblir l’autorité centrale, et distiller leur poison dans l’opinion. Le président Dioncounda et les organes de la transition ne seraient-ils pas à nouveau en danger ? C’est vrai qu’ils ont le soutien de la communauté internationale. Très récemment, le président Yayi Boni du Bénin, également président de l’Union africaine (UA), a encore martelé que jamais l’on n’abandonnera le peuple malien dans cette aventure que tentent de lui imposer des illuminés et des drogués.

Mais à Bamako la lutte pour le pouvoir est loin d’être terminée. Le camp Sanogo tend à montrer que le pouvoir a subitement changé de camp. Ne serait-il pas à la bonne place à Koulouba ? Le capitaine Sanogo serait-il redevenu président à l’insu de tous ? Qui l’aurait donc remis en selle ? On a du mal à suivre l’ex-junte malienne qu’on croyait disparue. Elle donne à présent l’impression de vouloir reprendre le dessus. Mais au nom de qui parlent les putschistes ? Quid du reste de l’armée malienne ? En matière de discipline, voilà un imbroglio, digne d’être proposé comme sujet de dissertation à de jeunes militaires. Si la discipline fait la force principale de la Grande muette, le chef suprême des armées, le président Dioncounda Traoré en l’occurrence, doit obtenir obéissance sans murmures de ses subalternes, en l’occurrence le capitaine et ses compagnons. A moins d’une stratégie bien orchestrée, les divergences semblent perdurer. Des questions se posent à l’heure où les groupes islamistes tentent de consolider leurs acquis.

Ils ne cachent même plus leur intention d’aller bivouaquer au bord du Djoliba à Bamako. Il y a vraiment péril en la demeure. Le chef de l’Etat par intérim le sait. Mesurant donc la gravité de la situation, le président Traoré et les gens clairvoyants qui l’entourent, n’en pouvaient plus de résister : l’appel à la CEDEAO s’imposait. Il faut bouter les envahisseurs intégristes hors du territoire national. Pour le reste, on verra. Quelle sera l’issue du nouveau duel Sanogo-Traoré ? Le président Traoré aurait-il eu tort de rentrer sans s’être auparavant assuré de pouvoir bénéficier de la protection effective des forces proposées par la CEDEAO ? Le problème est sérieux, et les conséquences pourraient en être fâcheuses pour l’ensemble des populations maliennes. Si le désaccord persiste, on se retrouvera bientôt à Bamako face à une nouvelle situation de blocage.

 Le Pays / Camer.be / Oeildafrique
 
 

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